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Mon coeur bouleversé, Christophe Honoré

Publié le par Jean-Yves Alt

Ça fait trois ans déjà que Léo est mort. Sa chambre n'a pas bougé. P'tit Marcel y va de temps en temps, pour fouiller, lire les lettres d'amour d'Aymeric à Léo, ou juste pour s'allonger dans le noir. Il pense que sa mère change les draps régulièrement.

Ça fait trois ans que Léo est enterré sous une espèce de colombe nulle en pierre. Ça fait un bail que P'tit Marcel et Cécile se connaissent. Depuis la maternelle, ils sont copains. Le père de Cécile les emmène ensemble au collège tous les matins, et invariablement il demande à P'tit Marcel :

"Alors Marcello, c'est aujourd'hui que tu me demandes la main de ma fille ?"

Ça ne fait pas très longtemps que P'tit Marcel s'appelle Marcello. Ça date de la cinquième, du voyage en Italie et du romantisme des filles. Ça fait plus de vingt ans que Papa et Maman sont mariés. Le dimanche ils parlent de la santé de Mémère. À Noël ils se cassent la tête pour le menu. Papa ne crie jamais, il n'insiste jamais, il s'efface. Maman s'est mise à vieillir, à laisser tomber les habitudes joyeuses et les coups de folie. Marcello pense que le monde est nul depuis la mort de Léo, et qu'il faut le changer. En devenant poète… Avec des mots. Et puis un jour, il s'aperçoit que sa mère aussi va en cachette dans la chambre de Léo. Un jour son père se met à crier. Sa mère à dire « fait chier » et à chercher pendant des après-midi entiers une nouvelle table basse pour le coin salon. Un jour Marcello parle avec Cécile comme il n'a jamais parlé avec personne, et c'est doux. Un jour, Marcel se rend compte que le monde est en train de changer sous ses yeux, de devenir plus vrai, plus vivant, moins nul. Ce qu'il ne parvenait pas à dire en tant que poète, il devine qu'il pourrait l'exprimer en tant que fils, en tant qu'amoureux, en tant que frère. Alors il décide d'accompagner le mouvement. Avec des actes.

■ Mon coeur bouleversé, Christophe Honoré, Ecole des Loisirs, Collection Médium, 1999, ISBN : 2211051758

« Ce qui dérange dans mes livres, ce n’est pas l’homosexualité, ce n’est pas le sida, ce n’est pas les familles éclatées... Non, ce qui dérange c’est que je parle à la première personne. C’est que j’ai cette volonté-là, de ne pas me cacher derrière mes livres et d’être au contraire complètement à découvert, même dans les livres pour enfants. Ce qui dérange, ce n’est pas l’homosexualité de Léo dans « Tout contre Léo », c’est que puisse transparaître ce que je suis à travers ce livre. »

Christophe Honoré


Ce livre fait la suite de « Tout contre Léo ».


Du même auteur : Noël, c'est couic ! - Le livre pour enfants


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com

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Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 - 1939, Florence Tamagne

Publié le par Jean-Yves Alt

Le sous-titre circonscrit l'espace des trois villes et les vingt ans que couvre cette chronique, juste avant la répression allemande traitée dans la 3ème partie de l'ouvrage - chapitre VIII. Tolérance presque amusée en France, subversion de l'ordre victorien en Angleterre et revendication culturelle allemande, autant de mouvements éteints qui ont repris vie dans les années 1980.

Selon Foucault, il n'y a pas de "vérité" de l'homosexualité. on peut cependant tenter d'en cerner les modes de vie, les revendications, les représentations populaires à un moment donné. C'est ce que fait l'historienne Florence Tamagne dans une magistrale étude comparative entre l'Allemagne, la France et l'Angleterre des années 1919 à 1939. Son "Histoire de l'homosexualité en Europe" permet de dégager quelques grandes tendances : l'homosexualité se vivait sur un mode plutôt communautaire à Berlin, individualiste à Paris, quasi "sociétal", du moins pour les élites, à Londres. L'auteur distingue trois périodes : celle d'une relative libération dans l'immédiate après-guerre, d'un durcissement au tournant des années 30 et d'une persécution qui connut son paroxysme durant la seconde guerre mondiale ... Du libéral groupe de Bloomsbury aux réactionnaires Männerbund en passant par le Paris lesbien, l'historienne dresse une cartographie extrêmement détaillée de la diversité - et des convergences - des modes de vie homosexuels ou "homoérotiques". Surtout, l'historienne apporte une contribution essentielle à la compréhension des enjeux liés à l'homosexualité aujourd'hui, en démontrant qu'ils s'inscrivent dans une histoire contemporaine qui, contrairement à ce que l'on croit trop souvent, ne débute pas au tournant des années 70.

Le Monde des Livres, Eric Lamien, 23 juin 2000

Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 - 1939, de Florence Tamagne, Éditeur : Seuil, 2000, Collection : L'univers historique, ISBN : 2020348845


Lire aussi sur ce blog :

- Télévision : Un amour à taire un téléfilm de Christian Faure

- Cinéma « Paragraphe 175 » : La déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre Mondiale

- Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel pendant la Seconde Guerre Mondiale

- Les oubliés de la mémoire de Jean Le Bitoux

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Tout doit disparaître, Benoît Duteurtre

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman raconte l'épopée obscure d'un tendre garçon, fou de musique et de littérature, qui tente de se faire une place dans l'univers impitoyable des médias.

Les portraits des rédacteurs en chef et autres chefs de rubrique sont des chefs-d'œuvre d'acuité psychologique et d'humour. Les pages qui décrivent les couloirs d'un célèbre magazine féminin et une chef de service branchée à mort sont un régal.

La scène la plus révélatrice est lorsque l'innocent journaliste veut coucher avec une chroniqueuse aussi ambitieuse que lui et échoue.

Le naïf séducteur qui ne comprend rien aux femmes et à leurs manigances finit sa nuit dans les bras d'un copain.

« J'étais en proie à une pénible incertitude amoureuse, partagé entre la quête difficile d'une compagne idéale et un certain goût pour les jeunes gens. La femme m'intimidait.

Mais la logique homosexuelle me déprimait. »

Un roman magnifique, grave et délicat. Drôle et pervers. Une vision tragi-comique de la société de communication. Benoît Duteurtre ose décrire avec lucidité et humour la réalité du métier de journaliste pigiste. Il ose dénoncer, sans vociférer, les basses compromissions des débutants aux prises avec des supérieurs qui veulent oublier leurs propres humiliations.

■ Tout doit disparaître, Benoît Duteurtre, Editions Gallimard/Folio, 2003, ISBN : 2070426904


Du même auteur : La rebelle

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L'autre livre : Halle des Blancs-Manteaux à Paris

Publié le par Jean-Yves Alt

Pierre Mainard Editeur sera présent aux côtés des éditions Le Grand Os, Le Cadran ligné et Tupi dans le cadre du XVe salon des éditeurs indépendants

du Vendredi 17 au Dimanche 19 novembre 2017

Halle des Blancs-Manteaux

15 rue vieille du Temple

75004 Paris

Métro Hôtel de Ville

Stand B07

L'autre livre : Halle des Blancs-Manteaux à Paris

Titres de l’année et nouveautés sur le stand :

L'AMANTE ÉRECTILE, Anne-Marie Beeckman et Diane de Bournazel

GIROFLÉES, Pierre Peuchmaurd

PLEIN VENT, Laurent Albarracin (auteur présent)

POÉSIES 1978-1997, Thierry Metz

SOUS LES YEUX DES AÏEUX, Marie-Elisabeth Caffiez

FILIATION OBSCURE, Juan Sánchez Peláez

LAM, LA TRUITE, Sylvain et Ludovic Massé

Liens infos :

L'autre Livre

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La rebelle, Benoît Duteurtre

Publié le par Jean-Yves ALT

Eliane Brun, est présentatrice de télévision à «L’Autre Canal» et femme d’édition, elle est «la rebelle» de service ... Elle présente des émissions de télévision dans lesquelles elle tente de mettre en application ses idéaux, de jeunesse pour la plupart, de l’air du temps pour les autres.

Elle souhaite donner la parole aux faibles, parmi lesquels elle se compte volontiers, et lorgne non sans scrupule sur l’éventualité d’un poste mieux payé et plus valorisant.

Eliane entend bien libérer la société de ses préjugés réactionnaires. Mais elle a autant le cœur dur que la tripe sensible : sa compassion pour la misère du monde est à la mesure de son intransigeance pour ses subordonnés et tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle est surtout contaminée par un terrible virus qui ronge notre époque : la tyrannie du bien.

Dans cet esprit de résistance, elle anime une é-MISSION, «la Chasse aux sorciers», dont le but est de traquer, caméra au poing, tous les affreux de notre temps (l'émission est sponsorisée par Zip, insecticide contre toutes les vermines) : racistes, pollueurs, patrons non citoyens, rien n'échappe à la vigilance d'Eliane. On l'aura compris, la jeune femme est une combattante qui n'hésite pas à invectiver tous azimuts Bush, le pape, Bill Gates, tous les puissants de ce monde qui ne demanderont pas de droit de réponse à sa direction.

Le retour à la réalité sera douloureux. Sitôt éteints les projecteurs du plateau, ne restent que les mécanismes économiques, la dureté et la lâcheté des hommes. Elle est renvoyée de « L'Autre Canal » : Sois rebelle et tais-toi. La vérité est que la chaîne de télévision qui l'emploie vient de se faire racheter.

Elle est alors embauchée à la Cogéca [rebaptisée en « Rimbaud Project » avec visage du poète en logo, afin qu'elle entre de plain-pied dans le XXIème siècle] par Marc Ménantreau, PDG, jeune énarque, qui n’est pas sans rappeler le dirigeant d’un empire économique ayant fait parler de lui il y a peu lors d’un licenciement aux indemnités colossales...

Payée à prix d'or par sa nouvelle entreprise, pour innover dans la fureur subversive et le projet séditieux, elle assume fièrement cette contradiction.

Mais Eliane ne voit pas qu’elle participe au jeu de la domination, un jeu complexe avec baron, bonimenteur, escamotage perpétuel des dés … la rebelle va le payer cher.

Le livre se termine sur l'île d'Yeu et atteint au sublime. Eliane a tout perdu. Elle fait face à la tombe de Pétain. Elle la défie. Elle crache dessus.

La rébellion a toujours le dernier mot.

Il n’est jamais innocent qu’un romancier habite le corps et l’âme d’une femme plutôt que ceux d’un homme (Cf aussi Philippe Besson à propos des « Jours fragiles ») : le sujet, Eliane Brun, permet à l’auteur de balancer, sur le mode de la satire, avec force séquences humoristiques, un certain nombre de bombes sur la société dans son ensemble : un patron qui n'a que les mots «jeunesse», «imagination», «mouvement» à la bouche ; un aristocrate désargenté, Cyprien de Réal, qui veut se refaire en vendant des «fermes éoliennes» génératrices d'«électricité propre» aux élus locaux ; Farid, un jeune informaticien de la Cogeca, homosexuel, lequel vit une relation en demi-teinte avec un homme de dix ans son aîné qui n'a de cesse de lui réclamer une vie de famille calquée sur le modèle hétérosexuel, une «caricature gay de la famille française» selon Farid …

Benoît Duteurtre prend un malin plaisir à mettre en évidence les contradictions qui minent la vie des uns et des autres :

«Etre rebelle, lui dit Marc Ménantreau, c'est refuser l'idée que le monde est figé. Et pour moi, chef d'entreprise, c'est respecter les clients et les actionnaires, les entraîner dans une aventure qui ne soit pas seulement une affaire de dividendes.»

In fine, le constat est assez implacable : il n’y a plus de rebelles si l’on entend par là des esprits contestataires jouissant de l’indépendance qui leur permet de dénoncer les exactions des détenteurs de tous les pouvoirs.

■ La rebelle, Benoît Duteurtre, Editions Gallimard, 2004, ISBN : 2070735001


L’auteur : Benoît Duteurtre est né en 1960 près du Havre. Auteur d'une dizaine de livres, musicien, critique musical, producteur et animateur d'une émission de radio consacrée à la musique, membre du comité de lecture des éditions Denoël... Benoît Duteurtre joue sur de nombreux tableaux ! Sa carrière littéraire est favorisée par l'incitation de grands noms de la littérature : à l'âge de quinze ans il montre ses premiers textes à Armand Salacrou, puis Samuel Beckett, auquel il a envoyé quelques textes, lui conseille de publier sa première nouvelle dans la revue « Minuit ». Mais c'est en 1985, lors de la publication de son premier roman « Sommeil perdu » qu'il commence à vivre de sa plume. Ce livre lui ouvre les colonnes de la presse, et notamment de la presse spécialisée dans la musique. La musique : la seconde passion de Benoît Duteurtre. Pianiste de formation, il a créé « Musique Nouvelle en Liberté », une association destinée à soutenir les jeunes compositeurs. Il est également producteur à France Musique où il anime chaque samedi matin « Etonnez moi Benoît ». Mais depuis 1989, et « L'amoureux malgré lui » (premier volet d'une comédie sociale moderne), Benoit Duteurtre est surtout connu pour ses romans, traduits dans une dizaine de langues (Tout doit disparaître, Gaieté parisienne, Drôle de temps, Les malentendus, Le voyage en France, Service clientèle).


Du même auteur : Tout doit disparaître

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