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Christianisme et homosexualité par John Boswell (2/2)

Publié le par Jean-Yves Alt

Boswell commence par un long chapitre dans lequel il justifie sa démarche, pourquoi il prend les gays et la culture gaie comme fil directeur de son histoire. Et en même temps il est absolument convaincu que l'homosexualité n'est pas une constante transhistorique.

Son idée est la suivante : si des hommes ont entre eux des rapports sexuels que ce soit entre adulte et jeune dans le cadre de la cité ou du monastère, ce n'est pas seulement par tolérance des autres vis-à-vis de telle ou telle forme d'acte sexuel ; cela implique forcément une culture : c'est-à-dire des modes d'expression, des valorisations, etc., donc la reconnaissance par les sujets eux-mêmes de ce que ces rapports ont de spécifique.

On peut admettre cette idée dès lors qu'il ne s'agit pas d'une catégorie sexuelle ou anthropologique constante mais d'un phénomène culturel qui se transforme dans le temps tout en se maintenant dans sa formulation générale : rapport entre individus du même sexe qui entraîne un mode de vie où la conscience d'être singulier parmi les autres est présente. A la limite c'est aussi un aspect de la monosexualité.

■ Christianisme, tolérance sociale et homosexualité : Les Homosexuels en Europe occidentale des débuts de l'ère chrétienne au XIVe siècle de John Boswell, 1985, ISBN : 2070700402

Lire la 1ère partie

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Les trois philosophes, Giorgione

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la clarté de l'aurore, trois hommes drapés de flamboiement sont réunis près d'une grotte au ventre sombre. Des arbres noirs apparaissent dans un étonnant contre-jour.

Que viennent-ils chercher, loin de la ville, dans l'ombre de cette nature que le jour éclaire d'une lumière dorée, enveloppante, quasi surnaturelle ?

Semblant appartenir à un monde féerique, perdus dans leur contemplation, ils ne font plus partie du temps.

Immobiles, leurs corps semblent contenir un secret. D'où vient leur enchantement ?

Giorgione, Les trois philosophes, début du XVIe

Huile sur toile, 123 cm x 144 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Ces hommes sont-ils les Rois mages représentés dans le moment intense de la première lueur de l'Etoile ? Car le vieil homme tient une carte dans la main, signe, dans la tradition apocryphe des évangiles, des mages comme savants astrologues.

Ces trois personnages ne représenteraient-ils pas aussi l'homme à travers les trois âges de la vie ?

Le plus jeune tient dans ses mains une équerre et un compas respectivement symboles de la terre et du ciel, et plus largement d'une recherche intérieure.

Alors cette peinture serait-elle celle de l'homme en quête de son accomplissement ? La noirceur de la grotte répondant à la recherche de la lumière de l'esprit dans les replis obscurs de son être.

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La mascarade des sexes : fétichisme, inversion, et travestissement rituels, Stephane Breton

Publié le par Jean-Yves Alt

ou comment on fabrique un homme

Chez certains peuples de Nouvelle-Guinée, on perpétue des rites initiatiques pour amener l'adolescent au véritable état d'homme socialisé. Cérémonies où l'inversion et l'homosexualité mises en scène fondent et renforcent la masculinité.

Comment devient-on un « homme » ? C'est une des multiples questions à laquelle tente de répondre Stéphane Breton dans son étude, "La mascarade des sexes", consacrée aux peuples de Nouvelle-Guinée.

Les chapitres de son essai s'intitulent « A boy is a girl is a boy », « Splendeur et misère de la transgression », « Vertige de la séparation » ou encore « Le clitoris anal ».

L'essentiel des rites sexuels en Nouvelle-Guinée est consacré à l'homme. En effet dans l'idéologie des peuples de Nouvelle-Guinée, la femme n'a pas besoin d'être initiée autant que l'homme parce qu'elle possède une force spontanée de fécondité ; l'homme est une créature ambiguë au contraire de la femme qui est autosuffisante mais ne peut pas assurer le bien commun, la vie politique : elle n'a pas besoin de se pencher à l'extérieur pour exister. Ainsi, elle est toujours tenue à l'écart, elle est crainte et dangereuse, elle reste toujours l'étrangère absolue et c'est dans des tribus étrangères qu'on va chercher femme, selon le régime strict de l'exogamie. Elle peut même être la fille d'ennemis ou de pseudo-ennemis, toujours une source de méfiance que l'homme ne peut s'empêcher de redouter. L'homme est jaloux de la femme : cette fécondité très forte, il la ressent de son côté comme un manque terrible. Il méprise la femme et la craint mais en même temps il l'admire et l'imite en secret : c'est l'origine du rituel.

Grossesse et menstruation masculines

Quand un enfant voit le jour, la théorie locale veut qu'il soit à la fois masculin et féminin. L'homme et la femme transmettent chacun une partie de leur substance, tandis qu'en Occident, lorsque naît un enfant, il n'a plus rien à voir avec les parents, il a un sexe. Là-bas un garçon a toujours reçu le sang de la mère et l'enveloppe du père qui est sa peau ; dans le cas d'une fille la part féminine va se développer sans entraves et supplanter la part masculine, par contre pour le garçon la part masculine est contingente, elle ne se développe pas d'elle-même.

Le garçon a besoin de manger du porc et d'être initié, d'être saigné pour se purger du sang de la mère et faire prévaloir en lui l'aspect masculin. Sinon, il resterait une créature hybride, hermaphrodite. Les hommes sont jaloux de l'autosuffisance féminine qu'ils sont contraints de recréer artificiellement en eux ; ils développent la croyance selon laquelle il faut copier les processus féminins bénéfiques pour devenir autosuffisants, prélever ce qu'il y a de meilleur en la femme, et devenir par là extrêmement masculin complet.

Si les hommes méprisent au grand jour la femme, en douce ils reproduisent ses processus physiologiques, la grossesse et la menstruation qui font sa force inexpliquée. La menstruation, ils l'imitent tout en la critiquant : ils saignent le garçon sur le pénis, sur la langue et le nez ; ils s'agit, très crûment, de vidanger le sang de la mère. C'est un exercice de plomberie symbolique.

La deuxième menstruation consiste à se déguiser symboliquement en femme : on avale des jus rouges et on mange des substances normalement interdites aux hommes. C'est cela qui permet à l'homme de se renforcer et de s'échapper de sa condition d'être misérable et infirme.

Le pouvoir biologique passe bien avant le pouvoir politique, c'est à partir de lui que tout se décide. Ce travail s'effectue à partir de la puberté ; jusqu'à la puberté les petits garçons ne sont pas grand-chose, ils sont encore un peu féminins car ils vivent avec leur mère. L'initiation est une puberté sociale aussi importante que la puberté naturelle, elle n'est en tout cas jamais perçue comme quelque chose dont on pourrait se passer.

Clitoris anal

Ce rituel met en relation un ainé et un cadet, un neveu et un oncle : l'oncle est indispensable pour que le cadet devienne un homme. L'oncle se déguise en femme dans un rituel de travestissement au cours duquel il s'introduit malicieusement dans l'anus un fruit orange et lisse appelé "mbuandi" ; ce fruit orange est supposé figurer un clitoris anal. C'est un jeu extrêmement pervers de déguisement sexuel. L'homosexualité, toujours ritualisée, n'est jamais absente de ces exhibitions et de ces parades. Cette homosexualité est spéciale : il ne s'agit pas d'attirance sexuelle d'un homme pour un autre et de leurs rapports sexuels privés. Au contraire tous les jeunes initiés et leurs initiateurs ont ce type de rapports qui cessent en dehors de ces circonstances rituelles initiatiques ; pour la simple raison que les hommes ont besoin d'être entre eux pour renforcer la part masculine en eux, toujours menacée par la femme.

Dans cette société masculine très guerrière les hommes ne sont pas machistes au sens où on l'entend, mais ils multiplient tous les signes de la virilité : l'agressivité, la mauvaise humeur, la colère, la force et la vengeance. Plus les hommes sont colériques, sanguinaires et orgueilleux et plus ils deviennent admirables.

■ La mascarade des sexes : fétichisme, inversion, et travestissement rituels, Stephane Breton, préface de Marc Augé, Editions Calmann-Levy, 1990, ISBN : 2702118313

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Tar Baby, Toni Morrison

Publié le par Jean-Yves Alt

Une île, vouée à la beauté du souvenir par Valérian, perd sa sérénité lorsque apparaît Fils, un jeune Noir démoniaque (ou angélique). Blancs et Noirs sont envoûtés. Toni Morrison écrit un luxueux roman sur l'ambiguïté des rapports entre Noirs et Blancs.

Ils sont presque parfaits : le couple blanc, Valérian, élégant septuagénaire et Margaret, dans la cinquantaine merveilleusement préservée ; le couple noir, Ondine et Sydney, domestiques si efficaces qu'ils sont presque des amis...

Jadine, nièce du couple de serviteurs, est parfaite : superbe Noire, mannequin, diplômée, libre, volontaire, ambitieuse, si belle que sa peau noire est un atout.

Au fond ces cinq personnages vivent dans l'Eden d'une cohabitation raciale des plus harmonieuses.

Valérian, sublime égoïste, veut finir ses jours aux Caraïbes, dans la somptueuse propriété sur laquelle veille le couple noir. Musique et fleurs rares lui tiennent lieu d'amour alors que se désagrège sa passion pour Margaret et qu'un fils, Michaël, de plus en plus lointain, ne comble pas les alertes de la mort. Jadine incarne la bonne conscience. N'était-elle pas la jeune Noire moderne, élevée par Sydney et Ondine, aidée matériellement par Valérian, qui cautionne cette idée nécessaire : il n'y a pas de racisme anti-noir, il y a, simplement, des êtres doués et les autres.

L'arrivée inopinée d'un étranger, Fils, sorte de sauvage révolutionnaire, va bouleverser la quiétude de ce paradis voulu par Valérian. Jadine l'aimera. Elle fera plus : elle se sentira coupable de déserter sa race.

Tar Baby, Toni Morrison

« Exact, dit-il. Le problème n'est pas Valérian. Le problème, c'est moi. Résous-le. Avec ou sans moi, mais résous-le, car il ne disparaîtra pas tout seul. Cache-moi sous la carpette et tes enfants te trancheront la gorge. Tu sais, ce connard, en Europe, celui que tu pensais épouser ? Vas-y, fais-lui des enfants. Ça devrait te convenir. Après, tu pourras faire exactement ce que vous autres salopes avez toujours fait : vous occuper des enfants des Blancs. Nourrir, aimer et prendre soin des enfants des Blancs. Vous êtes nées pour ça ; c'est ça que vous attendez toute votre vie. Alors fais un enfant à ce Blanc, c'est ton boulot. Voilà deux cents ans que vous le faites, vous pouvez encore le faire deux cents ans de plus. Il n'y a pas de mariages "mixtes", c'est seulement une apparence. Les gens ne mélangent pas les races ; ils les abandonnent ou les choisissent. Mais je peux te dire une chose : si tu fais le bébé d'un Blanc, tu auras choisi de n'être qu'une mamma de plus, seulement tu seras une vraie mamma parce que tu l'auras porté dans ton ventre et que tu continueras à t'occuper d'enfants des Blancs. Grosses ou maigres, fichu de tête ou perruque, cuisinières ou mannequins, vous vous occupez des bébés des Blancs – voilà ce que vous faites et quand vous n'avez pas de bébé de Blanc à soigner, vous en fabriquez un – avec les bébés que les hommes noirs vous donnent. Vous transformez des petits bébés noirs en petits bébés blancs ; vous transformez vos frères noirs en frères blancs ; vous transformez vos hommes en Blancs, et quand une femme noire me traite comme ce que je suis, ce que je suis vraiment, tu dis qu'elle me gâte. Tu crois que je ne veux pas travailler dans une entreprise de merde parce que je n'en suis pas capable ? Je peux faire n'importe quoi ! N'importe quoi ! Mais je veux bien être pendu si je fais ça ! »

Le roman de Toni Morrison est un récit somptueux, finement analysé. Pas de propagande simpliste, pas de racisme à rebours, mais une subtile connaissance du monde noir dans ces zones frontières où il semble être assimilé par l'univers blanc.

Humour certes, profondeur du propos, mais surtout un art du roman extraordinaire. Deux passages parmi des dizaines permettent de saisir la densité pittoresque de ce roman : la scène où Jadine croise dans un magasin une femme de jaune enveloppée, déesse noire ondulant dans l'espace et rabaissant chacun à ses pensées mesquines (voilà pour la grandeur...) ; le séjour de Jadine et Fils dans le village d'Éloé où les vieilles traditions étouffantes du peuple noir survivent (voilà pour la lucidité...).

Des êtres se cherchent et se haïssent, se désirent et se quittent. Les Blancs s'interrogent sur le temps qui les abandonne, les Noirs les regardent, fascinés par ces jeux de riches, prêts à déverser encore une fois le baume chaleureux de leur sollicitude. Les esclaves ne jalousent pas les maîtres, ils les plaignent et les dorlotent : les Blancs en savent si peu sur le bonheur.

■ Tar Baby, Toni Morrison, Éditions 10/18, 432 pages, 2008, ISBN : 9782264047977

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Féminisé à la Galerie Au Bonheur du Jour

Publié le par Jean-Yves Alt

Nicole Canet

et la Galerie Au Bonheur du Jour

présentent une nouvelle exposition intitulée :

« Féminisé »

Dessins originaux de 1930

En bref, l'histoire d'un jeune homme qui arrive dans une maison de maîtresses-femmes pour se faire « Féminiser ». Il doit se soumettre au port du corset, aux bottines à très hauts ainsi qu'à des punitions. Fétichisme, ambiguïté androgyne, femmes dominatrices et puissantes... Une iconographie qui est aussi la source d'inspiration de nombreux créateurs de mode.

du 4 décembre 2019 au 25 janvier 2020

Un catalogue accompagne cette exposition : Dessins 1930 / Édition limitée à 500 exemplaires numérotés à la main (dont 20 hors-commerce) / Relié – 192 pages / Format 21 x 27 cm / 103 illustrations dont 65 dessins originaux avec manuscrits de l’auteur de ces dessins / Textes de Nicole Canet, Christophe Bier et Florent Paudeleux / Éditions Galerie Au Bonheur du Jour / ISBN : 9791093837055 / 65€

Féminisé à la Galerie Au Bonheur du Jour
Féminisé à la Galerie Au Bonheur du Jour
Féminisé à la Galerie Au Bonheur du Jour

Galerie Au Bonheur du jour

1 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30

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