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Christianisme et homosexualité par John Boswell (1/2)

Publié le par Jean-Yves Alt

John Boswell a été très frappé de voir à quel point le christianisme est resté en conformité avec ce qui existait avant lui en particulier sur le problème de l'homosexualité. Jusqu'au IVe siècle le christianisme reprend le même type de moralité en resserrant tout simplement les boulons.

Son livre est intéressant parce qu'il reprend des choses déjà connues et qu'il en fait apparaître de nouvelles.

Choses connues, et que John Boswell développe : ce qu'on appelle la morale sexuelle chrétienne voire judéo-chrétienne est un mythe. Cette fameuse moralité qui localise les rapports sexuels dans le mariage, qui condamne l'adultère et toute conduite non procréatrice et non matrimoniale a été édifiée bien avant le christianisme. On retrouve toutes ces formulations dans les textes stoïciens, pythagoriciens et ces formulations sont déjà tellement chrétiennes que les chrétiens les reprennent telles quelles.

Ce qui est surprenant c'est que cette morale philosophique est venue après coup après un mouvement réel dans la société de matrimonalisation, de valorisation du mariage et des relations affectives entre époux. Sur des contrats de mariage retrouvés en Egypte, qui datent de la période hellénistique, des femmes demandaient la fidélité sexuelle du mari, ce à quoi le mari s'engageait. Ces contrats n'émanaient pas des grandes familles mais des milieux urbains, un peu populaires.

On peut émettre l'hypothèse que les textes stoïciens sur cette nouvelle moralité matrimoniale ont distillé dans les milieux cultivés ce qui avait déjà cours dans les milieux populaires.

Cela fait basculer entièrement tout le paysage familier d'un monde gréco-romain de licence sexuelle merveilleuse que le christianisme aurait détruit d'un seul coup.

■ Christianisme, tolérance sociale et homosexualité : Les Homosexuels en Europe occidentale des débuts de l'ère chrétienne au XIVe siècle de John Boswell, 1985, ISBN : 2070700402

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Les Bostoniennes, Henry James [1886]

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans « Les Bostoniennes », Henry James esquisse la psychologie d'une femme qui, en d'autres temps, aurait pu être qualifiée de lesbienne.

C'est d'abord, un roman psychologique : Un homme et une femme luttent pour conquérir l'affection exclusive d'une jeune fille. La femme - lesbienne inconsciente - gagne la première manche, mais l'amour hétérosexuel finit par triompher.

Basil Ransom, un jeune avocat du Mississippi, dont la famille a été ruinée par la guerre de Sécession, rend visite à sa cousine bostonienne, Olive Chancellor. Ces deux êtres sont à l'antipode l'un de l'autre :

■ Basil est un Sudiste non repenti, un gentilhomme d'avant-guerre de vues et de manières nettement aristocratiques. C'est un garçon ambitieux, légèrement cynique, mais non mercenaire, respectueux de la femme mais anti-féministe.

■ Olive, à trente ans, est une puritaine militante, anti-esclavagiste, réformiste. Cette charmante personne, qui intellectuellement, est une femme remarquable, déteste les hommes, qu'elle considère comme des « monstres » et des « tyrans ». Elle déteste aussi la littérature française, à cause de sa sensualité. Pâle, nerveuse, intense, morbide, refoulée, elle a reporté toute sa passion intérieure sur les causes qu'elle sert.

À une séance féministe où elle a amené Basil, les deux cousins rencontrent Verena Tarrant, fille d'un évangéliste charlatanesque. L'un et l'autre, - chacun à sa façon - s'éprennent avec passion de Verena. Celle-ci est une jolie fille rousse qui, sans le savoir possède une exubérante sexualité. Elle sublime ses instincts par une adhésion semi-hystérique à la cause féministe.

Olive prend Verena chez elle sous prétexte de favoriser sa carrière de conférencière et de championne des droits de la Femme. Elle l'emmène en Europe, l'enveloppe dans un réseau serré d'affection et de liens matériels, la fait vivre dans son monde de femmes.

Mais Basil n'abandonne pas la partie. Finalement, découvrant la femme sous l'évangéliste, il révèle Verena à elle-même et l'arrache à l'emprise d'Olive. Les deux jeunes gens s'épouseront.

Dans ce roman de James, la relation amoureuse entre Olive et Verena est exposée à la fois avec une parfaite vérité et sans une seule scène torride.

Ce roman n'est pas seulement intéressant par son côté passionnel. Il l'est aussi par son très remarquable tableau et portrait ironique d'une tranche de la société bostonienne et new-yorkaise, les milieux radicaux, rêveurs utopistes, les clubs de femmes, aux environs de 1870. Les idées exprimées par Basil Ramson peuvent être aussi considérées comme une critique d'une pensée matérialiste du monde américain actuel.

Même si le roman traîne un peu vers la fin, il ne faut pas manquer les cent premières pages qui sont admirables.

■ Les Bostoniennes, Henry James, Éditions Gallimard/Folio, 1973, ISBN : 2070364798


Du même auteur : L'élève

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Le stéréotype du nazi homosexuel par Michel Celse

Publié le par Jean-Yves Alt

Les représentations viscontiennes (Les Damnés, 1969) d'orgies homosexuelles au sein des SA (Sections d'assaut) aux déportés homosexuels marqués du triangle rose, la perception de la condition des homosexuels sous le Troisième Reich oscille entre une imagerie qui dépeint souvent le nazi en homosexuel et une réalité historique qui fait, au contraire, apparaître la dictature nationale-socialiste comme une période de répression féroce et sanglante de l'homosexualité.

La persistance, dans l'imaginaire commun, de l'idée d'un lien intrinsèque entre adhésion au nazisme et orientation homosexuelle est si paradoxale qu'elle exige qu'on en interroge la genèse. Il est, tout d'abord, évident qu'il y avait des homosexuels parmi les nazis ou, inversement, des nazis parmi les homosexuels, mais cela ne signifie rien en soi. L'image du nazi homosexuel se nourrit, en revanche, des ambiguïtés homo-érotiques qu'offraient, à l'évidence, certains aspects du modèle social et idéologique proposé par le mouvement national-socialiste, tels que le culte du corps viril, l'exaltation d'une domination masculine de type militaire ou encore le rôle dévolu à des sociétés exclusivement masculines comme les SA, les SS (Sections spéciales) les Jeunesses hitlériennes ou l'armée. Mais ces ambiguïtés ne suffisent pas à fonder un lien de nature entre homosexualité et nazisme.

Tout au plus permettent-elles de comprendre qu'un certain nombre d'homosexuels aient pu s'aveugler, dans un premier temps, quant au sort que leur réservait le projet national-socialiste. Car, à l'inverse, d'autres aspects, tout aussi manifestes, de l'idéologie nazie telle qu'elle se dessine dès Mein Kampf (1925) démentent radicalement le soupçon d'une complaisance quelconque du nazisme à l'égard de l'homosexualité ou des homosexuels.

Dès la prise du pouvoir, la politique de terreur qui s'engage contre les homosexuels révèle sans détour la nature, entre autres, anti-homosexuelle du régime et de sa doctrine. Aussi le paradoxe de l'identification entre nazi et homosexuel doit-il se comprendre non dans l'ordre des faits, mais dans celui de l'image du nazi que l'opposition antifasciste allemande et internationale s'emploie systématiquement à construire, à partir du début des années 1930, selon une logique homophobe primaire.

L'origine se situe dans les virulentes campagnes que la presse sociale-démocrate et communiste engage, à partir de 1931, pour dénoncer l'homosexualité d'Ernst Röhm [ci-contre], chef des SA et à cette époque le plus proche compagnon d'Hitler dans sa conquête du pouvoir. Il faut rappeler ici que la répression de l'homosexualité en Allemagne est inscrite dans le § 175 du Code pénal de 1871, et que cette législation, propice aux chantages en tout genre, est régulièrement à l'origine de scandales politico-sexuels largement étalés dans la presse.

Dans les années 1920, le combat des organisations homosexuelles pour l'abrogation du § 175 finit par rallier le soutien du Parti social-démocrate et du Parti communiste, non sans dissensions en leur sein. Face à la montée en puissance du parti nazi, les deux partis n'hésitent toutefois pas à sacrifier cette position libérale au profit d'une propagande outrancièrement homophobe, jugée plus populaire et censée jeter un discrédit durable sur les SA et, par extension, sur Hitler et les plus hauts dignitaires du parti. Röhm fournit une cible idéale, que la presse de gauche attaque sans discontinuer de 1931 à 1933 : Hitler ne peut, à l'époque, se permettre de l’écarter, et doit par conséquent le soutenir régulièrement, en dépit des révélations toujours plus détaillées, dans les journaux de gauche, de ses débauches réelles ou fantasmées avec les jeunes recrues de la SA. Le soutien sans faille de Hitler à Röhm offre à la gauche l'occasion rêvée d'accuser le parti nazi de duplicité et d'accréditer l'image d'une confrérie homosexuelle à sa direction : reprenant à son compte l'argumentaire nazi d'un péril homosexuel menaçant la nation allemande, la gauche peut aisément reprocher au parti nazi de ne pas combattre l'homosexualité dans ses rangs, et inférer de cette protection l'image d'un parti d'homosexuels visant à s'assurer l'impunité de leurs agissements.

Après 1933, dans les conditions de l'exil, la gauche antifasciste allemande ne cesse de reprendre cette image, de plus en plus stéréotypée, dans son discours désormais adressé aux opinions publiques étrangères. Les témoignages en provenance d'Allemagne qui font état de rafles et d'internements d'homosexuels en camps n'y changent rien, pas plus que la Nuit des longs couteaux, en 1934, qui répond à d'autres impératifs politiques que l'homosexualité des dirigeants des SA, mais que Hitler choisit de présenter comme le démantèlement d'un complot d'homosexuels emmené par Röhm.

La répression des homosexuels a commencé sur le terrain dès 1933, mais la liquidation de Röhm donne le signal d'une propagande anti-homosexuelle intense, et offre désormais toute liberté à Heinrich Himmler de mettre en œuvre à grande échelle son programme d'éradication de l'homosexualité. Pour les antifascistes en exil, il ne s'agit que de règlements de comptes entre nazis homosexuels.

Progressivement, durant la guerre et surtout à la fin, avec la prise de conscience de l'ampleur des crimes nazis et de leur barbarie inouïe, le stéréotype du nazi homosexuel acquiert une consistance nouvelle, particulièrement ignoble, en prenant insidieusement valeur d'explication psychologique : seuls des pervers, des détraqués sexuels peuvent être capables de tant de monstruosité.

L’examen du discours national-socialiste sur l'homosexualité ne laisse pourtant aucun doute quant à la détermination des nazis à la combattre, dès les origines du mouvement. Les fondements théoriques de leur politique anti-homosexuels, même s'ils puisent largement dans les clichés et schémas homophobes traditionnels, ne se réduisent pas à un simple héritage. Les nazis font d'emblée passer la condamnation de l'homosexualité du domaine de la morale publique à celui de l'hygiène raciale.

Michel Celse

■ Extrait de l'article « Nazisme » par Michel Celse in Dictionnaire des Cultures Gays et Lesbiennes sous la direction de Didier Eribon, Editions Larousse, 2003, ISBN :2035051649, pages 334 à 338


Michel Celse, germaniste, ancien élève de l'École normale supérieure, militant d'Act Up-Paris, a écrit plusieurs articles sur l'histoire de l'homosexualité et la condition des homosexuels en Allemagne au XXe siècle.

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La pirate, un film de Jacques Doillon (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Alma est incapable de choisir entre l'amour qu'elle porte à son mari Andrew et la passion qu'elle nourrit envers Carol, son amie. Elle décide de partir loin d'eux afin de faire le point.

Mais cette fuite ne résoud en rien ses problèmes de cœur car un autre homme est amoureux d'elle. Cet homme est dénommé "numéro 5" par une jeune fille qui accompagne toujours Carol - puisque, effectivement, cet homme est le cinquième personnage de l'histoire.

"Numéro 5" est aussi une sorte de gardien engagé par Andrew pour surveiller sa femme. Et il s'ensuit un véritable ballet tragique, par lequel Andrew rattrape un moment Alma et la reprend en mains, avant de la perdre au profit de Carol, qui la perd à son tour... Mais "numéro 5" et la jeune fille tirent aussi les ficelles, dans la coulisse, chacun de son côté...

Tout va se jouer et se dénouer lors d'un voyage vers le Nord. Alma et Andrew prennent le bateau à Dunkerque, vers l'Angleterre. Carol, "numéro 5" et la jeune fille suivent de très près et embarquent eux aussi in extremis.

Sur ce navire froid et désert, l'affreux ballet va reprendre. Les cinq protagonistes continuent à se déchirer. Et Alma est toujours l'enjeu de cette sombre fête. À tel point qu'elle finit par ne plus avoir la volonté de vivre. Mais elle n'a pas non plus le courage de mourir, ou tout au moins de se donner la mort... Ce qu'elle ignore, c'est que la jeune fille qui accompagne Carol porte sur elle un pistolet. Et, à un moment où Alma est encore écartelée entre Andrew, Carol et "numéro 5", la jeune fille va lui tirer une balle en plein cœur, la délivrant ainsi à jamais de ses tourments. C'est peut-être elle, cette adolescente irréelle, surgie on ne sait d'où, qui a le mieux compris Alma...

Résumé tiré du site du Ciné-club de Caen

Malgré parfois un certain ridicule dans les dialogues, sinon une certaine prétention, "La Pirate" est un peu la réponse féminine, un an après, à L'Homme blessé, film qui lui avait aussi provoqué un certain nombre de remous.

L'histoire que raconte Jacques Doillon n'a, à la limite, aucune importance : on pourrait se passer de tout fil conducteur ; le canevas n'est que prétexte. La haute tension psychologique et passionnelle que le réalisateur impose pendant quatre-vingt-dix minutes prend aux tripes et bouleverse, pour peu qu'on soit encore capable d'être bouleversé.

Je ne crois pas que la relation entre Alma [Jane Birkin] et Carol [Maruschka Detmers] soit représentative de l'amour entre femmes, pas plus que celle entre Henri [Jean-Hugues Anglade] et Vittorio Mezzogiorno [Jean] ne prétendait donner le reflet de l'homosexualité masculine, dans le film de Patrice Chereau.

Il faut simplement dépasser les apparences pour partager l'intensité des luttes et des névroses dont sont porteurs les protagonistes.

Si l'on s'en tient au premier degré, des phrases comme «je ne suis pas venue pour t'embrasser, je suis venue pour te cogner les dents» (Alma) ou encore «on finira bien par se débarrasser des hommes» (la jeune fille qui tire les ficelles du drame), on peut effectivement ricaner. Et il faut être bien prude, hypocrite ou les deux à la fois pour ne voir dans les ébats d'Alma et Carol qu'une provocation pornographique, car franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !

Philippe Léotard ("numéro 5") nous fait un pathétique numéro de poivrot déchiré, et Jane Birkin a un rôle à la mesure de sa sensibilité.

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Mon regard sur le « saint Sébastien » dessiné par Pierre Buraglio

Publié le par Jean-Yves Alt

Quelques traces au crayon guident immédiatement ma mémoire. Les lignes de force qui marquent le corps suffisent à me rappeler Sébastien et son martyre.

Il est là en une totale frontalité.

Et pourtant très vite cette présence semble se dérober : pour son Sébastien, Pierre Buraglio a laissé le visage transparent, comme si celui-ci était considéré comme un appendice inutile.

C'est que pour Sébastien, le visage n'est pas ce lieu singulier permettant d'appréhender sa particularité : son corps nu et l'arbre, poteau d'exécution auquel il est attaché, sont là, seuls, pour le nommer.

Le corps de Sébastien n'a nullement besoin de la signature de son visage.

Saint Sébastien, Pierre Buraglio, 2003

Dessin au crayon bleu sur papier calque d'après une statue d'un saint Sébastien du XVe siècle, 56cm x 37cm

Buraglio a retenu le calme, l'impassibilité paradoxale du saint. Il me fait penser aussi à un résistant souriant devant le peloton d'exécution. Une seule marque sur son flanc droit reste visible : dernière trace d'une flèche après le passage de sainte Irène ?

L'artiste n'a retenu que la corporalité d'un homme dont la mort serait parole

En retirant la face de Sébastien, Pierre Buraglio me permet de le dévisager comme je ne l'avais encore jamais fait, en convoquant toutes ses figures que l'histoire de l'art m'a faites découvrir.

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