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Marie épouvantée par Lorenzo Lotto

Publié le par Jean-Yves

Le fond se perd dans un indéterminé : le ciel, lointain derrière la succession des architectures qui délimitent la chambre de Marie, est fade. La chambre est comme un antre : l'habitacle est assez peu accueillant pour cette jeune fille qui vit dans la solitude ; les objets qui l'ornent ou le meublent, semblent d'impassibles formes minérales qui ne peuvent offrir un refuge.


Est-ce pour cela que Marie a peur ? Car tout ce qu'elle a autour d'elle ne peut l'aider.


Marie est épouvantée avant même que le corps «indécent» de l'ange ne perce l'espace de cette pièce.



Mais est-ce un ange, ce grand garçon aux muscles bien dessinés, qui projette devant lui une ombre si grande, au point de rejoindre le bas de la robe de Marie ?


Marie est vierge comme ses meubles, elle est présente ici comme une stalagmite : sa seule force est la solitude, la pureté.


Il y a aussi ce bizarre personnage, en haut, le Père Eternel penché, presque, sur le nuage qu'encadre l'arcade, les bras tendus en avant : que sait-il de ce qui se passe dans la vaste et grise chambre minérale ?


Dans cette pièce, tout est menaçant, maintenant que l'ange est arrivé. Tout est misère. Même le chat abandonne la jeune fille. Poussé en arrière peut-être par la peur, ou peut-être par l'afflux d'air provoqué par l'irruption de l'ange, le chat est comme paralysé dans sa fuite, oblique, le corps arqué et la queue rigide, la tête encore tournée vers le visiteur, apeuré. Il ne peut s'enfuir. Entre l'homme blond et bouclé et la brune jeune fille, l'animal est un élément fixe de la scène.


L'ange a un corps puissant, et la robe drapée que la friction de l'air, pendant le vol, a collée sur lui fait ressortir sa puissance.


L'ange est agenouillé sur sa jambe droite, mais tout en lui ne respire pas la déférence. De sa jambe gauche, découverte jusqu'au-dessus du genou, il prend appui sur le sol. A la jambe gauche fléchie correspond, du côté droit, un bras levé plus haut que la tête, en un brutal salut.



Lorenzo Lotto, Annonciation, vers 1527

Huile sur toile, 166cm × 114cm, Pinacothèque de Recanati


La jeune fille tourne le dos à l'ange et semble m'implorer de l'enlever de là. Dans son corps, rien ne possède d'équilibre.


Est-elle à genoux ou recroquevillée sous l'informe ondulation de sa robe et de son manteau ? Que signifie le geste de ses mains ? Les deux paumes montrées de trois quarts, comme pour repousser, ne font pas un geste de prière, ni de dévotion.


L'arrivée de l'ange fait de Marie une fille maladroite. Une scène irréparable.


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