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Le corps des anges, Mathieu Riboulet

Publié le par Jean-Yves Alt

Mathieu Riboulet vit dans le Limousin et tire de cette terre des romans très écrits, très exigeants. Des romans qui se méritent et d'où le lecteur ressort enrichi de mots, d'images, de sensations qui ont la vie longue dans sa mémoire.

Le corps des anges est la rencontre de deux êtres, par hasard. Deux hommes jeunes, Rémi et Gabriel.

- Le premier, Rémi, vit à la campagne. Fils de paysans, il est doué d’une « lenteur native obstinée » et inaccessible à l’affection de ses proches. Un peu bancal, un peu fruste, de ceux dont on faisait autrefois l'idiot du village. Il aime les oiseaux et rêve d'ailleurs. Il a l’habitude, avec sa mobylette, de se jeter furieusement dans les fossés, afin de se blesser.

- Le second, Gabriel, vient de Paris, ses parents sont morts, il est indépendant, connaît ses envies, les assouvit. Il porte un tatouage de serpent dans le dos et une cicatrice sur le ventre qu'il ne laisse jamais se refermer : il recherche le salut - la voix de ses parents disparus - dans cette automutilation.

Quand les deux se croisent, le drame éclate. De ceux qui alimentent la chronique des faits divers. Quand Rémi décharge le fusil paternel sur ses deux parents, le monde se déchire et les parents de Gabriel, morts accidentellement, "ressurgissent".

« — Qui est ce garçon étendu là avec du sang sur les mains ?

— Un qui n'a pas attendu que ses parents meurent pour être orphelin. Un garçon de pierre qui se jette sur les routes pour s'effriter, en vain, qui s'est mis un beau jour à m'attendre, moi que nul n'a jamais attendu, moi qui t'attendais tant que j'en suis parti. C'est un garçon perdu auquel je te confie.

Sans doute Anne-Marie (la mère de Gabriel, décédée dans un accident de voiture) avait-elle rêvé d'une autre destinée, mais, définitivement aphone, elle s'était vidée jusqu'à la dernière goutte, au ventre de son fils ne perlait plus qu'un peu de sueur. » (page 97)

Mathieu Riboulet dit les corps étendus, le sang, la déraison. Mais laisse à chacun la liberté de trouver son explication. Peut-être une histoire de désir longtemps contraint qui, au lieu d'éclater dans le plaisir, s'exprime dans la mort ? Un magnifique et étrange poème où se mêlent terre et sang.

■ Le corps des anges, Mathieu Riboulet, Editions Gallimard, 2005, ISBN : 2070774198


Du même auteur : Un sentiment océanique

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