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Sweet homme, Didier Jean (texte) et Zad (illustration)

Publié le par Jean-Yves Alt

Une jeune fille amoureuse, un site Internet, un jeune homme délicat et distant, un cours de danse africaine, un secret lourd à porter, un béret rasta, une histoire couchée sur le papier, et puis la nature, qui parfois sépare les filles et les garçons.

Pas facile, lorsque l'on a 14 ans, d'accepter que le garçon dont on est amoureuse soit homosexuel. Pourtant, Suzan fait de gros efforts!

Pas facile non plus, lorsque l'on a 15 ans, d'assumer son homosexualité. Surtout quand on est amoureux d'un surveillant du lycée.

«Sweet homme» aborde des sujets aussi délicats que l'homophobie, le rejet des parents ou l'amour d'une fille pour son meilleur copain... gay.

Certes, ces thèmes sont traités d'une façon un peu simpliste et politiquement correcte, mais est-ce vraiment un défaut ? Le choix de donner des prénoms anglo-saxons aux personnages de cette histoire franco-française est, en revanche, franchement agaçant : on se croirait dans le «Loft»!

«Sweet homme» a néanmoins le mérite d'évoquer simplement des situations qui ne le sont pas toujours et de rappeler que le soutien des amis et du personnel scolaire sont essentiels dans la vie d'un adolescent, notamment - mais pas seulement - lorsqu'il découvre son homosexualité. Et, surtout, que d'autres sont déjà passés par là, dont l'expérience peut éventuellement servir aux plus jeunes.

■ Sweet homme, Didier Jean (texte) et Zad (illustration), Syros Jeunesse (Les uns les autres), 2003, ISBN : 2748500547


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Homosexualité : « Le jour où j'ai su » (1)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour certains, c’est une évidence de toujours. Pour d’autres, elle a surgi brutalement, au détour d’une relation qui ne leur convenait plus. Des hommes et des femmes nous racontent comment ils se sont découverts homosexuels. Analyse et confidences dans le magazine Psychologies n°242 de Juin 2005.

EXTRAIT :

« Il y a une grande différence entre le savoir et le sentir. Je l'ai "su" très tôt. Dès 5-6 ans, les premières émotions, les plus violentes, étaient orientées dans ce sens... il y eut par la suite une très longue période où, le désir le plus fort étant inquiétant, je l'ai perçu dans un flou permanent; tandis que le désir le moins fort était perpétuellement sollicité, exalté...

Je voulais avoir la force nécessaire de choisir l'objet de mon désir. Un combat incessant, douloureux, et qui témoigne bien du fait que je pensais que cela pouvait encore "s'arranger". Jusqu'au moment où j'ai eu ma première véritable aventure avec une fille et où j'ai vu que cela ne marchait pas. Je n'aimais pas, je n'y étais pas.

C'est ce jour-là qu'on le "sent", physiquement. J'avais environ 25 ans et la certitude que c'était sans retour, que cela faisait partie de mon identité de manière irréversible. Sentir, cela m'a pris comme une poignée de fer, et mon monde a sombré dans un désordre indescriptible. Le problème n'était pas d'affronter la famille ; nolens volens, j'y serais venu de toute façon. Non, ce qui m'écrasait, c'était l'idée d'affronter le retranchement du monde.

Cette angoisse ne m'a jamais quitté. L'écrire a, éventuellement, été une façon de la mettre en perspective, de l'inscrire. Je l'ai figée sur papier comme j'aurais pu lui dire : "Calme-toi", "Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille", pour citer Baudelaire... Après avoir "su" et après avoir "senti", vient ce jour où l'on cesse de subir.

Mais n'allez pas en conclure que je suis un nostalgique de l'hétérosexualité. Non, au fond, j'aurais aimé être un hétéro qui peut, de temps en temps, avoir des expériences avec des hommes. Voilà mon idéal : avoir une capacité d'amour universelle. »

Frédéric MITTERRAND, journaliste et écrivain


Lire le second extrait

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Le pouvoir des mots : Politique du performatif, Judith Butler

Publié le par Jean-Yves Alt

Le titre original du livre de Judith Butler Excitable Speech, peut se traduire par «discours d’incitation à la haine» (raciste, sexiste, homophobe, etc.). Il s’agit pour elle de réfléchir sur les manières de traiter juridiquement les discours qui «agressent» certaines personnes, qu’il s’agisse de l’injure, des appels à la violence raciste… ou de l’auto-désignation homosexuelle. Butler s’efforce de resituer les lieux de pouvoir qui régulent ces discours, en particulier les Cours de justice ou les directives du Pentagone.

Judith Butler insiste sur l'ambivalence des discours sexistes, racistes, homophobes, qui peuvent être retournés et ainsi ouvrir l'espace d'une lutte politique. Elle est particulièrement attentive à tous les effets d'exclusion que peuvent produire les institutions et les mouvements politiques. Sur la question des propos racistes et homophobes, elle souligne que la pénalisation risque d'avoir des effets contraires à ce que l'on recherche, car la judiciarisation individualise et dépolitise le propos raciste/homophobe alors que, pour lutter contre le phénomène, il faut traiter collectivement et politiquement son caractère structurel et maintenir la possibilité de resignification des termes injurieux, de retournement du stigmate (retourner les propos homophobes, racistes…, les investir d'un nouveau sens, au lieu de faire de l’expression un lieu de répression.)

Dans un chapitre éblouissant sur le muselage des gays dans l'armée aux États-Unis, et sur l'interdiction de se dire homosexuel qui frappe les militaires, elle montre que la confusion entre l'auto-désignation et l'invite sexuelle provient d'un fantasme de contamination, et elle invite à dissocier le terme «homosexuel» de ses contenus possibles, toujours instables et inattendus, pour contrer ces fantasmes réducteurs.

Ce livre, publié en plein débat sur la pénalisation de l'homophobie, n'a eu que peu d'écho dans le débat hexagonal, sans doute insituable pour le public. Dommage.

■ Le pouvoir des mots : Politique du performatif, Judith Butler, Editions Amsterdam, mai 2004, ISBN : 2915547033


Lire aussi : Judith Butler, philosophe d'un autre genreJudith Butler : « Nous ne sommes pas sexuellement déterminés »Faire et défaire le genre par Judith ButlerLe débat sur le mariage est mal posé par Marie-Hélène Bourcier

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Foucault et l'art de l'« inservitude »

Publié le par Jean-Yves Alt

[…] il est une notion qu’il (Foucault) aimait à placer au centre de sa réflexion, dans les dernières années de sa vie, c’est […] celle d’«actualité». Dans plusieurs textes célèbres, il définit la tâche du philosophe et de l’activité philosophique en ces termes : «faire le diagnostic du présent».

C’est-à-dire essayer de comprendre ce que nous sommes, et comment nous le sommes devenus. Avec pour objectif de transformer ce présent, et de nous transformer nous-mêmes.

C’est pourquoi l’on peut dire que toute la pensée de Foucault se trouve condensée dans cette idée […]. Si ce que nous sommes a été produit par l’histoire, il s’agit de remonter, par le moyen du travail historique, jusqu’au moment d’émergence de telle ou telle institution qui nous paraît «naturelle», «évidente», mais dont la recherche dans les archives montre qu’elle a été inventée à une époque donnée, après avoir existé sous forme de projets, de discours, de réformes envisagées, de savoirs mobilisés à cette fin… C’est toute cette pensée sédimentée dans les institutions qu’il s’agit de retrouver et de restituer, pour en défaire la puissance souterraine et souveraine.

L’exemple le plus éclatant d’une telle enquête dans les arcanes de l’histoire est, bien sûr, le grand livre sur la «naissance de la prison» qu’est «Surveiller et punir» (1975). Mais cela vaut aussi pour l’«Histoire de la sexualité», qui s’interroge sur la constitution historique de ce que nous appelons la sexualité et sur l’émergence de cette idée, somme toute assez étrange, que le sexe constituerait la vérité profonde du sujet humain considéré comme un «sujet de désir» – une vérité que la psychanalyse, héritière en cela de la confession chrétienne, se donne pour tâche de porter au jour. Reconstituer l’apparition historique du «sujet» et du «sujet de désir» vaut alors comme une mise en question radicale de la psychanalyse et de tout ce que Foucault range sous la rubrique de la « fonction psy ».

On voit que la pratique généalogique […] ne saurait être dissociée de la démarche critique. Il s’agit d’apercevoir de quelle manière tous ces héritages du passé nous façonnent, définissent nos manières d’être, nos gestes les plus quotidiens, nos croyances les mieux installées. Soumettre ces héritages au regard critique, c’est se donner la possibilité d’en desserrer l’étau, et par conséquent de repousser les limites imposées à notre liberté par les pesanteurs de l’histoire. La généalogie n’est que le moyen de la critique : elle est le labeur lent et patient qui donne forme à « l’impatience de la liberté ». Il est impossible, par conséquent, de parler d’une philosophie de Foucault, d’une théorie foucaldienne. Car la critique ressortit plutôt à une attitude et même, nous dit Foucault, à un ethos qu’à une théorie.

Le travail philosophique ne consiste pas à appliquer une doctrine, mais à mettre cet ethos critique au contact des réalités qui nous entourent, nous menacent, nous assujettissent. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Foucault n’hésitait pas à déclarer que l’on pouvait considérer chacun de ses livres comme un «fragment d’autobiographie» : c’est là où dans sa vie il ressentait un malaise, là où les institutions auxquelles il avait affaire lui semblaient marquées par des dysfonctionnements et suscitaient en lui une inquiétude que surgissait la nécessité de l’analyse, indissociablement théorique et politique.

L’écart, la rétivité, le refus d’admettre le monde tel qu’il est deviennent les points de départ de l’entreprise philosophique : écrire revient à développer «l’art de l’inservitude», à pratiquer « l’indocilité réfléchie ».[…]

■ Extraits du Nouvel Observateur, Didier Eribon, 21 octobre 2004

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Foucault et Manet, une passion

Publié le par Jean-Yves Alt

Foucault, l'homme qui nous dessille les yeux. Foucault, l'homme qui débrouille les pistes. Foucault, l'homme qui, dans sa volonté de savoir, ne cesse de changer son regard, de se remettre en question, de nous remettre en question. « À front renversé. » disait-il souvent.

En 1971, à Tunis, Michel Foucault prononce une importance conférence, La peinture de Manet, sous la forme d'un commentaire de 13 tableaux. Ce livre contient la transcription de celle-ci et seul vestige subsistant du projet d'un grand livre sur Manet : "Le noir et la couleur" où Foucault devait aborder la peinture comme une nouvelle configuration du savoir.

« Il y a des trucs qui me fascinent, qui m'intriguent absolument, comme Manet. Tout me scie chez lui. »

Dans cette conférence tunisienne, Foucault a choisi d’explorer l’univers de Manet non pas d’une manière générale ou exclusivement biographique, mais en se basant sur une série de tableaux, commentés et détaillés, qui permettent à Foucault d’ouvrir la voie à une étude de la peinture moderne, dont Manet serait un des précurseurs. Peinture moderne qui donnera naissance à l’art contemporain. C’est dire alors, en respectant l’hypothèse de Foucault, à quel point Manet joue un rôle important dans cette aventure artistique !

Le philosophe y décortique autant la composition, la perspective, que les jeux de regard entre les personnages peints et le spectateur :

- I. La manière dont Manet a traité l'espace même de la toile, comment il a fait jouer les propriétés matérielles de la toile, la superficie, la hauteur, la largeur ; de quelle manière il a fait jouer les propriétés spatiales de la toile dans ce qu'il représentait sur cette toile.

- II. Comment Manet a traité le problème de l'éclairage, comment il a utilisé, non pas une lumière représentée qui éclairerait de l'intérieur du tableau, mais la lumière extérieure réelle.

- III. Comment Manet a fait jouer la place du spectateur par rapport au tableau.

11ème tableau présenté lors de la conférence : Olympia (1863) Musée d'Orsay.

L'audace de Manet, selon Foucault, est en effet de prendre à témoin le spectateur du tableau pour lui prouver que les personnages regardent ailleurs, vers un point aveugle qui ne figure pas sur la toile. Elle réside encore dans cet éclairage particulier de la célèbre « Olympia ». Une lumière qui provient essentiellement de celui qui regarde et devient ainsi complice du scandale provoqué lors de l'exposition de ces tableaux.

12ème tableau présenté lors de la conférence : Le balcon (1868-1869). Musée d'Orsay.

En analysant le tableau « Le Balcon » il expliquait que les trois personnages regardaient avec intensité quelque chose que ceux qui regardaient ne pouvaient voir.

« Nous, nous ne voyons rien. »

Comment voir en effet ? Comment disséquer sous les discours les enjeux du pouvoir, comment comprendre le langage derrière le texte ?

Il est assez simple, nous dit Foucault, de désigner ce qui, dans la peinture de Manet, a rendu possible l’impressionnisme : «Nouvelles techniques de la couleur, utilisation de couleurs sinon tout à fait pures, du moins relativement pures, utilisation de certaines formes d’éclairage et de luminosité qui n’étaient point connues dans la peinture précédente.»

Mais il est beaucoup plus difficile de connaître et de situer les modifications apportées par Manet et qui rendraient possible, «au-delà de l’impressionnisme, en quelque sorte par-dessus l’impressionnisme», la peinture qui allait venir par la suite.

Pour les résumer d’une phrase, Foucault souligne que Manet est celui qui, «pour la première fois dans l’art occidental, au moins depuis la Renaissance, au moins depuis le Quattrocento, s’est permis d’utiliser à l’intérieur même de ses tableaux, à l’intérieur même de ce qu’ils représentaient, les propriétés matérielles de l’espace sur lequel il peignait». Alors que, depuis le XVème siècle, il s’agissait de faire oublier le support sur lequel on peignait, avec Manet il s’agit au contraire de faire «resurgir ces propriétés, ces qualités ou ces limitations matérielles de la toile».

Cette conférence est à la fois très célèbre et fort peu connue. Rappelons-en ici simplement la conclusion de ce livre :

« Manet n'a certainement pas inventé la peinture non représentative, puisque tout chez Manet est représentatif, mais il a fait jouer dans la représentation les éléments matériels fondamentaux de la toile. Il était donc en train d'inventer si vous voulez le tableau-objet, la peinture-objet, et c'était là sans doute la condition fondamentale pour que finalement, un jour, on se débarrasse de la représentation elle-même et on laisse jouer l'espace avec ses propriétés pures et simples, ses propriétés matérielles elles-mêmes. »

Très compréhensible et claire, cette conférence est intéressante à plus d’un titre : d’abord parce qu’elle apporte un regard différent sur l’œuvre de Manet, ensuite parce qu’on y retrouve la force et l’émotion de Foucault, ce qui n’est pas rien, et enfin parce qu’elle nous oblige à considérer les notions d’espace et de représentation autrement.

Deux autres tableaux commentés par Michel Foucault lors de sa conférence à Tunis en 1971 :

8ème tableau présenté lors de la conférence : Gare Saint Lazare (1872-73) National Art Gallery DC.

Le spectateur se trouve en quelque sorte forcé à tourner autour de la toile, le spectacle est invisible au dessus des épaules des personnages.

13ème tableau présenté lors de la conférence : Bar aux Folies Bergères (1881) London Courtland Institute

Le reflet du miroir est infidèle, il y a distorsion entre ce qui est représenté dans le miroir et ce qui devrait y être. Trois systèmes d'incompatibilités :

1. Le peintre doit être ici et là.

2. Il doit y avoir quelqu'un et personne.

3. Il y a un regard descendant et ascendant.

Il est impossible de savoir où le peintre s'est placé et où nous placer nous-mêmes, rupture avec la peinture classique qui fixe un lieu précis pour le peintre et le spectateur. Il s'agit là de la toute dernière technique de Manet : la propriété du tableau d'être non pas un espace normatif mais un espace par rapport auquel on peut se déplacer. Le spectateur est mobile devant le tableau que la lumière frappe de plein fouet, les verticales et horizontales sont perpétuellement redoublées, la profondeur est supprimée.

Manet n'a pas inventé la peinture non-représentative mais la peinture-objet dans ses éléments matériels.

■ En savoir plus : La peinture de Manet, sous la direction de Maryvonne Saison, Seuil, Collection "Traces écrites", 2004, 182 p., ISBN : 2020585375, 20€


■ Lire aussi : Edouard Manet un peintre moderne...

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