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Muse endormie par Odilon Redon

Publié le par Jean-Yves Alt

Un buste semble émerger d'un monde informe. Les yeux clos montrent-ils l'endormissement ou la mort ? A moins qu'il ne s'agisse…

Comment montrer qu'un visage aux yeux clos n'est pas mort mais simplement endormi ?

Comment donner à voir une présence qui porte en elle un retrait ?

Cette tête semble, dans son immobilité prête à s'animer : elle porte la vie – paradoxalement – dans un mystérieux retrait qui est à la fois montré par le sujet de la peinture et par la manière si discrète dont le peintre l'a réalisé.

Odilon Redon, Les yeux clos, 1890

Huile sur toile marouflée sur carton, 44 cm x 36 cm, musée d'Orsay

Odilon Redon me montre dans ce retrait, non pas le signe de la mort mais celui d'un être doué d'intériorité comme modalité vivante.

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Révolte, Eric Jourdan

Publié le par Jean-Yves Alt

A la suite de l'assassinat d'un jeune révolté beau comme un ange, un adolescent, Roman, non moins angélique, est recueilli par Andrei. Celui-ci, jeune capitaine de métier, entoure Roman de sa tendresse, de sa protection, et lui offre son univers : ses amis, Catherine et Adam, la caserne, les livres.

Mais le colonel est là qui veille : la beauté du jeune garçon, son innocence tranchante le troublent et l'agacent. Il perçoit un danger : cet ange tombé du ciel, qui dit toujours la vérité, ce Petit Prince assoiffé d'amour ne conduit-il pas, comme l'autre assassiné, la même révolte ?

Le charme incorruptible de Roman l'isole, tant de vertus fait peur, et la haine des moins beaux, des moins purs, des moins doués s'exerce en sourdine, partout où passe l'ange.

Ni la tendre sollicitude d'Andrei, ni celle, amoureuse, de Nicolas, son ami de lycée, ne briseront le cercle de solitude dans lequel il se débat. Que veut-on de lui ? Qu'il soit comme les autres. Qu'a-t-on à faire de l'âme quand le corps, si gracieux, si délié, est si tentant ?

« Tu es un corps d'abord, tu as des yeux pour voir ce qui est beau, tu as des sens, tu n'es plus un enfant, tu as un corps, un corps... Avec des penchants et des désirs qui vont chaque jour devenir plus forts, plus forts, tu entends, ton corps veut vivre et ce ne sont pas les idées qui vont t'empêcher de grandir. »

Parmi les injustices, les brutalités d'un pays gouverné par la force militaire, c'est le combat de l'ange qui va tomber pour avoir volé trop haut.

Révolte est un roman très complexe se situant en un lieu intemporel, un univers onirique et charnel hanté par la guerre, traversé par la figure de Roman dont la fatalité est de provoquer le désir, d'être lui-même soumis à la beauté de son propre corps.

Sauvé des humiliations, des offenses, émergeant lumineux des dédales les plus vénéneux, Roman est un enfant de la passion, en écho à celle du Christ à qui je pense bien sûr, celle aussi d'un jeune homme tenté par l'homosexualité mais qui ne peut la vivre que sublimée ou meurtrie.

■ Révolte, Eric Jourdan, Editions du Seuil, 1991, ISBN : 2020127849


Du même auteur : Les mauvais anges - Charité

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Des nouvelles des éditions Pierre Mainard (novembre 2019)

Publié le par Jean-Yves Alt

Parmi le nouveautés de cette rentrée :

Ourson les neiges d’antan ? de Lucien Suel et William Brown

Ce livre présente l’ensemble des collaborations du duo William Brown/Lucien Suel.

Le peintre et le poète avaient fait connaissance dans le réseau international du Mail-Art et pendant une douzaine d’années, de 1995 à 2006, ils ont travaillé ensemble à la création de poèmes illustrés, de livres d’artistes, d’expositions, de performances.

« Ourson les neiges d’antan ? » est la question qu’avec humour, William Brown (1953-2008) posait de temps en temps, ayant vécu enfance et jeunesse au milieu des ours et des neiges du Canada, dans la fréquentation de la poésie de Villon et Rimbaud, avant de s’installer et de travailler au Pays de Galles.

■ Ourson les neiges d’antan ? Lucien Suel et William Brown, Éditions Mainard, collection Hors Sentier, 90 pages, au format 21,5 x 27 cm, ISBN : 9782913751767, 20 €


Maurice Blanchard de Pierre Peuchmaurd

En 1924, Maurice Blanchard, aviateur/ingénieur, bat deux records mondiaux d’altitude. En 1942, Maurice Blanchard devenu poète/ingénieur n’a pas vingt lecteurs et seulement « dix hommes peut-être dans le monde savent qu’un des plus grands poètes de notre temps porte ce nom (...)* ».

Pierre Peuchmaurd qui a publié un grand nombre de poètes de sa génération, a contribué à faire découvrir l’extraordinaire Maurice Blanchard, en exaltant on ne peut mieux son surréalisme anarchiste dans la présentation (80 pages) qui ouvre le livre paru chez Seghers (collection Poètes d’aujourd’hui, 1988) et que nous rééditons cette année. Pierre Peuchmaurd ne se propose rien d’autre que de donner à Maurice Blanchard « ce qui lui fut le plus refusé sa vie durant, sa mort suivant : la possibilité d’une écoute. »

La seconde partie du livre propose un choix de textes du poète Blanchard tel qu’il figurait dans l’édition originale.

*Noël Arnaud, La Rencontre avec Maurice Blanchard, 2005

■ Maurice Blanchard de Pierre Peuchmaurd, Éditions Mainard, collection Grands Poèmes, Vie supposée & choix de textes, 204 pages sous couverture à rabats, 15 x 24 cm - ISBN : 9782913751750, 17 €


Pierre Mainard éditeur

18, rue Émile Fréchou - 47600 Nérac

Tél. : 05 53 65 93 92 - mainardeditions@free.fr

www.pierre-mainard-editions.com

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Le temps usé, Françoise Xenakis

Publié le par Jean-Yves Alt

Un triple bilan de femme, de mère, d'écrivain. Françoise Xenakis l'a voulu serein selon la légende qui veut que vieillir soit mûrir beaucoup, alors que, je me demande, si ce n'est pas déjà mourir un peu. Néanmoins, elle ne se berce pas de duperies et affronte les miroirs.

« Trois » livres qui se superposent, se contrarient, mais finalement se conjuguent pour atteindre mieux que la sérénité, cette lucidité sensible, écorchée vive et si poignante qui fait les vrais souvenirs.

● Il y a la fiction, chant d'une femme qui veille sur l'illusion de l'amour, sentinelle noire dans la maison du passé, mémoire rêvée de toutes les femmes.

● Il y a le livre de la femme-mère qui dit, avec tendresse, humour et cruauté, qu'enfanter, aimer le même homme, élever sa fille sont combats douloureux, présence arrachée, étincelles de paix et fragments de bonheur, mais plus souvent deuil de son propre corps qui "devient une carrosserie que je ne reconnais pas comme étant mienne», heures lourdes où «je vais être basse agressive."

● Il y a enfin, Françoise Xenakis qui a le courage d'une déclaration essentielle : "Je n'ai pas d'aptitude pour le bonheur." Inaptitude dont l'heureuse conséquence est le troisième versant du livre : "Si je pouvais devenir sage. Je n'aurais plus, paisible, à tenter l'écriture."

Le Temps usé est un très grand livre, au sommet de la vie d'un écrivain, quand la tentation est grande de « dériver vers le silence ». Un livre devenu « roman » qui m'a bousculé et révélé ma pareille solitude.

■ Le temps usé, Françoise Xenakis, Editions Balland, 1992, ISBN : 2715808836

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Noli me tangere par Tiziano Vecellio (Titien)

Publié le par Jean-Yves Alt

La main droite du Christ tient son vêtement ; l'autre tient un instrument agricole : le bras s'ouvre, semblant envelopper Marie Madeleine. Cette dernière, la main gauche posée à terre tient un flacon tandis que son autre main désire accomplir un geste que la sainte implore de son regard.

Ces mouvements du Christ et de Marie Madeleine sont d'une tendresse infinie et d'une grâce bouleversante…

La scène représente le moment où le Christ ressuscité dit à Marie Madeleine : « Ne me touche pas ».

Jésus dit à Marie Madeleine : Ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. (Jean 20,17)

Le Christ est comme inséré dans un demi-cercle où son recul peut se lire, paradoxalement, comme un accueil, au sens le plus profond : se montrer en se soustrayant !

Tiziano Vecellio - Noli me tangere - vers 1514

Huile sur toile, 109 cm x 91cm, National Gallery, Londres

Ce qui me séduit dans la manière du peintre à nous présenter cette scène, c'est ce retrait du Christ dans un geste qui, tout à la fois, se dégage de Marie Madeleine et l'accueille. Comme si son interdiction était aussi un encouragement à se joindre à lui.

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