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Préparatifs de fuite, Lars Gustafsson (Nouvelles)

Publié le par Jean-Yves Alt

Lars Gustafsson prospecte scrupuleusement les recoins les plus cachés, les plus dérobés, les gouffres les plus insondables de l'âme. Les nouvelles, qui composent ce recueil, sont autant de regards lucides et attentifs portés sur les errances humaines.

Dans la plupart de ces nouvelles, les narrateurs se retrouvent immanquablement tiraillés entre leurs désirs de comprendre le fonctionnement du monde qui les entoure, le sens de leurs vies et la tentation d'un aveuglement consolateur, d'un abandon réconfortant.

Il en va ainsi dans une stupéfiante nouvelle qui donne le titre au recueil, « Préparatifs de fuite », où l'on assiste aux vaines tentatives fomentées par un homme qui veut s'enfuir d'un plat pays marécageux, d'un monde étrangement étouffant. Ces tentatives resteront à un état d'ingéniosité purement virtuel ; le narrateur, en renonçant, en détruisant ses moyens d'évasion, retrouvera sa sérénité.

Ces nouvelles s'attachent souvent à décrire la nostalgie des Suédois exilés aux États-Unis. Ce n'est pas un hasard si la plupart de ces émigrés enseignent aux étudiants du Nouveau Monde, les complexités des anciennes langues européennes. Ces hommes résolument tournés vers un passé immuable n'en ressentent que plus durement l'inanité de leurs vies déracinées. Ils s'en accommodent tant bien que mal, sauvegardant leur tranquillité au prix de renoncements quotidiens, comme le terne narrateur de cette nouvelle au titre tout à fait évocateur : « Ce qui ne nous tue pas a tendance à nous endurcir ».

Avec virtuosité, Lars Gustafsson – observant le comportement de ses personnages avec la rigueur d'un entomologiste – joue avec l'ironie d'un vocable tour à tour ésotérique, scientifique, ou linguistique : l'auteur amène ses lecteurs à partager ces vies incertaines, l'inquiétude quotidienne des hommes, leurs quêtes d'un absolu qui sans cesse se dérobe.

■ Éditions Presses de la Renaissance, 1998, ISBN : 2856164811

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Interjections par Le Guerchin

Publié le par Jean Yves Alt

Très expressif, le bonhomme... Il ne lui manque que la parole !

Sa mimique évoque la surprise, l'étonnement, des sentiments qui pourraient se traduire par une simple interjection :

Ooooh !, par exemple.

 

Le Guerchin (Francesco Barbieri dit) – Caricature – XVIIe

Musée du Louvre

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La passade légendaire, François Poirié

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur a choisi pour ce roman un monologue sans action, un récit sans personnages dessinés...

Rien de gratuit dans ce choix, car dire l'amour au-delà de sa propre douleur, c'est saisir que tout amour est imaginaire. Celui qui aime, marche dans une autre ville invisible aux innocents ; il n'y croise que ceux atteints du même mal, ils lui ressemblent.

L'art du roman de François Poirié est d'immiscer son lecteur dans un va-et-vient sensuel et désespéré du « je » et du « tu ». Les deux corps qui s'enlacent ou s'éloignent sur les lits du bonheur n'ont pas besoin d'être définis homme et femme, homme et homme (pour moi, il s'agit pourtant bien de deux garçons). Ils sont les êtres d'une quête sans loi, sans certitude.

Les décors ne sont jamais décrits : chambres et voix abîment le silence ou le magnifie. Passades, aventures, liaisons s'intériorisent et construisent une légende de l'amour qui sera la richesse-solitude de chacun.

« La passade légendaire » essaie d'approcher le noyau de souffrance et d'extase où s'amalgament désir obsédant et attente d'un amour lisse et éternel.

« Quand je caresse ton corps d'une nuit, c'est aussi d'amour qu'il s'agit, mon désir connaît un voyage bien plus grand que le plaisir. »

« La passade légendaire » ose, dans une écriture très belle, être un roman d'amour, classique par son sujet mais neuf par sa structure.

■ La passade légendaire, François poirié, Editions Flammarion, 1983, ISBN : 2080645919

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Respect légitime dû aux minorités par Roland Barthes

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans un livre d'entretiens, Le grain de la voix (Seuil, 1981), Roland Barthes évoquait la façon dont il vivait son homosexualité :

« Je n'ai jamais vraiment souffert de l'interdit sexuel, bien qu'il pesât, il y a quarante ans, beaucoup plus lourd qu'aujourd'hui. [...] Ce qui me faisait souffrir, ce n'était pas d'être interdit mais d'être refusé. »

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Aphorismes sur le mariage par Olivier Hervy

Publié le par Jean-Yves Alt

Après la cérémonie de mariage, le maire offre au couple un livre sur l'histoire locale comme pour lui signifier que c'en est désormais fini des romans d'aventure et des histoires d'amour. (p. 29)

Les mariés qui se rendent à l'église en calèche trahissent ainsi que cette cérémonie est d'une autre époque. (p. 36)

Le Salon du Mariage a lieu le même jour que le Salon de l'Érotisme à deux coins du département, comme pour nous obliger à choisir notre camp. (p. 49)

Les mariés qui arrivent à l'église à l'arrière d'une voiture de luxe révèlent que la vie qu'ils vont mener tout les deux n'est pas celle qu'ils souhaitent. (p. 68)

« Ce sera château et robe blanche ! Je me marie ! Je ne fais pas les choses à moitié ! », me dit A. qui en effet tombe entièrement dans le cliché. (p. 69)

• éditions Pierre Mainard, 72 pages sous couverture à rabats, février 2014, ISBN : 978-2913751514, 11€

Pierre Mainard, éditeur
11, boulevard de Gaujac - 47600 NÉRAC
mainardeditions@free.fr / Fax : 05 53 65 93 92

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