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Libre exigence : vivre avec la philosophie

Publié le par Jean-Yves Alt

Susciter l’intérêt de la philosophie. Peut-on vivre sans philosopher ? Oui, mais tellement moins bien, répond Roger-Pol Droit à sa fille de 16 ans dans un petit livre où il tente de lui montrer l'intérêt de cette discipline. (1) « Imagine quelqu'un qui a une idée fausse du bonheur ou de la liberté. Il veut être heureux et libre, mais il va se tromper de chemin, s'égarer et faire sans doute beaucoup d'efforts... pour rien ! »

Pour les Grecs (mais Bouddha ou Lao-Tseu ont suivi des voies assez semblables), la philosophie fut d'abord une recherche de la sagesse. Avec les Lumières, une quête de la vérité. Les premiers mettaient l'accent sur la transformation personnelle, les seconds sur le rôle de la connaissance pour changer le monde.

Sans doute sommes-nous à l'aube d'un troisième âge, où se cherche une alliance entre morale et savoir, transformation de soi et transformation du monde.

Si la philo conserve quelques-unes de ses fonctions classiques (interroger les évidences, chasser les idées fausses, questionner le sens des mots), la voilà aussi confrontée à un défi inédit : faire émerger un nouvel universalisme pour tenter d'échapper au relativisme éthique absolu et au choc des civilisations.

Roger-Pol Droit nous met en garde contre deux écueils : d'un côté, réserver cette discipline aux seuls spécialistes ; de l'autre, imaginer qu'il s'agit d'une activité naturelle, pratiquée spontanément par chacun. Il ajoute qu'en philosophie, «aucune discussion n'est jamais interdite, aucune possibilité n'est censurée, aucune critique n'est écartée». Ce qui, au passage, égratigne cette idée, stupide mais très en vogue, selon laquelle tous les maux de notre société seraient dus à un excès de liberté et d'esprit critique.

La philosophie nous rappelle à juste titre que liberté et exigence ne sont pas antinomiques. Rien n'est possible sans liberté et sans critique. À partir de là, le travail commence.

(1) La philosophie expliquée à ma fille, Roger-Pol Droit, Editions du Seuil, 2004, ISBN : 2020610442

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Tirésia, un film de Bertrand Bonello (2002)

Publié le par Jean-Yves Alt

Mal accueilli lors du festival de Cannes 2003 où il était, pour les plumes assassines, le film français sélectionné de trop, Tiresia est pourtant un long métrage fascinant. Bertrand Bonello, auteur ambitieux, ose à chaque film confronter son art à de lourds sujets rhétoriques.

Tiresia, un transsexuel brésilien d'une grande beauté, vit clandestinement avec son frère dans la périphérie parisienne. Terranova, un esthète à la pensée poétique (qui se révèlera être prêtre), l'assimile à la rose parfaite et la séquestre pour qu'elle soit sienne. Peu à peu, privée d'hormones, Tiresia va devant ses yeux se transformer : la barbe qui pousse, la voix qui change... Dégoûté de ce qu'est devenue sa Tiresia, Terranova va l'aveugler et la jeter à l'orée d'une banlieue voisine. Tiresia est recueillie dans un piètre état par Anna, une jeune fille un peu simple, qui prend soin d'elle. C'est alors qu'apparaissent chez le transsexuel des dons de prédiction...

Issu d'un mythe grec :

Quelques éléments sur la légende de Tiresia : Il existe dans la mythologie grecque différentes versions du tragique destin de Tirésias. Toutes s’accordent cependant à dire que cette créature, homme devenu femme, fut frappée de cécité et dotée en compensation d’une vision supérieure : la divination. Ce mythe raconte l'histoire d'un jeune homme qui fut changé en femme après avoir regardé puis tué deux serpents en train de s'accoupler. Tiresia fut alors interrogée par Zeus et Athéna, qui voulaient savoir lequel, de l'homme et de la femme, éprouvait le plaisir le plus intense lors de l'acte sexuel. Tiresia, qui l'avait accompli sous les deux états, leur répondit que la femme éprouvait un plaisir neuf fois supérieur à celui de l'homme. Athéna, furieuse que Tiresia révèle ce que la déesse considérait comme un secret, lui creva alors les yeux, et la fit revenir à sa forme masculine. Mais Zeus, ému par le sort de Tiresia, lui conféra le don d'oracle...

MON COMMENTAIRE : Ce film s’efforce de restituer la sphère insaisissable de la mythologie, son irrationalité, sa violence et sa beauté. Il s’attaque à des thèmes comme la permanence des désirs les plus sombres et inavouables des hommes, la confrontation entre les croyances et la foi, l’identité sexuelle mais aussi la dualité de l’être humain. Il en reste quelque chose d’ambitieux et de foisonnant.

Tiresia (parlant en brésilien) - Tu es attiré par les transsexuelles mais tu ne peux pas les toucher ; c’est vrai qu’on a quelque chose de plus et qu’il y a une grande joie mais c’est une chose désespérée, et ça tu ne peux pas le voir.

Terranova - Je ne comprends pas ce que tu dis.

Tiresia - Je ne sais pas le dire en français.

Plus tard, chez Anna, Tiresia écrit une lettre à son frère Eduardo :

Mon cher Edu,

Je n’ai pas pu te donner des nouvelles et je ne peux pas t’en dire plus aujourd’hui. Je ne sais pas où je suis mais ici je suis en sécurité. Je vis avec une jeune fille, Anna qui s’occupe de moi. Je ne sais pas pourquoi mais c’est un cadeau. Ayant perdu l’usage de mes yeux, je ne peux la voir. La seule chose que je sais, c’est que nous ne pourrons probablement plus jamais nous revoir, mais en aucun cas tu ne dois penser que c’est un drame. D’ailleurs je ne verrai plus personne et je voudrais que plus personne ne me voie. Qu’est ce que c’était ma vie ? Là, elle a violemment changé. Mais, je suis heureuse parfois. Il y a de belles choses qui viennent et je les dis. Toi aussi, je me souviens que tu étais très beau, mon frère. Ne t’inquiète pas pour moi, plus rien ne nous appartient.

Tiresia.

Peu après, Terranova, le prêtre, viendra voir Tiresia (avec la peur et peut-être même le désir qu'elle le reconnaisse.) Elle lui redira seulement les mêmes choses qu'elle a écrites à son frère.


Lire aussi : Tirésias, l'androgynie et la bisexualité

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You I Love [Ja Lublju Tebja] [Je t'aime toi] un film de Dmitri Troitsky et Olga Stolpovskaya (2004)

Publié le par Jean-Yves Alt

Comédie d’amour sur la vie des jeunes gens à Moscou aujourd’hui. Vera, qui travaille comme speakerine à la télévision, fait la connaissance de Timofey, un jeune homme séduisant, employé dans une agence publicitaire. Elle tombe amoureuse de lui et par chance, ses sentiments sont payés de retour.

Timofey est lui aussi amoureux de Vera. Ils ont beaucoup de points communs :ils touchent tous deux un salaire de misère, ils travaillent comme des bêtes et ils sont stressés. En ce qui concerne le stress, leur liaison a un effet optimal sur Vera et Timofey. Rien d’étonnant à ce que leur amour réciproque devienne de jour en jour plus fort. Et puis vient le jour où ils fêtent le premier anniversaire de leur rencontre. Heureuse et de bonne humeur, Vera rentre à la maison pour y trouver Timofey au lit avec Uloomji, un jeune Kalmouk. À partir de là, le contrôle de la suite des événements semble totalement échapper à nos deux héros …

COMPLEMENTS :

Il ne faut surtout pas s’attendre, en découvrant "Je t’aime toi", à voir un film militant. Le premier film gay russe est tout sauf cela puisque ses réalisateurs ont voulu avant tout signer une comédie mode et moderne, rapide et un peu clinquante, propre à séduire le grand public hétéro comme les homos, bref les spectateurs les plus occidentalisés des villes à qui elle tend un miroir très aimable : son petit succès dans la quinzaine de villes où le film est sorti prouve qu’ils ont d’ailleurs touché leur cible. Deux des héros de ce triangle amoureux inédit, la très jolie Vera et le fringant Timofey, font partie de cette élite de nouveaux riches sans complexe vivant des médias et habitant de beaux appartements dans de beaux quartiers d’un Moscou qui pourrait être New York ou Paris (avec ses fêtes pédés, sa tolérance chic, ses fringues élégantes…). Ils tombent vite amoureux l’un de l’autre, bien qu’il lui ait parlé de son homosexualité. Et voilà que surgit la troisième pointe du trio, la plus originale, la plus intrigante, la plus novatrice : Uloomji, jeune Kalmouk (la seule peuplade bouddhiste de la fédération russe) débarqué de sa province lointaine pour travailler au zoo. Uloomji est un naïf qui a toujours vécu à l’écart de la modernité : son effarement face aux distributeurs de billets dit assez à quel point Moscou n’est pas la Russie profonde ! Sûr, dès leur première rencontre (un accident…), de ce qu’il éprouve pour Timofey, Uloomji ne va jamais hésiter dans son amour : et même les manœuvres de sa famille qui le fait interner n’y changeront rien. Toute la force du film tient dans l’obstination têtue et lumineuse de ce personnage sans complexes, sans freins moraux, sans préjugés, pour qui l’amour ne se discute pas. Il est la lueur d’espoir de ce conte de fées qui se termine, comme de bien entendu, autour d’un berceau sur lequel sont penchés les trois parents du nouveau né.

DIFFICULTES RENCONTREES

Oui, il y a une scène gay en Russie. Enfin, à Moscou plutôt, et dans quelques grands centres urbains. Car pour ce qui est de l’immensité de l’ex-empire soviétique, c’est peu dire que l’homosexualité n’y est pas à la mode et que l’homophobie primaire y a pignon sur rue. Le cas de la capitale est donc à part… L’héritage communiste pèse lourdement sur la société russe et la répression dont furent victimes les homosexuels a laissé des traces : stigmatisés par la propagande, passibles de lourdes peines de prison, considérés comme des malades mentaux ou comme des symptômes de la décadence occidentale, il leur a fallu attendre la fin des années 80 avec la "perestroïka" puis la fin du régime soviétique pour voir le carcan législatif se desserrer. Mais la loi n’est pas tout, loin de là, et ce sont surtout les mentalités qu’il s’agit désormais de faire évoluer… C’est un des buts que ce sont fixés Olga Stolpovskaya et Dimitry Troitsky, les réalisateurs de "Je t’aime toi" dont le prochain projet porte sur un couple de femmes dans l’URSS des années 70. "Bien sûr, "Je t’aime toi" est le premier film gay russe mais, au-delà de ça, c’est d’abord le portrait d’une société complexe, celui d’une nouvelle société en pleine transformation où, avec de nombreuses contradictions, tout est en évolution : le travail, la consommation, les mœurs, le désir." Ils n’ont pas tort, en tout cas si on en croit des sondages qui montrent, à propos des homosexuels, des progrès notables quant à leur acceptation : là où, en 1989, 33 % des Russes disaient qu’il fallait "les liquider", 30 % "les isoler" et 6 % les soigner (seuls 10 % proposant de "les laisser vivre en paix"), ils sont désormais 41 % à considérer les homos comme "plus ou moins normaux" et le total de ceux qui préconisent de les isoler ou de les soigner est tombé à 48 % ! On est certes toujours très loin du compte mais il semble qu’il ne faille plus totalement désespérer du pays de Vladimir Poutine. Les multiples embûches rencontrées par les auteurs de "Je t’aime toi" viennent rappeler cette situation.

"Pour le financement, nous avons cherché des fonds pendant quatre ans, discuté avec un nombre inimaginable de producteurs et avons été beaucoup critiqués. Finalement, cela nous a aidés. Nous voulions absolument tourner ce film alors nous en sommes devenus les producteurs. Nous voulons d’ailleurs remercier les distributeurs venus de partout - et notamment tout le personnel de Media Luna entrecroisement et Antiprod en France - qui nous ont aidé à mener à bien ce projet. Le film n’aurait pas vu le jour sans l’aide et le soutien de nos amis."

Mais l’argent n’est pas tout, et une fois les 300 000 dollars réunis, les difficultés étaient loin d’être terminées.

"Quel cauchemar de trouver un jeune acteur russe prêt à jouer un rôle bisexuel ! Et ce fut encore plus dur de trouver une personne d’origine asiatique pour interpréter un personnage gay."

La vraie spécificité de "Je t’aime toi" est en effet de ne pas se cantonner aux nouveaux riches occidentalisés des grandes villes pour qui la sexualité n’est pas vraiment un problème mais bien d’introduire un personnage homo venu d’une province reculée de la Russie et de le confronter tant à son désir qu’à l’homophobie ambiante, celle de sa famille notamment. En cela, cette comédie de mœurs est un sacré pas en avant.


Biographie des réalisateurs :

Olga Stolpovskaya : née en 1969 à Moscou, elle y termine ses études artistiques en 1996 et est diplômée de cinéma en 1997. Cinéaste indépendante, réalise de nombreux courts métrages en vidéo et des installations multimédiales qui sont aussi présentées lors de festivals à l’ouest. « SUD NADBRUNEROM », la vidéo qu’elle produit en 1998, est achetée par le MoMA de New-York.

Dmitri Troitsky : né en 1971 à Moscou. Etudie à l’université jusqu’en 1993 puis termine lui aussi ses études par un diplôme de cinéma en 1997.Travaille comme artiste sur divers médias. Cinéaste indépendant et réalisateur de clips. À produit cet hiver à Berlin un reality-show (traduction du titre : La Faim) pour la télévision russe.

JA LUBLJU TEBJA est le premier long métrage de fiction de ces deux cinéastes.

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Hommage à Joseph Hansen

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur de polar, Joseph Hansen est mort le 24 novembre 2004 en Californie à l’âge de 81 ans.

Hansen avait ouvert la voie au polar gay dans les années 70 en créant Dave Brandstetter, un ancien agent d’assurances homo, qui, de ce fait, se trouvait à mener des enquêtes où l’homosexualité est le sujet ou la toile de fond.

Ce faisant, ses romans donnaient à voir l’homosexualité côté faits divers (les meurtres, les viols, etc.) mais aussi au quotidien et dans toutes ses dimensions (scènes d’amour, coming out, affirmation, découverte du sida, etc.).

Bien que gay, Joseph Hansen avait épousé Jane Bancroft avec laquelle il avait eu un enfant.

BIBLIOGRAPHIE sélective :

- Le poids du monde, Editions du Masque, 2000, ISBN : 2702429009 [version intégrale d'Un blond évaporé paru en 1970]

"Le poids du monde" est la version intégrale du roman paru en 1970 dans la collection Série noire sous le titre "Un blond évaporé". Dave Brandstetter vient de perdre son compagnon Rod, mort d'un cancer après vingt ans d'histoire d'amour. Il se remet à travailler pour essayer de faire son deuil. Son job d'enquêteur d'assurances l'amène sur la disparition sans corps retrouvé de Fox Olson un homme bien connu et aimé de tous dans sa ville de Pima.

Extrait : ─ Tu connais ces vers, Madge ? « Le poids du monde, c'est l'amour. Sous le fardeau de solitude, sous le fardeau de l'insatisfaction, le poids que nous portons est l'amour... »

- En haut des marches, Rivages Noir, 1999, ISBN : 2743605561

Nathan Reed vit avec Hoyt Stubblefield depuis quelques semaines. La condition que Hoyt a posée à l'emménagement de Nathan chez lui est que ce dernier ne l'interroge pas sur ses absences répétées. Nathan, confiant en l'homme qu'il aime, a accepté mais est tout de même curieux et suit un matin son amant car il lui semblait pas très en forme ces derniers jours. Il découvre que celui-ci se rend à l'enterrement d'une femme, militante communiste, écrasée par un tramway. Quelques temps plus tard, un agent du FBI rend visite à Nathan et évoque les activités communistes de Hoyt ; or nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale et il ne fait pas bon être communiste aux États-Unis à ce moment-là.

Ce roman ne fait pas partie de la série "Brandstetter".

- Les ravages de la nuit, Gallimard, Folio, 1994, ISBN : 2070388719

Dave Brandstetter enquête pour une compagnie d'assurance sur la mort prétendument accidentelle d'un chauffeur de poids lourd. C'est en fait l'explosion d'une bombe qui a précipité le camion dans un canyon. Pourquoi ? Et que transportait ce camionneur en plein cœur de la nuit ? Difficile de le savoir car les pistes sont brouillées et apparemment, les enjeux sont importants...


Du même auteur : Les mouettes volent bas - Le garçon enterré ce matin - Un pied dans la tombe - Par qui la mort arrive - Petit Papa pourri - Pente douce


Lire aussi sur ce blog : Joseph Hansen et son détective homosexuel, Dave Brandstetter

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Naît-on homme ou femme ou le devient-on ?

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur, s'appuyant sur ses connaissances constructionnistes, dénonce « la fausse et criminelle équation sexe = genre, la plus belle invention du patriarcat sexiste pour dominer les femmes. »

Précisions : le constructionnisme s'appuie sur l'idée que le genre (terme correspondant à l'anglais « gender », difficile à traduire en français) est un concept social qui dès la naissance, est employé inconsciemment la plupart du temps pour séparer les enfants en deux groupes sociaux bien distincts : garçons et filles. Cela ne met pas en cause, bien évidemment, le fait qu'il existe, d'un point de vue biologique, deux sexes ; sans oublier pourtant que même au stade biologique, nombre de combinaisons sont possibles, comme le cas des individus « intersexuels » (environ 1 % de la population) parfois considérés comme des « ratés » de la nature ou au mieux des handicapés, alors qu'ils sont tout simplement nés « différents »...

Le genre qui s’impose par les habitudes sociales dès la naissance n'est pas le sexe, mais un rôle, une façade que les normes et les traditions distribuent dans certains cas arbitrairement ; ce qui a pour effet d’amplifier la binarité homme / femme. L'enfant est vu dès sa naissance comme garçon ou fille avant même de le considérer comme un individu ; il est ainsi enfermer dans un comportement pré-formaté : les petites filles jouent à la poupée, les garçons au foot… Les femmes font le ménage et la vaisselle, les hommes vont à la chasse ; les femmes accouchent des enfants, les hommes d'œuvres… avec toutes les dérives déplorables connues et qui, aujourd'hui encore, entravent les efforts de parité. La « police du genre » va encore plus loin en assimilant sexe, genre et orientation sexuelle, elle impose ainsi une norme hétérosexuelle dominante et un modèle familial qui sanctionne moralement les comportements qui n'entrent pas dans cette norme (quand on sait qu'environ 10 % de la population est homosexuelle, on imagine les ravages que cette norme peut engendrer !)

La dictature au quotidien

Ce que Georges-Claude Guilbert, [adepte du constructionnisme anglo-saxon], nomme « la dictature du genre » est ainsi décortiqué avec de nombreux exemples pris dans la vie quotidienne et commentés avec habileté. « Pour les constructionnistes, l'être humain se différencie de l'animal grâce au langage, à la création artistique, à la religion, au meurtre gratuit éventuellement, mais surtout grâce au fait qu'il est moins assujetti à ses instincts que l'animal, notamment et surtout en matière de genre et de sexualité. (...) Et les constructionnistes remettent sans cesse en question tout rôle, tout attribut, tout mode de pensée traditionnellement considéré comme féminin ou masculin. » Face à eux, les « essentialistes » (ou « différentialistes ») qui croient à toutes sortes de différences innées entre les filles et garçons. Retour à l'éternel débat qui oppose l'inné et l'acquis, la prédétermination et le libre arbitre...

L'auteur dénonce aussi les nombreuses femmes qui participent avec ferveur au renforcement de leur propre esclavage, complices, souvent inconsciemment, d'une société où hommes et femmes féministes sont parfois considérés comme des illuminés ou des empêcheurs de tourner en rond. Les femmes qui acceptent l'oppression patriarcale sont, pour l’auteur, « traîtresses à la cause des femmes » mais aussi les victimes d'un grand « lavage de cerveau ». Pour lui, l'un des pires exemples, après Christine Boutin, de complicité active favorisant l’oppression des femmes, est l’auteur Ellen Willet, qui a publié en 2002, « Les hommes, les femmes etc. » un ouvrage grand public destiné à prouver que si les hommes et les femmes se comportent différemment, c'est bien parce que c'est leur nature en s'appuyant sur tous les poncifs existants et autres stéréotypes...

C'est pour un garçon ou pour une fille ? La Dictature du genre de Georges-Claude Guilbert, Éditeur : Autrement, mai 2004, Collection : Frontières, ISBN : 2746705060

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