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Les figures de Maurice Quentin Delatour

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans le domaine de la peinture, le 18e siècle voit le déclin de la hiérarchie des genres au sommet de laquelle régnait la peinture d'histoire et religieuse. Apparaît alors l’idée que l’être humain est ce qu’il y a de plus difficile à dépeindre. Maurice Quentin Delatour (et non de La Tour car il n’a jamais été noble) sera un des plus grands peintres de ce siècle et consacrera toute son œuvre à faire des portraits aux pastels.

Quentin-Latour (comme le surnomment les historiens pour le distinguer rapidement de Georges de La Tour) va exceller dans le rendu des regards qui transpercent littéralement la face de ses modèles. La force de ces regards vient qu’ils dépassent largement les seuls yeux. Tout se concentre du front au menton. Le reste (cheveux…) n’a que peu d’importance.

Les portraits de Quentin-Latour sont vifs et pétillants. On peut aisément se douter en voyant les dessins préparatoires (ici Madame de Pompadour - cliquer sur l’image pour découvrir le tableau achevé) et les tableaux terminés (ici Jean Restout - cliquer sur l'image pour voir le tableau entier) le perfectionnisme du peintre. Il sait que la moindre ombre, tracée en plus ou en moins sur les lèvres, les paupières, les joues ou le menton, peut bouleverser du tout au tout l’expression de la personne réelle qu’il a voulu portraiturer.

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Jean-Paul Sartre et l'identité homosexuelle

Publié le par Jean-Yves Alt

Philosophe, dramaturge et romancier, Sartre s’engagea à plusieurs reprises en faveur des droits des lesbiennes et des gays. Selon lui, l’oppression sociale accule « l’homosexuel » au choix de dire sa sexualité ou de la taire. Il est ainsi ballotté entre mauvaise foi et sincérité.

La mauvaise foi, c’est le silence et le pouvoir des autres sur soi. La sincérité c’est le risque de voir sa vie réduite à sa seule homosexualité. La liberté réside donc, pour Sartre, dans le dépassement de cette alternative par la création de ses propres modes de vie.

Un homosexuel a fréquemment un intolérable sentiment de culpabilité et son existence tout entière se détermine par rapport à ce sentiment. On en augurera volontiers qu’il est de mauvaise foi. Et, en effet, il arrive fréquemment que cet homme, tout en reconnaissant son penchant homosexuel, tout en avouant une à une chaque faute singulière qu’il a commise, refuse de toutes ses forces de se considérer comme « un pédéraste ». [...] Nous demandons ici : qui est de mauvaise foi ? L’homosexuel ou le champion de la sincérité ?

L’homosexuel reconnaît ses fautes, mais il lutte de toutes ses forces contre l’écrasante perspective que ses erreurs lui constituent un destin. Il ne veut pas se laisser considérer comme une chose : il a l’obscure et forte compréhension qu’un homosexuel n’est pas homosexuel comme cette table est table ou comme cet homme roux est roux. [...] Mais le champion de la sincérité n’ignore pas la transcendance de la réalité humaine et sait, au besoin, la revendiquer à son profit. Il en use même et la pose dans son exigence présente : ne veut-il pas au nom de la sincérité - donc de la liberté -, que l’homosexuel se retourne sur lui-même et se reconnaisse homosexuel ; ne laisse-t-il pas entendre qu'une pareille confession lui attirera l’indulgence ? Qu'est-ce que cela signifie, sinon, que l’homme qui se reconnaîtra homosexuel ne sera plus le même que l’homosexuel qu’il reconnaît être et s’évadera dans la région de la liberté et de la bonne volonté. Il lui demande donc d’être ce qu’il est pour ne plus être ce qu’il est. C’est le sens profond de la phrase : « Péché avoué est à moitié pardonné. » Il réclame du coupable qu’il se constitue comme une chose, précisément pour ne plus le traiter en chose. Et cette contradiction est constitutive de l’exigence de sincérité. Qui ne voit, en effet ce qu’il y a d’offensant pour autrui et de rassurant pour moi, dans une phrase comme : « Bah ! c’est un pédéraste », qui raye d’un trait une inquiétante liberté et qui vise désormais à constituer tous les actes d’autrui comme des conséquences découlant rigoureusement de son essence. Voilà pourtant ce que le censeur exige de sa victime : qu’elle se constitue elle-même comme chose, qu’elle lui remette sa liberté comme un fief, pour qu’il la lui rende ensuite comme un suzerain à son féal.

Jean-Paul Sartre, in L'Être et le Néant (1943)

■ Extrait de Homosexualité, Bruno Perreau, Editions J’ai lu, Librio, 2005, ISBN : 2290341363, pages 13-14

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L'autre versant, Bruno Gay-Lussac

Publié le par Jean-Yves Alt

Au point de départ de "L’autre versant", il y a un tableau contemplé par Basile. Imperceptiblement, une relation se noue entre cette toile et lui, et il n’a de cesse d’en pénétrer le secret. À cette fin, il se porte acquéreur d’une ferme, dans la campagne, dont il croit qu’elle a pu servir de modèle au peintre.

Parti à la découverte de son nouveau cadre de vie, Basile est intrigué par une grande maison de l’autre côté de la vallée, Le Vermeil.

« Pareil à une bête sauvage qui avant le sommeil explore son enceinte, Basile s’appliquait à faire le vide autour de lui. »

Mais un jeune homme aux cheveux roux apparaît à plusieurs reprises puis s’enfuit. S’instaure entre Basile et l’énigmatique Sébastien, que plusieurs générations séparent, un dialogue où se mêlent désinvolture et gravité.

L'autre versant, Bruno Gay-Lussac

Il faut lire derrière les phrases, derrière les mots pour sentir presque charnellement le silence, la solitude qui baignent ce livre et nous plongent dans un abîme de questions essentielles auxquelles seul chaque lecteur peut répondre pour lui même.

Ce roman est un cérémonial discret, l’histoire d’une quête intérieure où la simplicité du récit et l’élégance de l’écriture sont les ferments d’un charme mystérieux.

■ L'autre versant, Bruno Gay-Lussac, Éditions Balland, 1983, ISBN : 2715804180

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Les lunettes d'or, Giorgio Bassani

Publié le par Jean-Yves Alt

Ferrare. Les années 30 du fascisme italien. La bourgeoisie de province, engluée dans le traditionalisme italien. La vie terne. Les déambulations du soir, où l'on se montre, où l'on s'épie.

Mais le narrateur, jeune bourgeois juif nous conte seulement l'histoire de l'homme aux lunettes d'or, ces lunettes qui brillent parfois dans l'obscurité des places d'orchestre du cinéma, places fréquentées par les ouvriers et les soldats.

Les salles obscures étaient déjà en ces années, les lieux de drague racontés plus tard par Pasolini, et c'est évidemment pour cela que le Docteur Fadigatti les fréquentait. Ces habitudes n'échappaient pas totalement aux bons bourgeois, machistes de famille. Après tout, ce médecin moderne, venu de Venise pouvait bien, compte tenu de sa valeur professionnelle, de sa distinction et de sa discrétion, entourer de mystère certaines de ses habitudes.

Mais les années ne pardonnent guère et vers la quarantaine, comment continuer à vivre en marginal quand on ne l'assume pas complètement.

Alors les condamnations morales germent lentement. Et c'est dans une station balnéaire de l'Adriatique, qu'éclatera le scandale.

Entre les matinées sur la plage et les soirées à l'hôtel, ces bourgeois de Ferrare en vacances verront comment Athos Fadigatti peut être bafoué par son jeune amant/gigolo.

On ne pardonne pas aux perdants discrets et timides jusque dans leur malheur. Ce sera la chute lente de cet homme. Il croyait à tort que la discrétion et la soumission aux bonnes apparences lui laisseraient vivre sa vie. Comme les Juifs italiens, fascistes «de la première heure» pensaient échapper à l'application des lois raciale en gestation.

■ Les lunettes d'or, Giorgio Bassani, Editions Gallimard, Collection L’étrangère, 1996 (réédition), ISBN : 2070744167


Lire aussi sur ce blog : Les lunettes d'or, un film de Giuliano Montaldo (1987)


Ce roman (ainsi que tous les autres de Giorgio Bassani) est disponible dans une nouvelle traduction de Michel Arnaud et Gérard Genot sous le titre générique "Le roman de Ferrare", Editions Gallimard, 840 pages, 21 avril 2006, ISBN : 2070772985


Du même auteur : Derrière la porte

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Le mariage vu par Jean Anglade

Publié le par Jean-Yves Alt

L’institution du mariage n’échappe pas à la sagacité de Jean Anglade qui, dans un comparatif entre celui pratiqué par les musulmans et celui des catholiques, fait dire à l’un de ses héros que la différence réside dans le fait que « les maris algériens ont plusieurs femmes, cela s’appelle la polygamie. Les maris chrétiens en ont une seule, cela s’appelle la monotonie ».

in Une étrange entreprise, Éditions des Presses de la cité, Collection : Terres de France, mai 2005, ISBN : 2258065534

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