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Faut-il tuer Sister George ? un film de Robert Aldrich (1968)

Publié le par Jean-Yves Alt

Jude Bukridge joue, dans une série à succès de télévision anglaise, une religieuse, Sœur George, infirmière joyeuse et généreuse qui séduit les téléspectateurs.

Dans la vie, c'est une alcoolique qui ne manque jamais une occasion de faire souffrir sa compagne Childie. Quand elle apprend qu'un nouveau producteur de la série a décidé de supprimer son personnage en le faisant mourir, son monde de la célébrité s'écroule d'autant qu'elle sait ne pas pouvoir retrouver aucun autre rôle. Pour se venger de ses producteurs, elle décide de rendre public sa vie réelle moins séduisante que celle de Sister George…

Bien qu'étant le premier film anglais (ou l'un des premiers) traitant essentiellement de « l'homosexualité féminine », ce film est assez pénible à voir tant le personnage de la séductrice ne l'est pas. Très masculine, alcoolo, elle « pervertit » une jeune féline qui ne connaît rien de mieux.

Nous sommes donc dans le super stéréotype des relations lesbiennes.

Mais le fait que le lesbianisme tient l'écran pendant plus de deux heures et est traité comme un fait de société, permet le développement du personnage et lui donne une certaine complexité.

De plus les scènes tournées dans un bar de lesbiennes de la fin des années 60, qui a vraiment existé, procurent un réel plaisir au spectacle des danses et de la mode de l’époque.

Un must pour celles et ceux qui s'intéressent au (« à notre » devrais-je écrire) patrimoine cinématographique.

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L'amour en relief, Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

« Perdu au milieu d'une foule étrangère, privé de tout point de référence, j'ai dû inventer ma propre morale. »

Non, Guy Hocquenghem n'a pas écrit ici une autobiographie romancée. Ce récit est un roman avec personnages, décors, histoire…

Avec "L'amour en relief", l'auteur donne un univers aux franges de la folie, une explosion onirique, un superbe voyage au bout de la nuit.

« Je n'attache pas au sexe l'importance que vous lui donnez », s'écrie Amar, le jeune héros aveugle, du récit. Il s'agit donc d'une autre nuit, celle des voyants.

Cet étrange récit tient à la fois du roman d'aventures, du conte philosophique, de la science-fiction, du journal d'un fou. Satire, parodie, humour, délire, enquête psychologique, Guy Hocquenghem prend la fiction au bas ventre et en extorque tout son sperme.

Des homos il en est question tout au long du roman. On commence et on finit avec eux. Ils ne sont pourtant qu'accessoires, parcelles d'une interrogation plus vaste : qu'a-t-on fait de l'individu ? Amar n'est pas tendre avec nous, les "voyants". Son regard d'aveugle transperce l'histoire et remet les choses à leur juste place. Non pas le mépris qui ne serait que l'inversion d'un mal de vivre.

Amar, le jeune aveugle, s'est dépouillé des peaux dont la civilisation l'a emmailloté, pour se précipiter, nu, dans la mer. Il met dans le même sac toutes les formes post-soixante-huitardes d'une renaissance avortée : gauchistes, écolos, folles, cuirs, féministes ; tout ce petit monde aristocratique reçoit le coup de matraque qui lui rappelle son dérisoire éphémère.

Amar, Tunisien, aveugle suite à un accident à 15 ans (par la faute des touristes ?), est le nomade de ce voyage mythique : une femme sans nom l'accompagne, invisible. Un Arabe, une femme, un seul personnage. Cet aveugle va réapprendre au lecteur à voir. Mais il ne s'agit pas d'une Symphonie pastorale : seulement une vie glacée de gigolo solitaire et autodidacte. Derrière Amar, presque oubliées, les terres de l'origine, paradis engloutis.

Andréa attend un enfant d'Amar, avec qui elle a couché par hasard. Un garçon naît qui est offert à un couple de pédés, gémissants de convoitise maternelle. Le danger n'est-il pas là, quand les pédés sont les premiers à reconduire le monde de l'hétérosexualité ? Amar dit et redit que la trappe béante c'est justement les classifications qui compartimentent la société pour sa définitive victoire sur l'individu.

Nous, les voyants, sommes les aveugles : « le bas, le haut, la gauche, la droite sont des conventions du cerveau voyant, non une image du monde ».

"L'amour en relief" a aussi le goût du large. Amar parcourt l'Afrique, l'Amérique, l'Europe. Les personnages couchent, se droguent, exploitent, tuent. Le monde "en relief" est pourri, il couve ses détritus, sûr de sa raison qui le condamne à mort.

« Les seuls gens avec qui j'échange des regards d'égalité sont ceux qui veulent mon corps, non mon bien. »

Un roman prophétique qui dépèce de nombreux tabous qui infligent aux lecteurs une raclée salutaire.

■ L'amour en relief, Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1982, ISBN : 2226013806


Du même auteur : Les petits garçons - Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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De quoi exactement, nous autres homosexuels, sommes-nous supposés être fiers ? par Bruce Labruce

Publié le par Jean-Yves Alt

S'il s'agit simplement de l'acte d'enfiler régulièrement « ça » dans une personne du même sexe, je pense que c'est à peine une juste cause pour organiser défilés et parades, et ce n'est certainement pas une excuse suffisante pour un mouvement idéologique cohérent.

Si c'est pour célébrer nos réalisations créatives, ici encore c'est à mettre en question. Car ne peut-on prétendre que les plus grandes œuvres homosexuelles en art et littérature ont été créées par des gens qui, au minimum, étaient ambivalents à l'égard de leur homosexualité et de sa signification dans un contexte culturel plus large et, au maximum, étaient hantés et torturés par elle ? Bon nombre des artistes et penseurs homosexuels les plus importants et influents de ce siècle - Genet, Pasolini, Bacon, Burroughs, Vidal - refusèrent, voire dédaignèrent la notion générale de communauté homosexuelle, ainsi que toute tentative de politisation d'une simple inclination sexuelle.

Si l'on considère la direction prise par le mouvement gay aujourd'hui - sa banalité homogène, son orientation désespérée vers l'acceptation par le courant principal au prix de l'imagination et de la différence, son insistance irritante pour être représenté et visible au-delà de toute attente raisonnable (nous constituons moins de cinq pour cent de la population) -, ils pourraient avoir eu une bonne raison de s'abstenir d'applaudir l'équipe rose et je crains d'être d'accord là-dessus.

Avons-nous vraiment besoin, un jour ou une semaine par an, de donner un prétexte aux gays pour remuer leur cul en public, insulter les femmes en les parodiant de façon grotesque - qui savait que depuis le début les féministes avaient raison à propos du drag ? - et se joindre à leurs sœurs lesbiennes pour faire parader leur style et leur goût hautement discutables, afin que le monde entier le voit ?

Avons-nous même encore besoin d'une communauté gay, après tout ?

N'est-il pas temps simplement de devenir adultes ? Et si c'est ainsi que je ressens les choses, pourquoi est-ce que je me consacre en premier lieu à des films gays ? Ces questions, et d'autres encore, me démangent le pantalon comme une maladie sexuellement transmissible.

Bruce Labruce (1)

■ in Les gays savoirs (chapitre : Par-delà la vallée du New Queer Cinema), ouvrage collectif sous la direction de Patrick Mauriès, Editions Centre Georges Pompidou/Le Promeneur, 1998, ISBN : 2858509719, pages 134-135

(1) metteur en scène canadien indépendant. Auteur notamment du film «Hustler White».

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Le roman de Baïbars, un classique arabe anonyme

Publié le par Jean-Yves Alt

Le roman de Baïbars est un cycle narratif populaire que les conteurs arabes transmettaient oralement, à raison d'un épisode chaque soir, aux clients des cafés d'Alep et du Caire.

Ce roman s'inspire d'un personnage historique réel : un sultan mamelouk qui régna sur Le Caire et Damas au XIIIe siècle, lutta contre les croisés et participa même à la capture, en 1250, du roi Saint Louis. Au XIXe siècle, quelques érudits eurent l'heureuse idée, avant que les conteurs ne disparaissent complètement, de recueillir par écrit cet interminable conte : 400 fascicules et 36000 pages.

● Le premier tome, intitulé Les Enfances de Baïbars, présente le héros principal de ce cycle romanesque. Nous le découvrons jeune esclave, en train d'agoniser, victime de terribles crises de dysenterie, au fond d'un hammam. Acheté par un émissaire du sultan, adopté en route par une riche veuve de Damas, cet étrange et beau jeune homme, marqué au front de quelques taches de petite vérole, est reconnu par certains élus comme l'envoyé qui, selon la « Prophétie écarlate », « sera un jour roi d'Egypte, de Syrie et de tout l'Islam ».

● Le second volume, Fleur des Truands, fait apparaître l'opposé de Baïbars, le plus grand voyou du Caire. Spécialiste du vol, du viol des garçons et du crime, Otmân, terrorise toute la ville, jusqu'au jour où il rencontre le pur Baïbars et se met à son service. Les deux hommes vont former un couple aussi soudé et dissemblable que le jour et la nuit. Il fallait cependant au pieux Baïbars cet « accouplement » avec Otmân pour que la prophétie se réalise. Sous l'influence de son maître, qu'il appelle « le soldat », Otmân, jusqu'alors franc soudard sans dieux ni lois, appliquera les préceptes de l'Islam. Mais il aura toujours beaucoup de mal à résister aux tentations de sa nature profonde.

● Le troisième tome, Les Bas-Fonds du Caire relate les vicissitudes de Baïbars face aux nombreuses corruptions qu'il doit combattre… Otmân, l'ex-truand repenti, ayant été prévenu que son rival Harhach et 40 de ses hommes sont sur le point de piller le palais de Baïbars, va déjouer leurs plans. Vainqueurs, Otmân et ses alliés sont sur le point « d'enfiler » leurs victimes. Mais Baïbars, alerté par les cris, intervient in extremis. (lire l'extrait ci-dessous) On s'aperçoit bien vite dans ce conte, que s'il est constamment, et jusqu'à l'obsession, question de sodomie, on s'arrête toujours avant.

■ Les Enfances de Baïbars (tome 1), Traduit de l'arabe et annoté par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume, Editions Actes Sud, Collection Babel, 1999, ISBN : 2742717684

■ Fleur des truands (tome 2), Traduit de l'arabe et annoté par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume, Editions Actes Sud, Collection Babel, 1999, ISBN : 2742717692

■ Les bas-fonds du Caire (tome 3), Traduit de l'arabe et annoté par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume, Editions Actes Sud, Collection Babel, 1999, ISBN : 2742717706

■ La chevauchée des fils d'Ismaïl (tome 4), Traduit de l'arabe et annoté par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume, Editions Actes Sud, Collection Babel, 1999, ISBN : 2742717714

Extrait des Bas-Fonds du Caire :

Les quarante gaillards se précipitèrent, plus rapides que l'incendie, et se ruèrent de toutes parts sur ceux de Harhach. « A moi les enlukés ! » cria Otmân. Les mamelouks sortirent de leurs chambres, armés de pied en cap, et se mirent un peu à l'écart en attendant la suite.

Pendant ce temps, l'osta Otmân avait étendu Harhach d'un coup de bâton sur l'échiné. « Ligotez-le, les gars ! » dit-il. On le garotta aussitôt. Les quarante truands de la bande d'Otmân ne tardèrent pas à maîtriser eux aussi chacun son adversaire. Ils cédèrent alors la place aux quarante de la bande d'Oquereb, qui sortirent de l'écurie avec des cordes et ligotèrent chacun un des hommes de Harhach.

Ce fut alors au tour des mamelouks d'intervenir : ils retournèrent les prisonniers face contre terre et s'assirent dessus, à raison de deux mamelouks pour un truand, l'un sur le dos, l'autre sur les jambes. « T'as bien l'bonsoir, Harhach ! s'écria alors Otmân. Alors, l'ami, paraît qu'je suis un trou du cul ? Eh ben, cette nuit, tu vas voir qui c'est, le trou du cul ! Eh, l'fils à la Grande, viens m'le mettre en position ! » Celui-ci s'exécuta sur-le-champ.

« - Bon, les gars, reprit Otmân, préparez-vous à faire ce que vous avez à faire.

- Mais qu'est-ce que tu vas nous faire, Otmân ? gémit Harhach.

- Ben, écoute donc, on est quarante et un... et si y'en a qui veulent remettre le couvert, tant mieux pour toi ! »

Sur ce, il s'avança et lui souleva ses vêtements : il apparut plus crasseux qu'une vieille cheminée.

« - Je t'en supplie, Otmân, par ton honneur ! gémit Harhach.

- Qu'est-ce que tu viens me parler d'honneur, eh lopette ! » répondit Otmân ; et, tirant de son pantalon quelque chose qui devait faire deux pieds de longueur, il s'approcha de lui.

Pendant ce temps, tous les hommes d'Otmân s'étaient eux aussi mis en position et s'apprêtaient à empapaouter ceux de la bande de Harhach ; ils n'attendaient que le signal de leur chef.

Tout ce vacarme avait fini par réveiller Baïbars. (...)

« - Mon Dieu, mon Dieu, mais qu'est-ce qui se passe ? » se demandait-il. Il criait, il criait, personne ne lui répondait. Il finit par monter sur la plus haute terrasse, qui surplombait le bâtiment extérieur ; il jeta un coup d'œil... que Dieu nous préserve d'un tel spectacle !

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Deux enfants jouant avec un chat, Annibal Carrache

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux enfants, chenapans en costume, adonnés à leur jeu cruel, palpitent d'une présence vivante et truculente.

Loin est la vision tendre et poétique de l'enfance que l'on retrouvera un siècle et demi plus tard chez Chardin, par exemple dans Les Bulles de savon ou dans Le Château de cartes.

Annibal Carrache, en nous montrant la fillette avant qu'elle ne soit griffée, conduit le spectateur dans un récit dont la conclusion implicite est non figurée : selon toute vraisemblance, le chat, que le garçon agace avec l'écrevisse, griffera. Sa victime, qui ne peut être que la fillette, éclatera alors en sanglots…

Deux enfants jouant avec un chat, Annibal Carrache

Huile sur toile, 66x89 cm, vers 1590, Metropolitan Muséum of Art, New York

Le récit est mené avec simplicité ; la morale est transparente : allégorie du proverbial danger de tenter le destin.


J’ai pu admirer cette peinture à l'exposition « Chefs-d'œuvre de la peinture européenne du Metropolitan Museum of Art, New York », à la Fondation Gianadda à Martigny (Suisse).

Voir l'hommage graphique de Patrick.

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