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Le point de fuite, Christian Giudicelli

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce "Point de fuite" vers lequel tout converge, c'est, dans ce roman de Christian Giudicelli une nuit banale, à cela près que les personnages y découvriront leur vérité.

Ces personnages, l'auteur excelle à les camper à travers quelques brèves notations comme il sait jongler avec les ficelles de la création romanesque, le roman en train de s'écrire, le roman dans le roman. Réalité et fiction, passé et présent s'entrecroisent avec brio.

Le personnage central donc, qui est parfois le narrateur, c'est Jacques, écrivain et homme de théâtre, portant bien sa quarantaine, lucide et sans trop d'illusions, ni sur ce qu'il écrit - en témoigne une très belle scène où il explique à son public le sens de sa pièce tout en commentant lui-même, en voix off, le discours qu'il est en train de tenir. Assez féroce tout cela ! - sur ce qu'il vit, ou plutôt ne vit pas.

Ce stakhanoviste du sexe, qui collectionne les minets, décide brusquement d'abandonner la compétition. Sous la main, si j'ose dire, il dispose de Tom, un gigolo paumé qui tient à tout prix à coucher avec lui, histoire de gagner quelques sous pour sa vieille maman ! Jacques refusera la transaction mais lui offrira le gros lot : l'adoption. Hélas, les gigolos ne croient pas aux jeux de l'amour et du hasard...

Et puis il y a Olivier, l'ami d'enfance de Jacques, son seul amour peut-être, peintre vaguement raté et hétéro solitaire. En effet son vieux chien, Osmin, vient de mourir. Et Constance, son ex-femme, agrégée de Lettres, séduite et abandonnée par Jérôme adolescent prolongé et poète raté qui rêve lui «d'aventure lointaine» avec Kamel...

Tous ils en rêvent de cette aventure lointaine, de cette fuite qui leur permettrait de... recommencer ce qu'ils ont raté ?

■ Le point de fuite, Christian Giudicelli, Editions du Seuil, 1984, ISBN : 2020069539


Du même auteur : Après toi - Double express - Station balnéaire

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Premières pages, Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

Curieux roman que "Premières Pages". Fiction à double niveau. Yves Navarre prête sa voix à une narratrice qui alterne les chapitres de fiction avec ceux relatant sa vie. Quarante et un premiers chapitres et autant de romans inachevés ; plutôt quarante et une petites nouvelles.

Peggy, la narratrice est dans le couple, celle qui habituellement se tait. Elle est depuis de nombreuses années, l’assistante, secrétaire, amante de Lola, écrivaine vieillissante et au seuil de l’oubli. Peggy pour s’adresser à nous, emprunte le moyen qui appartient à Lola : l’écriture. Peut-être pour cette raison ne fait-elle que commencer des romans. Son besoin essentiel serait de camper des personnages dans des situations qui la font appréhender l’univers dont elle est plus ou moins exclue. Peggy vit une sorte d'enfermement au sein de sa relation amoureuse avec Lola.

Ce livre est une transgression de l’interdit d’écrire que Lola faisait peser sur Peggy. Au long de ces lignes court ce qui fait que deux personnes vivent et aiment ensemble, forment un couple : les façons de dire « Je t’aime ». Courrent aussi les raisons qui font éclater les échecs, les blessures de ceux qui ont été trompés, floués.

Peggy, celle qui n’écrivait pas, ou plutôt qui ne faisait que de la correction pour Lola, nous livre sa relation avec son amante et avec le monde extérieur, au travers de petites nouvelles. Quand elle élabore les chapitres de fiction, elle nous donne la vision qu’elle a du monde hors de Lola. Elle existe alors face à Lola, dévoreuse qui lui a volé son nez, qui l’a remodelée pour aimer une amante à l’image de ce qu’elle désire, incapable d’aimer qui que ce soit d’autre que celle qu’elle ne sera jamais. La mémoire que Peggy veut construire par l’écriture ce sera leur mémoire, celle de leurs moments de vie, même si sa construction emprunte à des événements apparemment extérieurs. On n’abandonne pas le partage d’une vie. Il n’y aurait donc de possible pour Peggy qu’une mémoire façonnée par l’amour.

Au terme d’une vie, l’amour a sans doute un autre sens, il n’est peut-être plus aussi évident de changer d’objet d'amour. Lorsqu’elle s’apprête à quitter les Etats Unis pour regagner leur point de vie commune d’origine, la France, Peggy, la narratrice revient à son amante après le périple de mots et d’images des quarante et un chapitres/nouvelles. L’inventaire des matériaux de la mémoire est terminé. En elles bien des brisures se sont faites, mais aucune irrémédiables puisque les derniers mots du dialogue seront : «Tu viens ?» «J'arrive».

Le piège du couple, si piège il y a, se referme donc sur celle qui écrivait vouloir partir avec un/une autre pour mieux (re)trouver son amante.

■ Premières pages, Yves Navarre, Éditions Flammarion, 1983, ISBN : 2080645757


Quelques ouvrages d'Yves Navarre : Biographie - Ce sont amis que vent emporte - Fête des mères - Hôtel Styx - Le jardin d'acclimatation - Kurwenal ou la part des êtres - L'espérance de beaux voyages - Louise - Le petit galopin de nos corps - Premières pages - Une vie de chat - Romances sans paroles - Les dernières clientes [Théâtre] - Portrait de Julien devant la fenêtre - Le temps voulu - Killer - Niagarak - Pour dans peu

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Pour l'amour d'un Chrétien par Abu Nawas

Publié le par Jean-Yves Alt

De bon matin, un faon gracieux me sert à boire.

Sa voix est douce, propre à combler tous les vœux.

Ses accroches cœurs sur ses tempes se cabrent.

Toutes les séductions me guettent dans ses yeux.

C'est un Persan chrétien, moulé dans sa tunique,

qui laisse à découvert son cou plein de fraîcheur.

Il est si élégant, d'une beauté unique,

qu'on changerait de foi - sinon de Créateur - pour ses beaux yeux.

Si je ne craignais pas, seigneur, d'être persécuté par un clerc tyrannique,

je me convertirais, en tout bien et tout honneur.

Mais je sais bien qu'il n'est qu'un islam véridique....

Abu Nawas

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Judith Butler, philosophe d'un autre genre

Publié le par Jean-Yves Alt

[...] Judith Butler n'appelle pas [...] à la création d'une identité homosexuelle. Rien ne doit être figé : le genre est comme un rôle que l'on apprend à force de le répéter. Il a un caractère «performatif» : «Gender Trouble» (1) a rencontré beaucoup de succès, particulièrement chez les jeunes. L'idée que le genre se construit donne une certaine liberté et un certain pouvoir. [...]

Dans « Le Pouvoir des mots. Politique du performatif » (2) Judith Butler analyse les récents débats sur les discours homophobes, sexistes ou racistes : cette violence verbale, aussi condamnable soit-elle, peut être retournée et ouvrir l'espace d'une lutte politique, affirme Judith Butler - de la même façon que le mot queer, qui était au départ une injure à l'égard des homosexuels, est devenu une expression « porte-drapeau ».

Les minorités ont tout intérêt, selon elle, à s'organiser politiquement plutôt que de laisser l'Etat décider de ce qui est dicible ou non. Elle s'appuie sur une affaire récente : un adolescent blanc, qui avait brûlé une croix devant la maison d'une famille noire, avait été inculpé au début des années 1990 sur la base d'un décret pris par la ville de Saint-Paul (Minnesota) qualifiant de délit le fait de placer «sur un terrain public ou privé un symbole, un objet (...) comme par exemple une croix enflammée ou une croix gammée, en sachant (...) qu'ils suscitent chez d'autres la colère, la crainte ou le ressentiment du fait de leur race, de leur couleur, de leur foi, de leur religion ou de leur genre».

La Cour suprême des Etats-Unis a jugé le décret inconstitutionnel au motif, notamment, qu'une croix enflammée ne constitue pas un cas d' «agression verbale» mais un simple «point de vue» dans le «libre marché des idées», protégé par le premier amendement relatif à la liberté d'expression.

Extraits du journal Le Monde, Clarisse Fabre, 2 septembre 2004

(1) Gender Trouble, Judith Butler, Editions La Découverte, avril 2005, ISBN : 2707142379

(2) Le Pouvoir des mots. Politique du performatif, Judith Butler, Editions Amsterdam, 2004, ISBN : 2915547033


Lire aussi : Le pouvoir des mots : Politique du performatif, de Judith ButlerJudith Butler : « Nous ne sommes pas sexuellement déterminés »Faire et défaire le genre par Judith ButlerLe débat sur le mariage est mal posé par Marie-Hélène Bourcier

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À propos des romans dits «homos ou gays»

Publié le par Jean-Yves Alt

Un roman dont le personnage principal est hétérosexuel n'est jamais qualifié de roman «hétéro» [sourire !]. Et un roman où il y aurait des scènes de sexe entre un homme et une femme ou même entre deux femmes serait qualifié de «roman érotique», c’est tout. Il n'y aurait d'ailleurs nulle honte à le distribuer voire même à le montrer en vitrine.

Mais quand il s'agit de deux hommes, alors là... les choses sont un peu différentes.

Si quelqu'un déclarait ouvertement ne jamais lire de roman où il est question d'hétérosexualité, on parlerait à coup sûr de vision étriquée ou limitée des choses, de fermeture d'esprit.

On s'attend - et heureusement - à ce que les homosexuels soient parfaitement capables de lire des histoires de couples hétérosexuels, voire des histoires érotiques hétérosexuelles, sans être choqués et surtout, en s'identifiant parfaitement à la situation présentée.

L'inverse, est-il, vrai. Pas si sûr. Bizarre. Non ?

Si les homosexuels peuvent lire des romans « hétéros », c'est parce qu'ils savent qu'au-delà de différences de surfaces, l'expérience humaine est sensiblement la même pour tout le monde.

Si les hétéros et les homos ne font pas tous les mêmes choses, s'ils ne cherchent pas tous l'amour aux mêmes endroits, s'ils ont parfois des comportements différents, ils se posent tous des questions semblables et se butent finalement aux mêmes problèmes.

Et si on retirait nos œillères ?

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