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Le sergent (The Sergeant), un film de John Flynn (1968)

Publié le par Jean-Yves Alt

Cet excellent film n'a jusqu'à présent, à ma connaissance, jamais bénéficié d'une programmation à la télévision, bien que réalisé en 1968. Il a par contre été diffusé en K7 vidéo. Il traite d'un sujet ô combien fantasmatique : l'homosexualité dans l'armée. "Le Sergent", à travers l'itinéraire d'un homme déchu, reprend ce thème et l'exploite avec finesse.

Affecté en 1952 dans une compagnie cantonnée en France, le sergent chef américain Albert Callan (Rod Steiger) a décidé de reprendre en main le camp où les hommes négligeaient la discipline. Homme de poigne, autoritaire, inflexible, son attention est attirée par le jeune et beau soldat Tom Swanson (John Philip Law) qui contraste avec ses camarades par l'excellence de sa tenue et par sa conduite. Callan propose à Tom de travailler dans son bureau, il s'agit en fait d'un ordre et le jeune homme s'exécute. Tout se passe très bien jusqu'au jour où le sergent retient Tom après les heures normales de service afin de l'empêcher d'aller retrouver Solange (Ludmila Mikael), une jeune française habitant la ville voisine. Tom devient le "compagnon" de toutes les sorties de Callan. Et alors qu'une amitié particulière commence à s'installer, Solange tente de récupérer son fiancé…

En réalité, le sergent Callan refoule l'attraction qu'il ressent pour les hommes. Malgré l'attitude "virile" qu'il a essayée de renvoyer jusque là en jouant le rôle d'un héros de guerre, depuis la rencontre avec le soldat Swanson quelque chose "s'est brisé" en lui. Pour lutter contre son attirance envers Swanson, Callan va la transformer en agressivité verbale et en punitions injustifiées. Ignorant tout cela, Swanson en vient progressivement à détester son supérieur…

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A l'école, il faut bien s'occuper... par Marcel Aymé (La Jument verte - 1933)

Publié le par Jean-Yves Alt

« A l'école, il avait plus souvent les mains sous la table qu'à son porte-plume, non par habitude invétérée, mais pour introduire un peu d'humanité dans les leçons du maître sur la règle de trois ou les mérites revêches de Colbert. »

Marcel Aymé

La Jument verte (1933)

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Mais il part..., Marie-Sophie Vermot

Publié le par Jean-Yves Alt

Par le plus grand des hasards, Saul, un lycéen, va devenir le "promeneur" de la chienne Lola. Cette après-midi là, Saul rattrape à temps, l'animal, que son maître avait laissé échapper et lui évite de passer ainsi sous les roues d'un bus. Monsieur Debray, le vieil homme qui promenait Lola le remercie chaleureusement et lui explique la situation.

Lola n'est pas sa chienne : elle appartient à son voisin, qui trop malade ne peut aller la promener. Monsieur Debray propose à Saul de l'accompagner afin que le véritable propriétaire le remercie. C'est ainsi que Saul se retrouve le "promeneur" attitré de Lola. Le maître de Lola, Kyle, lui explique rapidement sa situation : il est sidéen et son compagnon est décédé de cette maladie, quelques années auparavant. Si au départ, Saul voit en cette activité, un moyen de se faire du "fric" pour s'acheter une guitare d'occasion qu'il a repérée, il va peu à peu s'attacher à Kyle au point de renoncer aux vacances scolaires prévues avec ses parents.

Dans ce roman pour adolescent, Marie-Sophie Vermot cerne bien les besoins de Saul avant sa rencontre avec Kyle : "s'éloigner" des parents, ne pas toujours penser aux travaux scolaires (les révisions du bac français), se sentir autonome, se réaliser autrement que par les seules activités jusque-là "programmées" par les parents (la flûte traversière / Saul rêve de faire partie du groupe de rock que son copain Julien veut créer)…

Son père est, tout à la fois, exigeant et accueillant : il rappelle à son fils ce sur quoi il tient (les études) tout en gardant son cœur ouvert. Saul n'a pas de gros problèmes relationnels avec sa famille : d'ailleurs, s'il commet quelques mensonges, il se rend vite compte que son utilisation répétée ne construit rien de solide.

Marie-Sophie Vermot sait faire partager aux lecteurs les peurs qui bloquent les dialogues (Saul ne dira pas au début que Kyle est atteint du SIDA, par crainte de la réaction de ses parents), les silences qui en disent toujours plus longs (on peut penser que la mère de Saul accepte mal d'apprendre la maladie de Kyle puisqu'en cachette de son fils, elle tente de mettre fin à leurs "relations"), les déceptions qui font "capoter" les rêves (Julien, qui démarre son groupe de rock, n'accepte pas la non disponibilité de son ami)…

L'auteure raconte sans aucun misérabilisme la vie qui s'en va, ce qui permet à Saul d'acquérir un état de conscience qu'il n'avait pas jusque-là.

J'ai néanmoins regretté que Marie-Sophie Vermot n'aille pas plus loin dans la découverte de cette nouvelle conscience. Je trouve que la présence de Bettina, en nièce exubérante, "anesthésie" la relation entre Saul et Kyle. Bettina montre certes qu'il est possible d'accompagner un mourant tout en conservant une gaieté consciente. J'aurais aimé découvrir comment Kyle aurait fait pour annoncer à Saul qu'il lui rappelait, tant par son physique que par son comportement, son amant décédé (crainte d'une lecture pédophile du roman ?). La fin, tellement ouverte (Kyle est conduit à l'hôpital) m'a aussi beaucoup déçu : la mort est-elle si redoutable pour ne pas être présente explicitement dans le roman ? Il aurait été intéressant de découvrir chez Saul les conséquences d'un drame qui le dépasse largement.

Dernier point, qui aurait mérité plus d'interrogation : le quiproquo entre Bettina et Saul à propos de la sexualité de l'adolescent («Je n'en suis pas un, d'accord ?» lui lança-t-il). Il aurait fallu creuser les silences de Saul avec Julien, son refus de lui parler de Kyle, son désir de faire de la guitare (même s'il a besoin d'une pause momentanée). De la même manière, articuler la rupture avec le groupe de Julien et la peur que Saul a d'être perçu comme un homo…

Des émotions manquées, c'est dommage.

■ Mais il part..., Marie-Sophie Vermot, Editions Thierry Magnier, mai 2005, ISBN : 2844203647


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Streamers, un film de Robert Altman (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Huis clos pour le Vietnam

Réunir de force des hommes ou plutôt des "enfants", venus d'horizons divers suffit à provoquer un drame dans n'importe quelle intrigue. C'est l'histoire de Billy, Roger et Richie... tous différents, contraints de vivre comme s'ils étaient semblables.

L'état de guerre, quand de jeunes hommes partent pour des pays étrangers, pour se livrer à des "actes étranges" qui ne leur sont pas naturels, peut devenir le temps du courage et même celui du rire... Mais, quand la guerre est imminente, le courage n'est pas de mise et ce n'est certainement plus le moment de rire.

Quand Carlyle, l'intrus, fait irruption dans leur monde, il déclare que ce n'est pas le sien. Il finira par prouver que ce n'est un monde pour aucun d'entre eux.

Les deux sergents de carrière, Cokes et Rooney, ayant déjà maintes fois vécu ce même discours, ne font que démontrer l'inanité de tous leurs efforts.

Streamers c'est l'histoire d'hommes plongés dans cette situation. D'hommes qui ne savent pas quand il convient d'être courageux... ou de ne pas rire.

Streamers, intraduisible en français, veut dire littéralement :

« flotter au vent »

On le dit d'un parachute qui ne s'ouvre pas et dont le soldat est condamné à mourir au sol.

Ce film nous rappelle que nous sommes tous des "Streamers" car un jour ou l'autre notre parachute finit par ne plus s'ouvrir, nous sommes tous destinés à mourir. Et consciemment ou non, la manière dont nous réagissons à cette idée détermine notre personnalité, notre façon de vivre, ce qui nous fait peur, ce qui nous attire, les raisons pour lesquelles, parfois, nous changeons d'aptitude ou d'optique.

Ce qui nous incite à ne pas trébucher sur les obstacles que rencontrent les personnages de ce film ce sont les jugements individuels, les tricheries, les mensonges... tout ce qui fait l'écheveau des petites trahisons. Et ces petites trahisons se mêlent jusqu'à constituer le tissu des multiples incompréhensions qui déboucheront sur la violence. Ce qui nous conduit, un jour ou l'autre, pour vous comme pour moi, inévitablement au fait que le parachute ne s'ouvrira pas.

Streamers se déroule à huis clos, dans le dortoir d'une caserne.

Quatre appelés attendent le signal de départ pour aller combattre sur le front au Vietnam. En gardant toujours ce même décor, la chambrée et ces lits superposés, Robert Altman, cernent ses personnages et leurs expressions.

L'atmosphère est lourde dans le dortoir. Dès le début du film, un des soldats, dans l'attente d'un destin incontournable, va craquer et tenter de mettre fin à ses jours.

Richie (Mitchell Lichtenstein) est plus enclin aux plaisirs intellectuels qu'aux joies du sport, pour se défouler. Soigné, propret, prenant soin de son corps et de son apparence physique, il est disponible pour ses voisins de chambrée, il les écoute mais ne se livre pas pour autant. Très vite, sa quiétude est troublée par les visites persistantes de Carlyle (Michael White).

« Tu as déjà parlé à des pédés ?

- Il y en a qui sont OK, mais d'autres, ce sont de vraies salopes.

- Je ne suis qu'un sale con de nègre. »

Il insiste pourtant, Richie ne dit mot. Il les provoque, fait la folle.

« Tu chies dans la colle, mais tu es mignon aussi. Arrête de faire la folle. »

Le soir, ils se racontent, précisent leurs origines, leurs envies et leurs dégoûts.

« Je n'ai même pas de job, et ils vont m'envoyer me faire tuer. On sera peut-être des héros. »

Très vite, la sexualité redevient le sujet de discussion primordial. Billy (Matthew Bodine) est obsédé par les silences de Richie.

« Dis-moi. T'en es pas vraiment un pédé. Tu as peut-être eu des mauvaises fréquentations. Tu t'es laissé entraîner. »

Carlyle et Richie se rapprochent, ils se sentent, se comprennent, la sensualité mêlée au désir. Et pourtant, ils doivent se préparer à se battre, à mourir peut-être. C'est beaucoup trop pour les deux autres qui supportent de plus en plus mal cette promiscuité. La violence gronde.

Ce film traite plus de l'homophobie que de l'homosexualité. Il confronte des éléments différents dans notre société à l'intérieur d'un vase clos, sous pression, comme dans une cocotte-minute. Aucune possibilité pour les personnages de se dérober à cette tension. Richie est un personnage plus à l'aise avec lui-même, n'ayant pas besoin de se remettre en question. Billy est très peu sûr de lui, quant à Roger, il a délibérément pris le parti de vivre une situation sans conflit. Carlyle est certainement le personnage le plus honnête dans cette situation.

Hormis les quatre protagonistes, Robert Altman a intégré deux rôles muets, lourds de significations : le dormeur, qui sous ses couvertures, assistera en voyeur aux échanges en tous genres de ses colocataires et la seule femme du film, que l'on aperçoit par deux fois, derrière les vitres de la chambre, prenant en photos les bidasses.

Streamers est certainement l'étude de caractère la plus honnête et la plus vraie que j'ai vue. Il montre d'emblée la personnalité entière et multiple des personnages, si bien que ce réalisme devient souvent insoutenable car épuré jusqu'à l'extrême. Altman est un très grand cinéaste, il n'y a aucun doute.


Du même réalisateur : Beyond Therapy

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Le vrai est au coffre, Denis Lachaud

Publié le par Jean-Yves Alt

Tom, 5 ans, vit à Paris dans un minuscule logement, jusqu'au jour où l'on propose à son père cheminot un logement plus proche de son travail. L'endroit - une sorte d'îlot ferroviaire : la Cité des Fleurs - en banlieue pourrait paraître détestable pourtant Tom en perçoit bien vite les avantages : un logement spacieux, un jardin avec bac à sable… de quoi mener une vie agréable et tranquille.

Mais le monde n'est pas clos et Tom devra affronter le regard des autres. Il sera mis rapidement à l'écart et devra faire face aux insultes des enfants de son âge qui le trouvent trop différent d'eux et le traitent de "Tapette".

« Je ne voulais plus m'approcher du stade car j'avais à plusieurs reprises entendu fuser des "tapette !" émanant du groupe de joueurs. J'avais mis un certain temps à entendre l'insulte (car rien dans mon oreille n'était réglé sur la longueur d'ondes du match perpétuel) puis encore un certain temps à comprendre qu'elle s'adressait à moi. J'avais déjà entendu ce mot circuler parmi les grands dans la cour de l'école. Je ne savais pas ce qu'il signifiait mais, mesurant sans difficulté l'agressivité dont il se nourrissait, n'en demandai de définition ni à Philippe Savin, ni à Eric Pellot ni à aucun autre footballeur du stade. J'avais honte de provoquer une telle animosité, quelle qu'en soit la raison.

J'avais commis une erreur à un certain moment, j'en étais persuadé. Pourtant, j'avais beau chercher dans ma mémoire l'occasion qui avait pu me mettre en porte-à-faux avec les garçons de la Cité des Fleurs, je ne voyais pas. Encore moins avais-je le pouvoir de remonter le temps pour corriger cette erreur. Il fallait éviter le plus possible de provoquer leur hargne car chaque nouvelle agression verbale effaçait un peu plus les contours encore mal dessinés de ma personne. » (page 60-61)

« Je me mis à chercher un moyen de vider le mot de sa charge vénéneuse. Un lundi matin, je pris pendant mon petit-déjeuner la décision de consacrer une semaine entière au problème. J'allais répéter le mot cent fois dans ma tête sur le chemin de l'école, à l'aller, au retour, ainsi qu'à chaque récréation. […] Tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette tapette... […]

Le premier soir, je me refusai à tirer des conclusions hâtives. L'expérience devait durer une semaine. Quand je traversai le passage à niveau le samedi midi, j'avais répété le mot deux mille sept cents fois dans ma tête. Il avait, me sembla-t-il, un peu perdu de son sens. Mais toute illusion se dissipa quand Eric Pellot et Philippe Savin se précipitèrent vers leur sixième étage.

- Bon week-end tapette !

Le mot dans leur bouche me poignardait toujours. Echec total. » (page 64-65)

Echec en effet, qui aboutira lors de la fameuse classe de neige (il a alors 8 ans) au "basculement" de sa vie, dans tous les sens du terme.

Dans les deux premières parties du livre (qui en compte quatre), le narrateur est Tom : il raconte son arrivée à 5 ans à la "Cité des Fleurs" et la découverte de son monde. Celui avec ses parents qui sont toujours très affectueux et à l'écoute. Celui avec Véronique, la fille des voisins, qui devient rapidement sa seule amie (ils créent tous les deux leur propre petite famille avec enfants à l'appui, des poupées en l'occurrence). Celui de Philippe Savin et d'Eric Pellot, deux enfants de sa classe qu'il craint et déteste (il les nomme "les deux gros cons") et qui n'auront de cesse de le brimer. Celui aussi de son oncle Roger, paysan dans le Massif Central, chez qui il passe une partie de ses congés d'été avec ses parents (et Véronique). Celui de Miguel, un homme qui travaille dans une casse toute proche et avec qui il aime discuter.

Toutes ses rencontres permettent au lecteur d'approcher l'identité (les identités) de Tom qu'il est en train lui-même de se forger. Quelle(s) est (sont) -elle (s) réellement ? Quelles influences ont les autres dans cette construction ?

« - C'est quoi ton vrai nom en entier ?- Thomas Fabre. C'est mon vrai nom en entier mais c'est pas moi. Je veux que tu m'appelles Tom. Mes parents m'appellent Toto mais c'est pas moi non plus.

- Pourquoi tu leur dis pas ?

- J'ose pas leur dire. Ils croient que Toto c'est moi alors tant pis. C'est pas grave. » (page 15)

La certitude des autres, plus particulièrement celle de ceux qui le rejettent, révèle à Tom ce qu'il ne veut pas être.

« Je travaillais d'arrache-pied à endormir toute peur, toute douleur, toute émotion même, à ne plus rien ressentir que l'air qui passe par mes poumons. En quelques mois je parvins à devenir presque transparent. […] Je fus envahi par un profond désespoir, c'était tellement injuste, qu'avais-je fait, à qui, pour mériter cela, comment lutter contre les autres garçons de mon âge, raisonnablement mignons, symétriques et harmonieux alors que déjà mon comportement efféminé au dire des plus belliqueux d'entre eux m'en distinguait ? Comment lutter ? Cela restait à inventer. » (page 62)

Les deux dernières parties du récit complexifie ce qui avait été saisi jusque-là. S'agit-il seulement de l'imaginaire d'un petit garçon ?

Après la mort de Tom (qui restera partiellement le narrateur jusqu'à la fin), Véronique se passionne pour la natation et n'a, semble-t-il, qu'un but : décrocher une médaille d'or aux Jeux Olympiques. Elle décide de partager sa vie avec Miguel, le grutier de la casse. Elle va mettre aussi à exécution son serment de tuer Philippe Savin.

Tout l'intérêt de ce récit, ce n'est bien évidemment pas toutes ces données factuelles : le championnat de France de natation, l'exécution de Savin ont-ils réellement eu lieu ? Le personnage de Véronique existe-t-il vraiment ? Est-il une autre "partie" de Tom ? Des indices, laissés ici et là dans le récit, intriguent en confirmant ou infirmant ces hypothèses.

« C'est fini. J'arrête. C'était le dernier. J'ai honte. Je ne parviens plus à me voir en peinture. Je vais me faire opérer. Je vais me faire fendre la bite dans le sens de la longueur, je vais me la faire recoudre en vagin une fois vidée et retournée à l'intérieur. Je vais me faire greffer un morceau de gland en guise de clito et advienne que pourra. Jetez mes couilles aux piranhas. Je sauverai ce qui restera. » (page 147)

« - Tom, Je vais arrêter de te parler. A haute voix en tout cas. Ça fait quinze ans maintenant, on me prend pour une folle quand il m'arrive de t'apostropher. Tu es un petit garçon pour toujours et je ne suis plus une petite fille. Je n'ai pas la moindre idée de l'homme que tu serais en train de devenir. » (page 157)

Où est le vrai des vies de chacun ? Quel rôle, quelle fiction chacun accepte-t-il de jouer ? Quel place prend le désir ? Quel rôle ont nos propres résistances dans la réalisation de ce désir ? Qu'est-ce qui peut être définitif dans une vie ?

Ce roman, en proposant toutes ces entrées, conduit le lecteur à s'interroger sur l'identité de Tom (et par là-même à la sienne propre), à se représenter le labyrinthe sans fil d'Ariane dans lequel Tom (et chacun) est plus ou moins enfermé.

« A cet âge-là, je ne compare déjà plus ma vie à celle des autres. Je ne me demande plus jamais pourquoi m'arrive ce qui m'arrive, inutile de chercher un sens là où il n'y en a pas. Je prends chaque jour l'un après l'autre, essaie de me faire oublier, de m'effacer du monde que je traverse la peur au ventre et quand je n'y parviens pas l'affronte dans la mesure de mes moyens. » (page 71)

On écrit toujours le même roman. Denis Lachaud en a publié quatre avant celui-ci. L'histoire se répète, puisqu'à l'origine il n'y en a sans doute qu'une dans l'âme de l'auteur. Dans "Le vrai est au coffre", Denis Lachaud, en utilisant un duo de voix (Tom/Véronique) nous fait partager, de nouveau, de façon émouvante et troublante, le passage de l'enfance à la vie d'adulte.

Un livre à ne pas manquer.

■ Le vrai est au coffre, Denis Lachaud, Editions Actes Sud, 19 août 2005, ISBN : 2742756450

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