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L'âge d'or, Pierre Herbart (1953)

Publié le par Jean-Yves Alt

« L’âge d’or », publié en 1953, est un roman de l’adolescence, aux airs autobiographiques. Amoureux du monde rude et grave des garçons, le narrateur y évoque, sur un ton enjoué et pudique, les rencontres qui marquèrent sa jeunesse.

Il célèbre, avec une netteté allusive, souveraine d’élégance, le triomphe des corps et la quotidienne déroute de l’amour.

L’extrême beauté du livre vient de cette contradiction entre un hédonisme paisible et la tragédie sourde. Derrière la transparence des rapports avec Pétrole le marinier, Micha le Russe, le soldat d’Hazebrouck ou le gitan Pédro, la jalousie, la fureur, le crime se tapissent, qui sont le lot des adultes.

« J’aimerais d’autres êtres et j’en serais aimé sans doute mais c’en était fini de cette grâce qui avait jusqu’à présent ensoleillé ma vie. »

Entre « Le Grand Meaulnes » et « Le Livre blanc » de Cocteau, « L’âge d’or » est un pur chef-d’œuvre. Ou plutôt un chef d’œuvre pur. "Un livre", disait Jacques Brenner, "qu’on ne voudrait mettre qu’entre des mains nettes" (1).

■ L'âge d'or, Pierre Herbart (1953), éditions Le Dilettante, 1993, ISBN : 2905344598 (et éditions Gallimard, 1998, ISBN : 2070753654)


Du même auteur : Le rôdeur - Alcyon - Textes retrouvés


(1) Histoire de la Littérature française de 1940 à nos jours, éditions Fayard, 1978, ISBN : 2213005923

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Correspondance Henry de Montherlant/Roger Peyrefitte (1938-1941)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Je suis celui par qui la vérité arrive » : cette formule pourrait plagier Roger Peyrefitte... Quand deux grands écrivains dévoilent au quotidien ce qui faisait l'intérêt principal de leur vie et la sève profonde de leur œuvre.

Cette « Correspondance », entièrement motivée par la pédérastie des deux hommes, ne pourrait plus paraître aujourd'hui, où le pédophile (1) est devenu l'objet privilégié de la chasse aux sorcières.

Par cette correspondance, Montherlant et Peyrefitte détruisent la conception bourgeoise d'une notoriété sans tâche qui a trop souvent rendu célèbre le médiocre bien-pensant et relégué dans l'oubli le génie fauteur de trouble. Fi de ces figures aseptisées ! Les deux écrivains trouvent naturelle la cohabitation du prestige littéraire et d'une liberté du plaisir.

Cette correspondance est irremplaçable pour la connaissance de l'étrange personnage que fut Montherlant. Si Peyrefitte réussit à imposer sa vie privée par une mise en scène violente et scandaleuse, Montherlant s'obstina dans une démarche totalement opposée. Ces lettres resteront pour l'historien des mœurs un document essentiel sur les relations sensuelles et sexuelles entre garçons et adultes : elles permettent aussi de mettre en parallèle l'époque vichyssoise et la nôtre.

Montherlant cacha ses fredaines pédérastiques dans des appartements loués au nom d'un certain Millon, agent commercial ; il en vint à refuser d'être photographié et filmé de crainte d'être reconnu lors de ses après-midi de drague.

Pourtant, des deux écrivains c'est sans doute Montherlant le plus fortement « investi » dans ces « bonheurs de la vie ». Il a, sur la pédérastie, des idées profondément ancrées, liées à son idéal de virilité, ne se satisfaisant pas des seuls attouchements furtifs.

Sur le plan moral, sa conception de l'amour pédérastique est absolument aristocratique. Il serait superflu d'y chercher une once de remords ou d'angoisse. Pour Montherlant, l'enfant est génial, et d'autre part, « la pédérastie a peu d'importance puisqu'elle est l'amour sensuel pour les enfants et adolescents [...], c'est-à-dire l'amour de la féminité qu'il y a en eux, c'est-à-dire qu'elle est l'hétérosexualité à la petite différence près ».

Petite différence d'importance si l'on songe que leur recherche était orientée vers les garçons et que toutes leurs lettres sont transposées au féminin. Ce qui laisse entendre que la vigilance sociale ne s'exerçait que sur la pédophilie homosexuelle masculine. Il est bon de rappeler que les lois veillaient durement. L'Etat français né le 13 juillet 1940 voulut protéger la jeunesse et poursuivit l'homosexualité, fléau social. Une loi du 27 août 1942 frappait alors d'une peine de six mois à trois ans de prison quiconque commettait des actes homosexuels avec des mineurs (majorité à 21 ans).

Pierre Sipriot (il avait déjà ouvert la voie de la vérité avec son Montherlant sans masque) situe – avec intelligence et érudition – cette correspondance dans le contexte de l'époque et l'élucide par rapport à l'œuvre de Montherlant et aussi par rapport à l'homme véritable. Sa préface est exemplaire.

La vie de Montherlant et de Peyrefitte ne coula pas dans la sérénité. Ils étaient fichés, furent plusieurs fois arrêtés lors de leurs expéditions amoureuses. Leur correspondance était ainsi entièrement chiffrée. Et c'est un délice supplémentaire, littéraire et érotique tout ensemble, que de se régaler de textes magnifiquement écrits (une maîtrise absolue de la langue), d'une érudition pleine d'humour, et que, grâce aux notes de Roger Peyrefitte, le lecteur décrypte peu à peu jusqu'à absorber ces mots codés de suprême élégance.

Les deux écrivains ne se contentent pas de mettre les noms de leurs jeunes amants au féminin. Un bouquin est un jeune bouc, un jeune garçon... il peut avoir treize chapitres (comprendre 13 ans) et une bibliothèque est le cinéma où s'exerçait la drague des garçons. Les garçons portent des noms succulents : un jeune apprenti bijoutier sera surnommé braguette d'argent. Le grand cordon n'est autre que le membre viril. L'éros sacristain, c'est la masturbation et l'éros domiciliaire, la sodomie en chambre. Se couvrir de gloire, c'est arriver aux fins suprêmes de la possession. Quant à ce qui était monnaie courante, la masturbation ou les attouchements dans l'obscurité des bibliothèques après ramassage dans les foires ou les rues, ils bénéficient d'un vocabulaire délirant : de la pochade (masturbation par la poche du garçon) à la pochade trouée, on utilise tout un réseau linguistique comme le simple geste du crayon (exhibition du sexe), le pinceau, tout sur la peinture à l'huile (il s'est laissé sodomisé)... et il y a aussi les grandes eaux (éjaculation), une rosée de 14e grandeur (recueillir le sperme d'un garçon de quatorze ans – Montherlant parle, lui, de main fécondée)...

L'amitié entre Montherlant et Peyrefitte est très forte. Ce sont les confidences les plus osées sur un goût qu'ils partageaient, c'est aussi des rencontres, le frottement de deux intelligences, de deux écrivains (Peyrefitte est en train d'écrire Les amitiés particulières et Montherlant hésite à publier Les garçons). C'est surtout la fraternité profonde de deux hommes qui veulent vivre leurs plaisirs avec la même intensité qu'ils souhaitent réussir leur œuvre.

Les deux hommes ne se sont pas rencontrés dans un salon littéraire mais dans une kermesse, place de Clichy où Peyrefitte (31 ans) aborde Montherlant (43 ans). Ils vont directement au cœur du problème : les amours garçonnières. De surcroît, ils sont tous deux écrivains ou en passe de le devenir.

La préface de Pierre Sipriot met bien en place ce que les deux hommes se sont apporté mutuellement. Leur amitié a surtout brisé la clandestinité où trop souvent les pédophiles (1) enferment leurs désirs. Ils ont pu parler du plus grand des interdits, tabou à la base de leur vie. Ils se sont aidés, secourus, réconfortés.

Le plus grand bénéfice de leur relation, du moins celui qui émerge de cette exceptionnelle correspondance, c'est de les avoir préservés de la solitude, de cette coloration tragique que prend souvent l'amour pédérastique.

Ce livre aborde aussi le moment historique pendant lequel cette correspondance se situe, la gestation de leurs écrits et les tracasseries policières qui tourmentèrent les deux écrivains.

■ Correspondance Henry de Montherlant/Roger Peyrefitte (1938-1941), présentation et notes de Roger Peyrefitte et Pierre Sipriot, éditions Robert Laffont, 1983, ISBN : 2221012283


(1) J'ai utilisé indifféremment les termes pédophile et pédéraste. Je connais leur signification propre... Les conquêtes des deux écrivains se situant entre 11 et 17/18 ans, si j'en juge la précision de leurs descriptions, il est plutôt question d'amours pédérastiques.


De Montherlant : Le songe - Thrasylle - Moustique - Les garçons

Lire aussi : Montherlant sans masque de Pierre Sipriot

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Bent, un film de Sean Mathias (1995)

Publié le par Jean-Yves Alt

Bent est l’adaptation de la pièce éponyme de Martin Sherman. Le nazisme, le destin des triangles roses, les rapports entre les détenus et leurs bourreaux, les relations entre les condamnés eux-mêmes ne m'ont pas semblé les premiers sujets de Bent.

Cet arrière-plan obsédant et décisif s'impose bien sûr par le décor, les effets d'éclairage, la musique et surtout l'apparition "tragique" des personnages secondaires qui incarnent la présence nazie.

Mais le dialogue se concentre autour d'un homme, qui acceptera progressivement l'amour d'un autre homo, puis l'aimera à son tour jusqu'à admettre la portée mythique d'une telle passion.

Dans Bent, le discours retient l'essentiel, le plus universel, mais aussi le plus intime. La pureté initiale du texte s'inscrit dans le cri de l'holocauste. La communication verbale de deux hommes perdus y prend toute sa fragile intensité ; un chant d'amour avant là mort, les mots de la dernière liberté.

Le dialogue est d'une extrême importance, presque toujours entre deux personnages. Le dialogue sera également le seul moyen de faire l'amour. Dans ce lieu concentrationnaire où les gestes sont interdits, les mots prennent force de corps. La chair brimée, anéantie, méprisée, la chair qui était "avant" la seule certitude de Max, la chair devient verbe, dans une inversion de la parole du Christ. Rien d'étonnant dans ce chemin de croix particulier où la mort est choisie comme acte d'amour charnel !

Quatre scènes sont les temps forts du drame : elles marquent les étapes qui conduisent Max vers une autre perception de la relation homosexuelle et, plus largement, à la découverte de la nécessité fondamentale d'autrui. Max qui, du temps de sa liberté, ne concevait pas ses amours sans cruauté, ira vers toujours plus de générosité et de tendresse. Et cette évolution se fera dans le camp, là justement où il lui eût été bénéfique d'utiliser ses tendances égocentriques.

Ces quatre scènes marquent les degrés d'une initiation jusqu'à la "transfiguration" de Max, quand il se donne la mort :

 Au début, Max se laisser aimer par Rudy. Quand le drame survient (Rudy assassiné et Max déporté), il continue de croire que sauver sa peau reste l'essentiel.

 Il vacille déjà quand il veut entraîner dans ce salut Horst, un triangle rose.

 Quand il se révèle pédé aux yeux de Horst, il peut encore se leurrer et s'imaginer que ce compagnon l'aide à rester "vivant". A ce moment de leurs rapports, ils font l'amour par l'échange des mots, sans le moindre frôlement, et leur jouissance éclate alors qu'ils continuent leur monotone corvée, surveillés par le garde.

 A la fin, Max ne peut plus se dissimuler qu'il se compromet pour Horst. La tendresse, l'oubli de soi le pénètrent. Sa carapace s'effrite et l'homme secret apparaît.

Bent est une superbe tragédie. A son insu peut-être, Bent est la tragédie de l'homosexualité. Ce film met au jour cette peur qui se travestit en relations cruelles et désespérées. Il dit aussi que cette peur intime, appelle, souvent inconsciemment, la cruauté des autres.

Max laisse un message. En prouvant qu'aimer Horst devient plus grave que ménager son futur, donc plus important, il incite chacun à dire sa vie. Dire que la prochaine victime du sadisme humain ne sera pas nous, parce que nous aurons extirpé de l'homosexualité ses ferments suicidaires.

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Hommage à Max Jacob – 5 mars 2020

Publié le par Jean-Yves Alt

L'association “Fraternité Max Jacob” a l’honneur de vous informer de la cérémonie commémorative du 76ème anniversaire de la mort du poète Max Jacob (1876 – 1945), qu'elle organise à Paris avec le concours de la Mairie du 18ème arrondissement le jeudi 5 mars 2020 à 19h00 devant la maison du poète Max Jacob – 7, rue Ravignan – Paris 18e avec la participation d'Andréa Ferréol, ainsi que de nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique.

Hommage à Max Jacob – 5 mars 2020

La 20ème édition de cet hommage annuel sera fêtée cette année.

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L'amour courtois dans la littérature par Michel Foucault

Publié le par Jean-Yves Alt

L'expérience de l'hétérosexualité, depuis au moins le Moyen Age, a toujours existé sur deux plans. D'un côté, l'amour courtois dans lequel l'homme séduit la femme et, d'un autre côté, l'acte sexuel lui-même.

Maintenant, la grande littérature hétérosexuelle du monde occidental a toujours à traiter essentiellement de l'amour courtois. C'est-à-dire de ce qui précède l'acte sexuel. Tout le travail de raffinement intellectuel et culturel, toute l'élaboration esthétique de l'Occident, étaient dirigés vers l'amour courtois. Cela explique la relative pauvreté de l'appréciation littéraire, culturelle et esthétique de l'acte sexuel en tant que tel.

Au contraire, l'expérience homosexuelle moderne n'a aucun lien avec l'amour courtois. Cependant, ce n'était pas le cas dans la Grèce antique. Pour les Grecs, l'amour courtois entre hommes était plus important qu'entre hommes et femmes. Rappelez-vous Socrate et Alcibiade. Mais la culture occidentale chrétienne bannissant l'homosexualité, celle-ci se concentre sur l'acte sexuel. Les homosexuels ne pouvaient pas élaborer un système d'amour courtois parce que l'expression culturelle d'une telle élaboration leur était interdite. Le coup d'œil dans la rue, la décision au quart de seconde, la vitesse à laquelle les relations homosexuelles sont consommées, tout cela est le produit d'une interdiction. Aussi, lorsque une culture et une littérature homosexuelles se sont développées, il était normal qu'elles se concentrent sur l'aspect le plus ardent des relations homosexuelles.

Michel Foucault

■ in Revue américaine Salmagundi n°57 [A special issue on Homosexuality], Interview de Michel Foucault par James O’Higgins, revue publiée par le Skidmore College [Saratoga Springs, N.Y. 12866], automne 1982, ISSN : 00363529


Lire aussi sur ce site : L'amour courtois entre hommes par Jean-Yves Tilliette

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