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Je ne veux pas qu'on sache, Josette Chicheportiche

Publié le par Jean-Yves

Ce serait presque une banale histoire de séparation de leurs parents que Théo, 12 ans, et sa petite soeur Lola vont vivre dans ce roman, si ce n'était le motif : leur père, Gilles, est homosexuel. Il a rencontré un homme et tous deux s'aiment.



C'est indirectement que Théo apprend le motif de la séparation de ses parents ; il a entendu ses grands-parents paternels en parler : « Et la prochaine fois que je croise le Maire, [...] je lui dis [...] : ça fait longtemps que Gilles n'est pas venu, [...] il est pédé maintenant. » (p.56)


Au départ, Théo a besoin de se rassurer, de se dire qu'aux yeux des autres, son père à l'air normal, un « père et ses deux enfants » (p.74) Le jeune garçon va se placer dans une position d'évitement face à son père ; il sera largement aidé pour cela – inconsciemment – par sa petite soeur qui réclame tant d'attention.


Quand il a appris que son père était pédé, Théo a repensé à cet homme « en pantalon de cuir et débardeur qui parlait fort en faisant de grands gestes avec ses main. » (p.58)


Théo ne veut surtout pas qu'« on le sache », c'est pourquoi il n'a pas même confié cette donnée à son meilleur ami Tom. Quand ce dernier apprend la vérité, il en prend ombrage et s'éloigne de Théo. Cette position est intéressante dans ce moment du récit car là le narrateur essentiellement omniscient se tait : le lecteur ne sait pas si la rupture entre les deux jeunes garçons est motivée par l'homosexualité du père ou par le silence de Théo, perçu comme trahison par Tom.


La nouvelle ne tarde pas alors de faire le tour du collège. Théo doit alors faire face à de très nombreuses moqueries.


Alice, la mère de Théo ne cerne pas immédiatement – tant elle est effondrée – la souffrance de son fils et les questions qu'il se pose. Pourtant, peu à peu, elle arrive à trouver les mots justes pour faire comprendre la singularité de chacun, à partir d'une métaphore sensible :

« Non, toutes les eaux [ne] se ressemblent [pas]. Chaque eau provient d'une source et chaque source est différente. [Ton père] est différent des pères de tes copains [...], tu auras beau déchirer les étiquettes [comme celle que Théo arrache sur la bouteille placée en face de lui] qu'on lui collera, il sera toujours ton père. » (pp.118-119)

Ce roman montre, en accéléré, sur près de deux années, la transformation d'un jeune garçon face aux choix de vie de son père.


Le lecteur ne suit pas Théo au quotidien dans toutes ses interrogations, ses tergiversations, ses réponses, ses comportements. Théo a la chance d'avoir un professeur qui sait l'écouter et le rassurer notamment sur son propre devenir :

« Il n'y a pas de fatalité Théo. Ce n'est pas parce que son père ou son frère est homosexuel qu'on l'est soi-même. L'attirance que l'on éprouve pour un être lorsqu'elle est sincère n'est pas dictée par la morale, la société, la mode ou que sais-je encore. Elle ne répond qu'à la loi du coeur. » (p.147)

Un petit roman indispensable pour tous les jeunes – garçons et filles – qui n'ont pas la chance de rencontrer un professeur, comme celui de Théo.


■ Editions Pocket Jeunesse, avril 2007, ISBN : 9782266168687



Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


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