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Loulou, la boîte de Pandore, un film muet de Georg Wilhem Pabst (1929)

Publié le par Jean-Yves Alt

Jeune et belle, Loulou épouse le riche producteur Peter Schön. Mais Loulou est volage et son mariage ne l'assagit pas puisque le soir-même de ses noces, elle trompe son mari avec son propre fils, Alve.

Quand le mari découvre son infidélité, il lui tend un pistolet pour qu'elle sauve son honneur en se suicidant. Loulou refuse, une dispute commence, un coup part, Peter Schön est tué. Grâce à la comtesse Anna Geschwitz, Loulou évite la prison. Elle reste - tout en se donnant à d'autres hommes - avec Alve qui devient joueur et tricheur. Un soir, un client l'aborde, c'est l'assassin que la presse a dénommé Jack l'Eventreur : Loulou meurt poignardée.

En tant que spectateur, j'ai été, tout au long de ce film, un admirateur passionné de Louise Brooks (Loulou), tout autant que d'Alice Roberts (la comtesse Geschwitz).

Si l'intrigue est principalement «hétérosexuelle», la passion de la comtesse pour Loulou fait tout l'intérêt du film.

Alors que Loulou se marie pour de mauvaises raisons (en existe-t-il de bonnes ?), la comtesse valse avec elle le soir des noces et foudroie du regard tout homme qui oserait s'interposer.

Plus tard, alors que Loulou tombe dans la déchéance, la comtesse se dévouera pour la tirer d'affaire.

Ce film, qui est un des chefs-d'œuvre du cinéma, a fait de Louise Brooks la légende que nous connaissons, tout en mettant à l'écran une «lesbienne» hors de tout stéréotype. A voir.

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Les derniers seront les premiers, Gilles Leroy

Publié le par Jean-Yves Alt

Les neuf nouvelles du recueil de Gilles Leroy, prouvent que raconter une histoire en dit plus sur la connaissance du monde que la plus prétentieuse des diatribes.

Autobiographiques, les souvenirs de Gilles Leroy ont l'âpreté et le charme de la douleur que le temps patine de douceur : au bout de l'adolescence le monde s'ouvre, blessé par la lucidité certes mais miraculé par la conscience aiguë du bonheur.

Ces neuf histoires disent violemment le désir, la tendresse, la marginalité. L'expérience précoce de l'autre.

□ C'est l'histoire de ce petit Français en vacances chez un «British» corseté de rigidité victorienne qui assiste - entre humour et désespoir - à la douleur du père qui surprend sa fille faisant l'amour avec deux hommes.

□ C'est la rencontre de deux femmes que tout sépare, l'écrivaine lesbienne et la juive toute femme, Violette et Juliette (tendre clin d'œil à Violette Leduc), dans le temps mélancolique et exalté de l'occupation allemande.

C'est le premier amour, enfoui au cœur de chaque homme : l'apprentissage du corps de l'autre.

□ C'est l'histoire de Sandro (seize ans ?) : il est beau, un peu voyou. Futur "laissé pour compte", il aime le bon élève (le narrateur de quatorze ans) qui chante si bien. Souvenir essentiel pour qui cherche en vain des «Sandro» de hasard.

□ C'est la haine qu'une femme voue à son gendre, parce qu'aussi veule soit-il elle pourrait le désirer : quelle perspicacité sur le vieillissement que cette cruelle nouvelle !

□ C'est la tache de sang sur le pantalon du macho, à l'entrecuisse, signe de l'écoulement meurtrier et honteux d'une fausse victoire, qui en dit long sur les catégories conventionnelles du masculin et du féminin, sur la naïve présomption des mâles…

Gilles Leroy a le regard acéré des hommes qui se méfient de leur fragilité. Son écriture montre qu'il sait aimer les femmes. Et les voir.

■ Les derniers seront les premiers, Gilles LeroyEditions Mercure de France, 1991, ISBN : 2715217234


Du même auteur : Champsecret - Maman est morte - Madame X - Les maîtres du monde

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Les dernières clientes, Yves Navarre [théâtre]

Publié le par Jean-Yves Alt

ou dans un sauna, huit garçons nus

Dans un bain de vapeur, qu'est-ce qui se pourrait se passer si brusquement quelqu'un, juste avant la fermeture, une personne, un être humain, se mettait à parler ? Telle est la question, à laquelle s'intéresse « Les dernières clientes ».

Ces « Dernières clientes » sont bien les derniers clients d'un établissement de bains, un dimanche soir, avant la fermeture, avant le quotidien de tout un chacun, la semaine, le boulot, comme tout le monde.

Si le titre de la pièce est au féminin, il ne s'agit pas d'une ironie répressive : les huit hommes de cette pièce - Vicky, Pierre, Mehdi, Eric, Dave, Sébastien, Laurent et Bob - font tout pour être ce qu'ils sont, être, tout simplement, dans une société qui ne rêve que d'avoir, avoir du charme, du fric, du succès, avoir l'autre aussi et le tromper quand on n'arrive pas soi-même à une vérité, pas la grande et sacro sainte Vérité que certains croient détenir, mais la vérité de tous les jours.

Comme dit Vicky « le bonheur, c'est ce qu'on en fait ». S'il le chantait, il aurait pu ajouter « ce n'est rien d'autre, tu le sais » ou bien « au jour le jour, mon amour ».

Cette pièce n'a pas volonté délibérée de choquer, elle aborde le désir de parler et faire parler les autres, alors que ses personnages sont le plus souvent habitués à se taire, à se terrer, ou bien à paraître ce qu'ils ne sont pas.

Le vrai scandale « est » dans la parole. Vicky parle. Il ne prend pas la parole au nom des autres, mais au nom de lui-même, il ne se moque pas des autres, mais avant tout de lui-même, il cherche l'autre, la rencontre, une compagnie possible.

Possible ?

Et les autres sont, tour à tour, invités à être ce qu'ils sont, eux aussi, même s'ils demandent continuellement à Vicky de se taire quand il a le culot de souligner, lieu commun, évidence, que toutes les minorités opprimées sont avant tout des minorités qui s'oppriment.

« Les dernières clientes » frappe l'imagination et provoque l'émotion. C'est pour cela que j'aime cette pièce. Plus qu'à apprendre, qu'à comprendre, il y a à ressentir : des contacts, des refus d'être précis, des envies de l'être… Ce n'est pas objectif bien sûr, le texte d’Yves Navarre est riche en possibilité d'interprétation.

« Les dernières clientes », c'est des amours, plein d'amours : l'amour vers tous de Vicky, l'amour de la vie de Mehdi, l'amour-tendresse de Bob pour Vicky (ou pour lui-même peut-être), l'amour protection-de-soi de Dave, l'amour-prison d'Eric. Enfin on les connaît, ces amours. On les rencontre partout, c'est la vie.

Dans un sauna profond, sous terre, un dimanche soir, huit gars nus, c'est du théâtre.

■ Les dernières clientes, Yves Navarre [théâtre], in Théâtre 2, Editions Flammarion, 1976, ISBN : 208060886X


Quelques ouvrages d'Yves Navarre : Biographie - Ce sont amis que vent emporte - Fête des mères - Hôtel Styx - Le jardin d'acclimatation - Kurwenal ou la part des êtres - L'espérance de beaux voyages - Louise - Le petit galopin de nos corps - Premières pages - Une vie de chat - Romances sans paroles - Les dernières clientes [Théâtre] - Portrait de Julien devant la fenêtre - Le temps voulu - Killer - Niagarak - Pour dans peu

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Un peu de fièvre, Sandro Penna

Publié le par Jean-Yves Alt

« Il comprit que la fièvre pouvait, après tout, être utile pour faire de la poésie. » Ainsi s'achève la nouvelle qui donne son titre au recueil de « récits et fragments épars » du poète italien Sandro Penna.

Cet ensemble de textes, pour la plupart très courts, ont été rédigés par Sandro Penna entre 1939 et 1941 pour n'être pourtant publiés qu'en 1973. Sans doute l'écrivain préféra-t-il attendre que ses poésies soient reconnues pour publier une prose qui nous en livre limpidement les sources d'inspiration.

La fièvre permet un regard plus aigu sur le monde qui nous entoure : les mesquineries de la vie quotidienne n'atteignent plus le personnage de « l'Employé contemplatif », donnant dès lors plus d'intensité à l'évocation de son impossible amour pour une jeune collègue de bureau. Pourtant quand la fièvre s'estompe reste la réalité : l'Employé rêveur se fait renvoyer de son travail.

La fièvre, nécessaire condition de l'écriture ; texte après texte, Sandro Penna conte sa détresse, exaltation d'un terrible enfièvrement - son attirance pour de jeunes adolescents.

La plupart des textes de ce recueil trouvent leur inspiration dans la célébration d'une homosexualité sublimée par l'écriture.

Souvent écrits à la première personne, ces récits et ces notes sont des moments de rencontre privilégiés et furtifs avec de jeunes garçons italiens au détour d'un chemin de campagne, dans un bus, sur une plage, etc.

Cet amour qui consume les différents narrateurs est toujours vécu dans l'évocation de sentiments purs et chastes pour ces adolescents, relations nécessairement inachevées, permettant ainsi à l'auteur d'approcher une perfection de l'amour que sa réalisation prosaïque lui refuserait.

Rien de trivial donc dans ces sentiments qui relèvent plutôt d'un esthétisme du langage amoureux.

D'une écriture simple et limpide, les textes en prose de Sandro Penna sont autant de fragments d'une passion enfiévrée, d'une recherche douloureuse, de la virilité encore candide et prête à s'abandonner sans réserve à l'ami de rencontre - de ces jeunes adolescents, ces adolescents qui sont l'essence même des textes de Sandro Penna.

■ Un peu de fièvre, Sandro Penna, Editions Grasset, Collection Cahiers Rouges, 1996, ISBN : 2246506212

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Invitation au voyage, un film de Peter del Monte (1982)

Publié le par Jean-Yves Alt

Depuis toujours, la gémellité a jeté sur l'imagination des hommes son voile de fascination et de mystère : ô vertus oniriques des phénomènes d'exception !

Qu'il s'agisse des jumeaux de même sexe et c'est aussitôt la double nature de l'homme qui transparaît ; qu'il s'agisse ceux de sexe différent, et c'est le mythe du couple originel qui refait surface : « Dieu créa l'homme à son image, à la fois mâle et femelle ».

"Invitation au voyage", film de Peter del Monte (inspiré du roman de Jean Bany, "Moi ma sœur", Editions du Seuil, 1976, ISBN : 2020043629), est au cœur du problème fondamental qui gouverne la psychologie des jumeaux, celui de l'individuation, et cela dans un couple bisexué.

« Et si je mourais ? » interroge la jeune rockeuse Nina ; « Je te ferais revivre ! », répond son frère Lucien (Laurent Malet).

C'est ce à quoi il s'emploie après la mort accidentelle de la jeune fille. Leur rapport incestueux où interviennent les composantes domination-soumission, extraversion-introversion, se poursuit par-delà la mort de Nina à travers un insolite voyage qui conduira à la métamorphose : le frère, toujours effacé et soumis devant l'image de la star naissante et idolâtrée, fait le sacrifice de son identité, se raye de l'état civil par le don symbolique de son passeport et redonne vie à l'âme du couple par le travestissement.

C'est bien Nina qui quitte le port et s'embarque pour d'autres cieux. Lucien n'aurait pu être qu'un mirage, le reflet masculin de sa propre féminité, un miroir qui n'existait que par elle, mais qui lui-même insufflait sa propre vie, sa propre énergie.

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