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Mémoires d'une jeune fille dérangée, Bianca Lamblin

Publié le par Jean-Yves Alt

Dérangée, cette jeune fille ne l'était pas plus qu'une autre. Elle n'avait que l'enthousiasme qui fait vibrer les adolescents de dix-sept ans. Quand elle rencontre à la fois la philosophie et une professeure de philosophie étonnante, l'enthousiasme fait place à la passion. Cette personnalité, c'est Simone de Beauvoir. L'amie de toute une vie. Jusqu'au jour où... la mort de l'une révèle sa trahison permanente.

Que faire quand l'on se sent aussi intimement flouée par la personne que l'on a aimée et respectée ?

Mémoires d'une jeune fille dérangée, Bianca Lamblin

Un livre ? Bianca Lamblin est pudique et se serait passée de cette mise à nu – mise au point si le besoin, légitime, de donner des faits sa version, sa vérité, ne l'avait emporté sur la timidité.

Cette plongée au sein d'une amitié vénéneuse est terrible ; douloureuse pour l'auteur, elle l'est aussi pour le lecteur, qu'il se sente proche ou non de Simone de Beauvoir et de Sartre. Les Liaisons dangereuses, cela brise toujours un être.

■ Mémoires d'une jeune fille dérangée, Bianca Lamblin, Éditions Balland, 1993, 206 pages, ISBN : 9782715809949


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur ce livre sur son site altersexualite.com

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La mélodie de la peur, Pierre Boileau & Thomas Narcejac

Publié le par Jean-Yves Alt

La célèbre cantatrice, à voix de soprano, Yvonne Vidalin a été mystérieusement enlevée. Après l'avoir obligée à chanter jusqu'à épuisement, ses ravisseurs l'ont relâchée en plein bois de Boulogne où elle a été retrouvée hagarde.

Robin Saint-Gilles, tout juste adolescent, rêve non pas, de débrouiller seul cette mystérieuse affaire, mais au moins de rassembler un maximum d'hypothèses à partir de différentes informations qu'il recueille dans la presse - et ce d'autant plus qu'il a du temps puisqu'il est en vacances - afin de se prouver la vertu de son raisonnement : c'est ce qu'il appelle « son petit safari privé ».

Robin, chante aussi en amateur dans une chorale. Certes, pas aussi bien que son ami, Patrick, qui lui réussit à chanter des notes de soprano léger qu'une femme pourrait lui envier. D'ailleurs, la principale préoccupation de Patrick (et de sa mère avec qui, il vit seul depuis le divorce de ses parents) est la pensée de perdre cette voix que beaucoup de monde admire et lui envie. Il rêve souvent de remplacer une chanteuse d'opéra, il serait alors déguiser en femme… avec une robe à panier, un éventail à la main. (page 27)

Une autre cantatrice est encore enlevée dans les mêmes conditions à la différence qu'elle est retrouvée dans le coma. Elle a reçu un coup violent qui lui a provoqué un traumatisme crânien.

Robin poursuit ses investigations : le lecteur suit ses analyses et les "aberrations" des informations de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Il attend la troisième victime car il est certain que les ravisseurs ne s'arrêteront pas là.

[…] il [Robin] écrit en abrégé : Autopsie, néant. Traces de coups sur l'épaule droite. Fracture du crâne produite par un instrument à surface irrégulière. Pyjama déchiré à la hauteur de la hanche droite. Main droite présentant une coupure à la base du pouce. Veste de pyjama aux mesures de la victime, mais jambes trop courtes. Bijoux intacts, à savoir bracelets en or au poignet droit et diamant à l'annulaire gauche. L'enquête continue.

- Donc, conclut Robin, il n'y a pas eu vol ; donc pas de demande de rançon ; donc l'argent n'a rien à voir dans cette affaire. (page 53)

Robin ne croyait pas si bien penser… Alors que les deux garçons font un petit sprint sur les bords de la Loire, ils sont enlevés. Leurs geôliers portent des masques de carnaval et ne communiquent que par écrit, sans doute pour ne pas se trahir avec leur voix. Petit à petit, Robin comprend qu'on ne s'intéresse pas à lui mais à son ami, plus exactement à sa voix de soprano, à sa capacité de produire quelque chose d'aérien, d'immatériel… Mais quelle motivation anime les ravisseurs ?

Robin devra compter sur sa propre détermination pour trouver une issue car Patrick, qui se définit comme une « fille manquée », a peu de "ressources" dans ce genre de situation. Il faut dire aussi que Robin aime bien Patrick même s'il le trouve souvent exaspérant : il se jure de le sauver, car une voix comme la sienne ne doit absolument pas se perdre. (pages 102 et 109)

A travers le personnage de Patrick, faut-il voir une allusion à une possible homosexualité ? Personnellement, je ne pourrais l'affirmer et cette question n'a pas grand intérêt. Par contre, et là est l'essentiel, j'ai apprécié les descriptions des relations entre les deux garçons, même si certains clichés ne sont pas évités par exemple quant à la féminité de Patrick qui ne peut être "qu'extériorisée" à travers un désir de "travestissement" ou qui ne peut être qu'associée à de la "faiblesse" de caractère… avec en sous-entendu, que cela s'explique par l'absence du père...

■ La mélodie de la peur, Pierre Boileau & Thomas Narcejac, Editions Rageot , Collection Cascade, 1989, ISBN : 2700210182


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Maman que man, un film de Lionel Soukaz (1982)

Publié le par Jean-Yves Alt

"Maman que man" est une histoire homosexuelle : mais ce n'est pas que cela. C'est aussi une histoire de drogue : mais elle va bien au-delà de cet aspect.

C'est un film très dur, d'une violence sourde et désespérée, qui met à nu les angoisses morbides du cinéaste, en même temps que son amour fou de la vie, du désir, du plaisir, même s'il sait que pour lui, pour sa sensibilité exacerbée, l'existence n'est que souffrance.

Ce film est Soukaz tout entier à travers les personnages si différents présentés :

- l'adolescent est l'ange déchu, avide d'amour à n'importe quel prix, prêt à fuir l'enfer quotidien, à tout donner, à tout laisser, pour l'illusion d'un bonheur fugace où il pressent qu'il sera berné.

- l'arnaqueur à veste blanche, c'est le démon tentateur, le menteur que l'on veut croire aveuglément parce qu'il offre l'impossible, tant pis s'il est le messager de la mort.

- le père (joué par Copi), c'est la voix de la vérité, mais on ne parvient pas à l'entendre, noyée qu'elle est dans les hoquets de l'alcool.

- la mère de l'adolescent tout au long de ce chemin de croix : couchée sur un matelas à même le sol, elle va mourir, image pathétique de l'impuissance, de l'incapacité à changer le cours inéluctable du malheur.

La force du film de Soukaz est de n'être pas l'œuvre d'un faiseur qui n'aurait rien compris à ce malheur qu'il exhibe, mais d'être vécu de l'intérieur comme un drame personnel qui est la réplique de celui qui se joue des centaines de milliers fois dans le monde au sein d'une jeunesse qui est prête à mourir pour un instant de vrai bonheur, de vraie tendresse.

Faut-il reprocher à Soukaz d'avoir incité aux larmes en intégrant à la misère de son jeune héros la mort d'une mère ? Sûrement pas. D'abord parce qu'il s'agit là d'un épisode que le réalisateur a douloureusement traversé ; ensuite parce qu'il me plaît d'imaginer qu'il a eu envie de faire pleurer des gens malheureux, comme si cela allait faire sortir les humeurs mauvaises, les tourments emprisonnés, en un flot libérateur.


Du même réalisateur : Ixe - Race d'Ep

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Ganymède

Publié le par Jean-Yves Alt

L'usage du mot « Ganymède » s’est répandu, durant la période 1050-1150, comme une traînée de poudre et ce mot est devenu synonyme de l'amour gay en général. John Boswell écrit du reste à cet égard :

« Dans la littérature impériale tardive, Ganymède est devenu un terme générique désignant celui qu'on nommait l'« aimé » dans une relation homosexuelle, mais il devient durant le haut Moyen Age une figure plus souple, représentant coutumier des gais en général. Dans plusieurs débats datant de cette période il fait fonction de porte-parole du camp des gais et son nom est souvent employé comme s'il avait été l'archétype de la beauté masculine ».

Christianisme, tolérance sociale et homosexualité de John Boswell, Gallimard, Collection Bibliothèque des Histoires, 1985, ISBN : 2070700402, pages 317-318

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Le temps qui reste, un film de François Ozon (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Suite à un malaise, Romain (Melvil Poupaud), un jeune photographe homo, apprend qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Un médecin lui a annoncé la nouvelle : cancer généralisé. « 5% de survie et encore, en suivant un traitement. » Traitement refusé par Romain. "Le temps qui reste" se consacre aux dernières semaines d'un homme condamné par la maladie et s'attache à ces moments où la vie s'échappe de manière inexorable.

Romain n'est pas toujours aimable. Avant de connaître sa maladie, il est même méprisant envers les autres. Après, il se débat avec ses contradictions. Durant tout le film, il reste, tour à tour, irritant et attachant. Il n'a que peu de temps : la mort l'a pris en otage.

Comment réagit-on quand on vous annonce votre mort prochaine ?

Peut-on faire le deuil de sa propre vie ? Et si oui, comment ?

François Ozon a su éviter deux écueils :

- le premier aurait été de raconter l'histoire d'un mec qui en profiterait au maximum à l'image des "Nuits fauves" (1992) de Cyril Collard.

- le second étant la réconciliation avec toute la famille et tous les amis qui seraient là le jour de sa mort, comme le larmoyant "Philadelphia" (1993) de Jonathan Demme.

Malgré le caractère détestable de Romain, je me suis attaché à ce jeune homme torturé et malheureux qui va vers quelque chose de plus simple : la scène où il photographie son neveu, à l'insu de sa sœur, est une pure merveille d'émotions retenues.

A un moment de son parcours, Romain se rend chez sa grand-mère paternelle incarnée par Jeanne Moreau. Des petits trucs, comme le fait de prendre des vitamines ou de dormir nue, nourrissent son personnage de façon lumineuse alors même qu'elle n'a pas le rôle principal (elle apparaît dans une seule courte séquence). Quand elle demande à son petit-fils pourquoi elle est la seule personne à connaître sa maladie, Romain lui répond :

« Parce que tu es comme moi, tu vas bientôt mourir. »

Elle, de sourire, et d’ajouter :

« Tu sais Romain, cette nuit, j'aimerais partir avec toi. »

Avant de mourir, Romain va transmettre la vie à travers une serveuse de restaurant (fabuleuse Valeria Bruni-Tedeschi) dont le mari est stérile. J'aurais personnellement supprimé la scène chez le notaire où Romain désigne l'enfant à naître comme son héritier. Je ne comprends pas ce qu'elle apporte et aurait pu rester dans le "hors champ".

Ce n'est pas la première fois que François Ozon "invite" la mort dans ses films. "Sous le sable" en 2001 et "Le temps qui reste", sont des films complémentaires qui représentent les deux faces de la même médaille : celle de la disparition de l'autre.

Avec François Ozon, on comprend que le cinéma peut être autre chose que du divertissement. "Le temps qui reste" n'a pourtant rien de désespérant.

A la fin du film, réconcilié avec lui-même, il ne reste plus à Romain qu'à s'allonger sur une plage. Poignant et superbe plan final où tout se retire progressivement : les vacanciers, la mer, la vie. Au loin, le soleil plonge dans l'océan. Un homme a vécu. Au moment où Romain part, je me suis dit que je venais de voir un très beau film.

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