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L'enfant de paille, Pierre-Robert Leclercq

Publié le par Jean-Yves Alt

Cet enfant de paille s’appelle Claude et il a cinq ans lorsque André Darcourt l’« achète » à sa mère pour s’installer en Lozère avec lui.

Il rebaptise Pierre ce garçon dont il a senti l’impérieuse nécessité à la mort de sa femme Chantal, enceinte de leur premier enfant.

André, historien quinquagénaire, voit sa vie transfigurée par la présence de ce petit homme qu’il a à cœur d’élever avec tout son amour.

« L'amour heureux partagé sans mots ! Une plénitude nous rapprochant dans l’animalité qui est tout de même la moitié de notre être. »

L’enfant grandit jusqu’à devenir adulte, son père vieillit et la maladie le gagne.

Pierre-Robert Leclercq raconte cette histoire insolite avec beaucoup d’humour et de tendresse, sans jamais verser dans le mélodrame, écueil pourtant si fréquent dans ce type de récit.

L’enfant de paille est un roman émouvant sur le temps qui passe et sur l’échange de vie entre deux êtres mais c’est aussi, et surtout, une très belle histoire d’amour d’un père et d’un fils au-delà des liens, parfois illusoires du sang.

■ L'enfant de paille, Pierre-Robert Leclercq, Editions Calmann-Lévy, 1983, ISBN : 2702112331, (Prix Thyde Monnier)

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Le petit ver de Stig Dagerman

Publié le par Jean-Yves Alt

Un ver rampait sur le cadavre d'un soldat

Il rampa, rampa, longtemps comme cela.

À la fin, il n'eut plus rien à manger.

Il était bien à plaindre, ce petit ver !

Mais quand il fut sur le point de mourir,

survinrent deux dames au large sourire.

Pauvre petit ver, nous créons, vois-tu,

une association pour assurer ton salut.

Chacune pleura comme une Madeleine

mais le ver, lui, était tout guilleret.

Pour un ver, c'est une véritable aubaine

Qu'il y ait des gens si bien intentionnés.

Le soldat gisait là, pendant ce temps,

Plongé dans ses pensées, en putréfaction.

Pourtant il était fort reconnaissant

D'avoir déjà payé sa cotisation.

13 septembre 1944

in « Billets quotidiens », Traduit du suédois pat Philippe Bouquet, Éditions Cent pages, Collection : Cosaques, avril 2002, ISBN : 2906724742, page 9

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Amour, orgueil et préjugés… par Marcela Iacub

Publié le par Jean-Yves Alt

Quel nouveau contrat amoureux pourrait apparaître dans une société d’individus tellement épris d’eux-mêmes ? Ne cherchez pas dans la presse féminine, demandez plutôt à votre chien.

Lorsqu’on s’interroge sur les raisons de tant de séparations, on trouve d’abord des réponses toutes faites. C’est parce que nous sommes plus libres et plus égaux qu’aux temps de nos aïeux que ces catastrophes arrivent. Pourtant, si l’on analyse ce qui pousse les couples à se séparer – la première cause étant l’infidélité sexuelle –, on comprend très vite que l’accroissement de la liberté et de l’égalité des partenaires n’y est pas pour grand-chose. En effet, ces deux bienfaits démocratiques devraient favoriser les infidélités au lieu d’être à l’origine des ruptures.

L’adultère est décidément du côté de la liberté alors que la fidélité absolue l’est beaucoup moins. Il en va de même de l’égalité. Inégalitaire serait un monde dans lequel seul un genre pourrait tromper l’autre, comme autrefois. Aujourd’hui, les membres d’un couple se trompent en toute égalité même si les hommes s’en vantent davantage que les femmes. Et on pourrait faire les mêmes déductions à propos des autres raisons que les couples évoquent pour expliquer leur séparation : manque d’affection et de soutien, incompatibilité de caractères, etc. Aucune de ces justifications n’est liée à l’accroissement de la liberté et de l’égalité.

L’examen de ces multiples causes nous donne en revanche d’autres explications plus obscures à l’explosion des séparations. Il semblerait que quand nous formons un couple, nous souscrivions de manière tacite à une espèce de contrat – que l’on pourrait dénommer « amoureux » – qui conditionne la survie de notre union à une série de clauses telles que la fidélité sexuelle, l’exclusivité et la réciprocité sentimentales.

Si l’on peut parfois pardonner, à la longue, les transgressions finissent par avoir raison du couple. Le partenaire offensé, poussé souvent par son entourage, par son psy ou les conseils des magazines, mettra fin à l’union afin de respecter son honneur bafoué. Ceux et celles qui ne se comportent pas ainsi sont regardés comme de pauvres hères humiliés et dégradés qui auront le plus grand mal à se contempler dans une glace sans se couvrir de honte.

En résumé, les couples ne durent pas parce que nous vivons dans une culture où l’orgueil est plus fort que l’amour. C’est triste, au fond, que les luttes menées pour la liberté amoureuse depuis deux siècles aboutissent à une telle impasse : que ce ne soit pas l’amour qui ait triomphé des anciennes servitudes, mais une société d’individus jaloux de leur dignité, au détriment des attachements sincères, profonds et indestructibles. Ainsi il est très courant que l’on quitte quelqu’un que l’on aime et que l’on souffre des conséquences de cette séparation, et encore plus de la perte d’un amour vrai.

On pourrait rétorquer que l’amour sans condition peut être à l’origine des situations les plus affreuses. C’est possible. Mais ce qui est certain, et pas seulement possible, c’est que la fragilité des couples actuels est catastrophique. Pour ceux qui se séparent et pour leurs enfants, mais aussi pour l’ensemble des liens communs de sociabilité. L’isolement objectif et le sentiment de solitude qu’éprouvent des personnes qui vivent pourtant avec d’autres sont le corollaire d’une société dans laquelle le couple est devenu précaire et conditionné par le respect de l’autre dans sa sacro-sainte dignité. En revanche, l’amour sans condition procure à celui qui aime un plaisir intense et immédiat du seul fait de l’existence et la présence de l’autre. Il suffit de contempler les chiens bien traités par leurs gardiens pour le comprendre. Certains considèrent nos amis à quatre pattes comme des figures exemplaires du bonheur à cause de cet amour fou et absolu qu’ils éprouvent envers leurs maîtres. Il est possible que notre salut viendra le jour où, au lieu de regarder nos toutous de haut, nous les considérerons comme d’augustes professeurs. C’est auprès d’eux que nous devrions chercher conseil à l’heure de choisir entre l’amour et l’orgueil.

Libération, Marcela Iacub, 30 mars 2018

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Heinrich HIMMLER : Discours de Bad Tölz le 18 février 1937

Publié le par Jean-Yves Alt

Chef de la SS (groupes de protection) à partir de 1929, ministre de l'Intérieur d’Hitler à partir de 1943, Heinrich Himmler a utilisé les camps de concentration comme instrument de terreur politique et d’extermination raciale. Le 30 juin 1934, il élimine Röhm, chef des SA (sections d'assaut) et homosexuel. C'est la « nuit des longs couteaux » : Hitler est désormais seul à bord et Himmler est son bras armé.

Dans son discours de Bad Tölz devant des officiers SS, Himmler explique le danger que représente à ses yeux l'homosexualité pour la nation allemande. Il en attribue l'origine à la virilisation des femmes.

Extraits du discours :

« […] Il y a parmi les homosexuels des gens qui adoptent le point de vue suivant : «Ce que je fais ne regarde personne, c’est ma vie privée.» Mais il ne s’agit pas de leur vie privée. Pour un peuple, le domaine de la sexualité peut être synonyme de vie ou de mort, d’hégémonie mondiale ou de réduction de son importance à celle de la Suisse. Un peuple qui a beaucoup d’enfants peut prétendre à l’hégémonie mondiale, à la domination du monde. [...] La destruction de l’État commence lorsque, intervenant un principe érotique (je le dis avec le plus grand sérieux), un principe d’attirance sexuelle entre hommes, la qualification professionnelle, l’efficacité ne jouent plus dans cet État d’hommes le rôle qu’elles devraient jouer. [..]

Aujourd'hui encore, il se présente tous les mois un cas d’homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J’ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas. Ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une «tentative d’évasion». […] J’espère ainsi extirper ces gens de la SS jusqu’au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et l’œuvre d’assainissement racial que nous poursuivons pour l'Allemagne.

[...] Mais tout cela ne permet pas de résoudre le problème dans son ensemble. […] À mon avis, on constate une trop grande masculinisation de notre vie. Nous allons jusqu’à militariser des choses inimaginables. Je le dis très franchement : rien n’est aussi parfait que notre manière de faire avancer les hommes en rang et de faire des paquetages, mais je trouve catastrophique de voir les filles et les femmes - les jeunes filles surtout - circuler à travers le pays avec des paquetages parfaits. Cela donne envie de vomir. Je trouve catastrophique de voir les ligues, associations et communautés féminines s’occuper de choses qui détruisent le charme, la dignité et la grâce de la femme [...]. Nous masculinisons les femmes de telle sorte qu’à la longue la différence sexuelle et la polarité disparaissent. Dès lors. le chemin qui mène à l’homosexualité n'est pas loin. »

■ Extrait de Homosexualité, Bruno Perreau, Editions J’ai lu, Librio, 2005, ISBN : 2290341363, pages 29-30


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Des mères porteuses dans la Bible...

Publié le par Jean-Yves Alt

La question des mères porteuses ne date pas des techniques de procréation médicalement assistée. De tous les temps, des femmes ont accouché sous un nom de substitution et ont laissé une autre élever leur bébé. Il s’agissait souvent d’enfants nés d’une relation adultère et élevés par le couple légitime.

Si la Bible ne préconise pas cette pratique, elle y fait référence, car elle avait cours dans le monde antique.

La Bible raconte ainsi quelques histoires de "mères porteuses" :

Stériles, Saraï donne Agar à Abraham :

La femme d'Abraham, Saraï, ne lui avait pas donné d’enfant. Mais elle avait une servante égyptienne, nommée Agar, et Saraï dit à Abraham : Vois, je te prie : Yahvé n’a pas permis que j’enfante. Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants. Et Abraham écouta la voix de Saraï. (Genèse 16.1 & 16.2)

Rachel donne Bilha à Jacob :

Rachel, voyant qu'elle-même ne donnait pas d'enfants à Jacob, devint jalouse de sa sœur et elle dit à Jacob : Fais-moi avoir aussi des enfants, ou je meurs ! Jacob s'emporta contre Rachel et dit : Est-ce que je tiens la place de Dieu, qui t'a refusé la maternité ? Elle reprit : Voici ma servante Bilha. Va vers elle et qu'elle enfante sur mes genoux : par elle j'aurai moi aussi des enfants ! Elle lui donna donc pour femme sa servante Bilha et Jacob s'unit à celle-ci. Bilha conçut et enfanta à Jacob un fils. (Genèse 30.1 à 30.5)

Mais ce n’est parce que cette pratique existait que la situation était facile à vivre. La Bible évoque ces servantes, enceintes du maître et dépossédées de leurs enfants, pour mettre en lumière un monde de subalternes, de femmes humiliées, mais qui ne sont pas oubliées de Dieu.

Ainsi, quand Agar, enceinte d’Abraham, s’enfuit, elle reçoit la visite d’un ange. On peut même dire que la première Annonciation est pour une "mère porteuse" égyptienne :

L'Ange de Yahvé la rencontra près d'une certaine source au désert, la source qui est sur le chemin de Shur. Il dit : Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu et où vas-tu ? Elle répondit : Je fuis devant ma maîtresse Saraï. L'Ange de Yahvé lui dit : Retourne chez ta maîtresse et sois-lui soumise. L'Ange de Yahvé lui dit : Je multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu'on ne pourra pas la compter. L'Ange de Yahvé lui dit : Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d'Ismaèl, car Yahvé a entendu ta détresse. (Genèse 16.7 à 16.11)

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