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Mort à Venise, un film de Luchino Visconti (1971)

Publié le par Jean-Yves Alt

La maladie de l'amour à Venise

C'est en voyant pour la première fois "Mort à Venise", que j'ai compris :

- que j'étais mortel, ma jeunesse aussi

- que l'amour est une "vacherie"

- que ce n'est pas un fossé qui sépare les générations, mais cette fascination, si bien exprimée, d'abord par Thomas Mann, ensuite par Luchino Visconti, de la vieillesse pour des âges plus tendres.

Ce n'est pas la beauté du jeune Tadzio, si bien incarnée par Björn Andresen, qui me trouble quand je revois les images viscontiennes pour la Nième fois, mais bien plus ce regard lancinant, exaspéré du vieux compositeur, le génial Gustav von Aschenbach - Dirk Bogarde - qui ne peut de sa contemplation passionnée réussir à inventer la communication dont il aurait tant besoin.

Ce n'est pas un vieillard draguant un biquet que je vois, mais un spécialiste du beau - tout créateur ne l'est-il pas à sa façon ? - mis en échec par le mystère de cette perfection éphémère qu'est l'adolescence.

Quoi de plus inachevé que l'immaturité gracile d'un jouvenceau, et de plus inaccessible ?

Là où l'art s'appuie sur l'inspiration jugulée par des règles et une discipline de tous les instants, la nature inspire à certaines formes une miraculeuse harmonie. Un miracle voué à la destruction par le temps.

Et c'est cette fragilité de la jeunesse qui nous la fait voir sous un jour si désirable. "Mort à Venise" en liant dans une même étreinte du regard les ravages de l'amour et ceux de la mort nous indique une étrange et dangereuse morale : nous mourons de ce que nous aimons.

Est-ce du choléra ou de ce visage trop longtemps contemplé, à la limite de l'insoutenable, que meurt le héros ? Du poison qui coule dans nos veines, ou dans nos vies, nous nous nourrissons.

Comment échapper au feu quand on ne peut s'empêcher d'aimer si fort la lumière ?

 

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