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La gloire du paria, Dominique Fernandez

Publié le par Jean-Yves Alt

Bernard, 45 ans, et Marc, 25 ans, s'aiment d'amour tendre, sans passion intempestive cependant. Reconnus et admis par leur entourage, ils coulent des jours paisibles jusqu'à ce qu'un terrible fléau fasse son apparition parmi la gent homosexuelle, Bernard en est atteint. Soudain les deux hommes deviennent des pestiférés ; parents, amis, voisins, s'éloignent. Une occasion pour nos deux héros de retrouver les sentiers escarpés de la gloire.

Dominique Fernandez a pris le sida pour thème de ce roman paru en 1987. En repensant aux autres livres de Dominique Fernandez, on s'aperçoit que la thématique générale du "paria" était présente dans tous ses livres. Plusieurs autres de ses romans, qui traitent de l'alliance entre le maudit et la gloire, auraient pu prendre ainsi le même titre. Ainsi "Porporino" qui était le roman des castrats ; être castrat c'était à la fois infamant et prestigieux. Ou bien "L'Etoile rose" qui décrivait l'itinéraire d'un homosexuel passant de la honte à la reconnaissance. Ou encore "Dans la main de l'ange", qui était l'histoire d'un paria glorieux, Pasolini... Le sida n'est finalement qu'une figure nouvelle de ce motif omniprésent de l'œuvre de Dominique Fernandez.

Deux visions du sida dans ce roman :

■ Bernard, le héros, qui est écrivain et qui a quarante-cinq ans est partagé. D'un côté il se réjouit, en tant qu'homme raisonnable qui a milité lui-même pour la libération des mœurs, que celle-ci soit acquise. Mais une autre part de lui regrette quelque chose. C'est ça le sujet du livre : le regret d'une époque où l'homosexualité était clandestine, périlleuse et donc enveloppée d'une certaine auréole. Bernard regrette, aujourd'hui, où tout est permis, que l'homosexualité ait perdu beaucoup de son attrait. Ce n'est plus intéressant d'être homosexuel dans une époque où c'est la même chose que d'être hétéro. Quand le sida arrive sur lui en particulier, il finit non pas par être heureux, mais par trouver un sens symbolique à cette maladie. Parce que, partout, on dit qu'il fait partie d'un groupe "à risque". Cette expression lui rappelle sa propre adolescence où c'était compliqué d'être homosexuel : on pouvait se faire tabasser, perdre son emploi, son appartement... Bernard se sent ainsi redevenir un "paria". Au lieu de se révolter, il l'accepte comme un signe profond qui le replonge dans l'état qu'il a connu autrefois, quand il était jeune, proscrit, exclu de la société. Il voit avec le sida une occasion symbolique de rompre avec la société.

■ Marc, qui a vingt-cinq ans, voit dans le sida, un fait purement médical. Il n'y voit aucun sens symbolique. Il faut simplement le guérir, le soigner. C'est comme si c'était le cancer ou la grippe. Pour lui, qui est né dans une génération "libérée", il n'y a pas de nostalgie de la clandestinité. Il veut vivre et être heureux. Pour Marc le sida est une maladie "normale", il ne comprend pas que Bernard ne se révolte pas contre elle. Ce n'est pas une malédiction pour Marc mais seulement un accident.

 

Il est question aussi de la mort de Jean Genet (en avril 1986, juste quelques mois avant la parution de ce roman). Marc en a un ouf de soulagement parce que Jean Genet représente pour lui cette chose morte depuis longtemps, à savoir l'union de la malédiction et de l'amour. Le mal, la délinquance, la marginalité exacerbée... pour Marc c'est de la préhistoire. Alors que Genet comme romancier plaisait à l'aîné, à Bernard. C'est un peu ce qu'il avait ressenti lui-même jeune, la criminalité en moins. La mort de Genet c'est d'une certaine façon la fin d'une l'homosexualité liée obligatoirement au mal, à la révolte, au fait d'être "paria". C'est là, où se situent les regrets de Bernard. Son sida vient aussi combler le gouffre créé par la mort de Genet.

■ La gloire du paria, Dominique Fernandez, Grasset, 1987, ISBN : 2246386411


Du même auteur : L'amour - Signor Giovanni - Jérémie ! Jérémie ! - La gloire du paria - L’étoile rose - Eisenstein - L'école du Sud - Dans la main de l'ange - Porfirio et Constance - Porporino, les mystères de Naples

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