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Ryls, un amour hors la loi, un roman d'Henry-Marx publié en 1923

Publié le par Jean-Yves

Ce roman raconte l'histoire de Jacques Béryls, jeune enseignant-chercheur, comme on dirait aujourd'hui, que ses camarades de faculté ont toujours nommé, avec affection, « Ryls ». Rien de moins dans ces pages que la douleur d'un amour qui n'a pu s'exprimer totalement. Mais rien de misérable non plus.



Tout commence par une consultation chez le médecin où Ryls apprend qu'il doit subir une ablation d'un rein. L'opération est suffisamment grave pour que Monsieur Danet, son maître de la Faculté, l'ait accompagné car il entretient avec son cadet une tendresse filiale indéfectible.


Ryls, comme enseignant, a des qualités oratoires qui le font apprécier de ses élèves. C'est ainsi qu'il est amené à entretenir des relations privilégiées avec quelques-uns : Didier Hold et Pierre Dunois. Ryls sait qu'il a perdu beaucoup de temps dans sa jeunesse : il s'est réfugié dans ses travaux de recherche scientifique pour ne pas avoir à faire face à ses propres sentiments. C'est pourquoi, il conseille à Pierre de ne pas faire comme lui :

« Pierre, mon petit, ne vous cherchez pas tant. Vous vous trouverez plus tard. […] Soyez jeune et vivez-vous. […] J'ai manqué ma première jeunesse ; sauvez la vôtre ; dansez-la. […] N'étudiez pas trop : vous êtes trop jeune pour apprendre profondément. Amusez-vous à vivre et honorez votre plaisir. » (p.60)

Ryls a toujours su « de quoi » il vivait. Il se confie, un jour, à Didier :

« Je vivais de la force mâle : d'un bras de faucheur de champ, et de son torse nu sous la blouse entrouverte ; d'un corps d'ouvrier jeune sous la charge de son travail ; d'une nuque puissante et nue ; d'un joueur inconscient de sa grâce que son jeu marque aux lignes dures ; de la jambe rude et mystérieuse d'un passant – et de leurs bouches […] sauvages ou fines, de tout ce qui est mâle, et conquérant, et vainqueur, d'avance, à cause de l'audace saine… (pp.27-28)

Ryls a mis ses talents oratoires au service des plus faibles : c'est ainsi qu'il prend la défense d'un soldat condamné à mort ou qu'il donne des conseils à des syndicalistes. C'est que Ryls tient « la foule pour une réalité plus pathétique et plus parfaite que l'individu le plus admirable » (p.97) Car il pense que pour être libre, l'homme – « petite cellule du grand corps » - doit être avant tout « social » (p.97). Mais Ryls connaît aussi les dangers des masses humaines : « cette foule ennemie des vérités qui bousculent ses erreurs. Jalouse des individus qu'elle admire. Sensible au médiocre qui ne la dépasse pas. Foule qui oblige à la loi du nombre, et veut qu'on mente pour son repos […] » (p.164)


Après son opération réussie, Ryls part en convalescence dans les Alpes avec Didier et Hélène, sœur de lait de ce dernier. Avant le départ, Ryls ressent une profonde attirance pour Didier :

« Son corps, près de moi, m'envahit de sa présence. […] Il est beau comme tous les abandons qui m'ont réjoui. […] Sa main se crispe à mon poignet, et son cou tend vers moi, comme une coupe, son visage plein d'émotion. Il m'attire à lui. Alors, l'ivresse où l'on n'est plus rien du tout. [..] Je me penche. J'ose. Ses lèvres et mes lèvres… J'aspire son souffle tiède. » (p.127)

A la montagne, les premiers jours, les deux hommes semblent heureux :

« - Didier, je suis heureux. Tout mon bonheur vient de toi.

- Moi, je suis content, aussi, de te garder. Et j'ai besoin de toi pour retrouver ma paix. » (p.136)

Hélène est amoureuse de Ryls : c'est Didier qui l'a appris à son ami. Le séjour montagnard se poursuit mais Didier devient de plus en plus mélancolique :

« Ryls, je suis né depuis peu en moi, si étranger à ce que j'étais. Vous m'avez… tu m'as bouleversé. Ta vie me révèle la vie. Quelle découverte, mon ami, et quel désastre, si tu savais… » (p.149)

Didier se demande si l'homme peut parvenir à son faîte dans l'amour. Ses tourments sont de plus en plus prégnants. Au point que son ami s'en inquiète.

« Ryls, je suis malheureux. Je n'en peux plus. Depuis des semaines, c'est un désastre où je suis anéanti. Aujourd'hui, tout s'est précisé. C'est horrible. Je veux me sauver de moi… J'ai compris que j'étais un monstre, un inutile. » (p.160)

Les deux hommes décident de gravir l'Aiguille de l'Empereur. 3000 mètres. Au cours de l'ascension, le pied de Didier glisse, son corps roule. Il est mort. De retour dans sa chambre de l'hôtel, Ryls découvre, sur la cheminée, une lettre de Didier. Lettre qu'il va conserver secrètement pour lui.


En hommage à son ami disparu, Ryls accepte d'épouser Hélène tout en lui affirmant que s'il a une tendresse sans bornes pour elle, il ne l'aime pas.


Le mariage est raté. Quand Hélène découvre la fameuse lettre et comprend ainsi le suicide de son frère de lait, elle décide de quitter Ryls. Ce dernier, sur les conseils de son maître, Monsieur Danet, accepte une mission scientifique à l'étranger.


■ Editions Librairie Ollendorff, 1923



Préface et postface de ce roman


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