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Agonie dans la nécropole, Jean-Pierre Andrevon (in L'oreille contre les murs)

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec "L'oreille contre les murs", Jean-Pierre Andrevon nous offre quinze nouvelles, dont "Agonie dans la nécropole", récit à l'homosexualité vindicative, mais non dénué d'humour comme le prouve ce dialogue entre le héros pédé et un flic de patrouille :

« Enfin la véritable guerre commença quand un brave flic rondouillard et père de famille, bardé de protections du premier degré, m'emmena une nuit patrouiller près du fameux cimetière. Cela débuta assez mal.

- Tu sais mon gars, moi je ne suis pas méchant. Les pédales, j'en ai rien à glander. Mais faut pas qu'ils me fassent chier, hein ? Pas de mains baladeuses dans le noir parce que c'est mon poing sur la gueule !

- Mon cher monsieur, les gens comme vous sont touchants. J'aime les beaux mecs de préférence, alors voulez-vous un peu m'expliquer par quelle aberration j'aurais envie de vous ? Hein ?

- ...?

- Regardez-vous. Vous êtes gras, court sur pattes, un peu rougeaud. Vous ne respirez pas une intelligence exceptionnelle. Vous n'avez rien de viril qui puisse attirer quiconque.

- Bon dieu, je...

- Roulez ! »

■ L'oreille contre les murs (15 nouvelles), Denoël, Présence du Futur n° 310, 1980, ISBN : 2207303101

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Noir et Blanc, un film de Claire Devers (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

Fortement inspirée par la nouvelle de Tennessee Williams, "Le masseur noir", Claire Devers envoie son héros (expert-comptable) dans une salle de gymnastique et de musculation, pour mettre à jour les comptes et bilans de cette société en constante progression.

Profitant des installations, le fonctionnaire découvre les vertus du sauna, de la piscine, puis du masseur noir (Jacques Martial). Imposant par sa carrure et sa dextérité. Il façonne le corps chétif, le réveille, le bouscule. Le plaisir exulte par tous les pores de la peau. Sous le franc doigté de son masseur, le comptable va oublier ses chiffres et se dépenser sans compter. Un désir sourd le titillait déjà ? On ne le saura jamais, il ne s'en expliquera pas. Il se contentera de "jouir" et de pousser, à chaque fois un peu plus loin, les limites de son endurance. Comme un défi à lui-même. Son seul commentaire, il le fera pour exprimer ce bonheur salvateur :

« J'étais trop timide, sans curiosité. Ma peur a disparu. Une fois là, il n'y a plus que l'envie de l'assouvir. Mon désir est trop grand. Je ne redoute plus la souffrance. Frappe de toute ta puissance... »

Claire Devers n'y va pas de main morte. En quatre-vingts minutes, elle transporte le spectateur jusqu'aux frontières de "l'insupportable", placé en position de voyeur.

"Noir et Blanc", parfait de concision dans sa forme, a la force psychologique des coups que l'on assène, mais que l'on ne voit jamais. Le poids du non-dit et le choc de la mise à mal.

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Le mariage dans la société féodale par Georges Duby

Publié le par Jean-Yves Alt

La pensée occidentale, les mentalités françaises n'ont pas seulement leurs racines dans la Renaissance du XVIe siècle, dans la Rome antique ou la Grèce classique. Il y a aussi le XIIe siècle, cette fabuleuse époque des cathédrales.

Siècle charnière où se met en place l'idéologie de l'église, siècle notamment où l'idéologie et les stratégies matrimoniales prennent une nouvelle forme qui s'installe pour 800 ans. Georges Duby (1) s'intéresse à la genèse de ces stratégies. Comment peu à peu le mariage, négligé avant l'an Mille, devient une institution centrale dans la vie aristocratique.

Une idée reçue est à mettre au panier : le sacrement du mariage n'a pas intéressé l'Eglise à son début ; il n'a été défini par elle que pour des raisons historiques. «Dans la France du Nord au IXe siècle, le mariage était de ces affaires dont les prêtres ne se mêlaient encore que de loin».

En effet, le concubinage prédomine alors dans l'Aristocratie. On sait peu de choses sur le peuple et Duby se garde d'en parler, tel n'est pas l'objet de son livre. Il y a la morale des guerriers et celle des prêtres. Qui ne peuvent qu'entrer en conflit. Pour les premiers le mariage est lié à une stratégie politique et, s'il le faut, ils répudieront la femme qui n'a pu enfanter. Pour l'église, les choses ne sont pas encore claires. De nombreux prêtres vivent en concubinage. Mais l'idéal monacal va s'imposer. C'est l'abstinence derrière les murs des abbayes, le refus de vivre dans le siècle. A cet égard, le mariage est aussi condamné que tout autre pratique sexuelle. Situation impossible pour Rome, car refuser le mariage, c'est s'aliéner la possibilité d'intervenir sur la scène politique auprès des comtes et de leurs épouses. Cette nécessité est directement liée à la révolution féodale qui va magnifier le lignage et imposer de nouvelles stratégies matrimoniales.

Le pouvoir médiéval s'exerce dans le cadre de la seigneurie, cadre limité qui implique la prééminence de l'aîné des fils et la recherche d'épouses sans frères et bien dotées. On imagine les rapts, les répudiations, les imbroglios multiples que cela entraîne. L'église intervient alors pour donner ou refuser son approbation. Elle ne s'intéresse pas à la liberté sexuelle mais à l'enjeu politique. Le moyen, c'est l'empêchement au mariage pour cause d'inceste. Les degrés de cousinage sont poussés au plus loin. Or, le seigneur, pour protéger le lignage, ne pas affaiblir son fief, préfère ces mariages avec des alliés. Tout concourt donc à rendre l'église gagnante. Ainsi le mariage devient-il un sacrement, prend-il place au cœur d'un dispositif de purification. D'une pierre deux coups : on contrôle la vie politique et on impose l'idéal d'abstinence. Le sexe est un mal nécessaire justifié par la procréation…

Le livre de Duby évoque aussi le devenir des puînés, ces fils qu'on ne cherchait pas à marier, vivant parfois en concubinage, partant pour les croisades, rentrant dans les ordres. L'amour courtois a été créé pour eux, il fallait bien sublimer...

La suite est connue, la société féodale a disparu, les puînés se sont mariés comme les autres et au XIIIe siècle on commence à brûler les sodomites.

(1) Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la société féodale, Georges Duby, Hachette, collection Pluriel, 2002 (réédition), ISBN : 2012790712

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Gabrielle, un film de Patrice Chéreau (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour quelle raison rester avec quelqu'un sans l'aimer ? Peut-être, tout simplement, parce que cela demande moins d'énergie que de se risquer ailleurs.

Ce film est une adaptation d'une nouvelle de Joseph Conrad, "Le retour". Le film commence comme dans un classique drame bourgeois : un homme, Jean, insupportable de suffisance, considère sa femme, Gabrielle, comme un objet de collection. Celle-ci décide un beau jour de partir, sans que rien ne puisse le présager, mais revient aussitôt, incapable de passer à l'acte.

Pourquoi part-elle, et pourquoi revient-elle ? Le mystère n'est jamais vraiment levé. C'est le retour de Gabrielle qui déclenche l'éclatement du couple dans cette étouffante et feutrée scène de ménage. C'est cela qui est passionnant dans ce film. La question du pouvoir affleure ici constamment. Le fait que cette histoire se déroule en 1912, la rend encore plus réaliste qu'une histoire contemporaine.

Gabrielle (Isabelle Huppert), effrayante et ambiguë, émerge du fond de l'abîme. Elle prend progressivement le dessus sur son mari (Pascal Grégory), pour finalement, dans une douceur cruelle, symboliquement l'annihiler. Elle découvre la jouissance que donne, au sein de la désaffection, une domination sur l'autre. Lui pense connaître sa femme, et croit surtout la posséder. Elle ne cherche pas à le connaître, et se défait de lui avec détachement.

Gabrielle va apprendre la délectation d'ensevelir Jean sous l'indifférence. Elle a compris que l'indifférence polie, avec laquelle elle parle à son mari comme à un étranger, est bien plus angoissante que la haine. Elle ne l'aime plus, et le lui dit avec patience, sans la passion brutale de ceux qui croient encore en la vie. Jean devient transparent à ses yeux. Elle l'efface.

Gabrielle est dans la vérité, alors que Jean veut se la cacher. D'ailleurs, il se saoule de paroles, il la coupe, fait les réponses à sa place. Gabrielle dit la solitude, l'absence d'amour. Elle demande même à son mari :

« Pourquoi n'avez-vous pas tué en moi tout sentiment ? »

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Ecrire le désir par Michel Foucault

Publié le par Jean-Yves Alt

« Le désir dit : "Je ne voudrais pas avoir à entrer moi-même dans cet ordre hasardeux du discours ; je ne voudrais pas avoir affaire à lui dans ce qu'il a de tranchant et de décisif ; je voudrais qu'il soit tout autour de moi comme une transparence calme, profonde, indéfiniment ouverte, où les autres répondraient à mon attente, et d'où les vérités, une à une, se lèveraient ; je n'aurais qu'à me laisser porter, en lui et par lui, comme une épave heureuse." »

Michel Foucault

L'ordre du discours

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