Mardi 27 mai 2008

… ou les mots pour dire la jouissance


Sartre disait que la grande littérature, celle qui survit aux climats du moment, est une littérature noire, secrète et presque toujours érotique.


Avec les Pages Egarées, on comprend le malaise qui naît à la lecture des principaux textes de Marcel Jouhandeau. Son écriture classique, léchée, n'était qu'un masque. Comme beaucoup d'écrivains homosexuels de sa génération, (Jouhandeau est mort en 1979, à l'âge de 91 ans), il a produit une œuvre en abîme et créé son propre enfer.


Ses livres ont le grain d'un palimpseste. Il faut gratter, éliminer la scorie romanesque pour découvrir l'homme Jouhandeau.


Dans De l'Abjection (1939) Jouhandeau se racontait homosexuel, à la première personne. On y découvrait son amour des garçons bouchers, la petitesse des atmosphères petites-bourgeoises qui engendre un désir d'infraction à la norme.


Marcel Jouhandeau fait remonter très loin dans l'histoire de l'individu le désir homosexuel. Il faut lire Du Pur Amour pour revoir ces amitiés tissées au cours de son enfance qui subsistent, indélébiles, au-delà des identités, des vécus sexuels. Jusqu'au délire de Tirésias, livre organique, délire phallique.


Pages Egarées invite à l'égarement sexuel, aux nuits des mille plaisirs : on entre en orgie comme autrefois les comtes occitans entraient, sur leurs montures, dans les cathédrales. On se vautre, sous le regard d'un homme de 80 ans, dans les lits défaits. Des noms légendaires dressent leur haute stature : Antinoüs, Endymion ; des noms d'homme surgissent : Max, Pierre le catcheur, Georges, Alexandre… parce qu'on a besoin, en amour, de préliminaires, de mythologies, de fantasmes. Un carreleur italien peut bien ressembler à Apollon même s'il n'est, vu de près, qu'«un sac de pus» (p.30) !



Avec une complicité de félin, le frisson du vertige et l'ambiguïté de l'humour, Jouhandeau fait taire la morale pour dépouiller les hommes de leurs artifices, de leurs vêtements. Avec ses yeux en bouton de braguette, il regarde, il scrute, il dévore ces mains qui remontent un sexe dans un pantalon. La civilisation du vêtement ennuie car elle s'érige en obstacle à la chair : «La chair, toute seule, réduite, à elle-même, est sans hargne, comme sans défense.» (p.15)


« Il ne faut pas mépriser ceux qui ne savent pas tout le plaisir qu'on peut tirer de son corps et du corps d'un autre, mais ne pas les envier. Ils passent à côté de la vie. » (p.120)


Pages Egarées est aussi une réflexion sans faille sur le plaisir. Dans une phrase lapidaire, Jouhandeau s'interroge, nous interroge : «Si le plaisir n'était que le plaisir ce ne serait presque rien.» (p.75)


Jean Genet avait fait exploser la littérature tranquille en proclamant l'évidence des bites arquées des taulards contre les murs cellulaires, et hurlait la jouissance du criminel.


La réflexion de Jouhandeau conduit au questionnement et au ravissement.


Qu'est-ce que jouir ? Comment dire l'orgasme ?


■ Editions Pauvert, 1980, ISBN : 272020157X


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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