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Champsecret, Gilles Leroy

Publié le par Jean-Yves

Ce roman est le journal fictionnel de l'auteur qui éclaire son quotidien depuis la colline de Champsecret où il s’est retiré avec sa chienne Zazie. Le narrateur-auteur y déploie sa grande propension à la mélancolie. Il passe son temps à écrire et à s'occuper de son jardin potager.

 

Mais sa vie n'est pas totalement recluse et se veut bien plus qu'une simple introspection.

 

Gilles Leroy ne tombe pas dans le cliché de l'écrivain qui recherche l'isolement pour mener à bien son travail d'écriture. Son quotidien est aussi fait des garçons qu'il ramène régulièrement, "trouvés" dans des bars de la région. Parmi eux, Zacharie, une "petite" racaille tatouée de la banlieue parisienne, qui ne refuse jamais un joint, qui sort tout juste de Fleury-Mérogis et que ses parents ont jugé bon de mettre "au vert" afin qu'il n'y retourne pas. Il n'est pas l'unique amant du narrateur mais en représente sans doute l'essence. Cet amant, qui n'a pas la culture de celui qui "l'admire", reste très lucide sur son monde à lui. Il sait qu'un jour il se "rangera" avec une jeune femme qui attrapera très vite un air éteint dès sa première maternité.

 

« Arrête de te faire un film, Gilles, tu ne m’aimes pas… Pour m’aimer, il faudrait que tu t’intéresses à moi… Pour s’intéresser à moi, il faudrait être fou. Ou carrément perdu. » (page 238)

 

L'empathie, sans artifice, du narrateur, est toujours à maxima, comme en contre-poids de toutes les pertes affectives subies.

 

Gilles Leroy mêle ses confidences de nombreuses citations de Pasolini, Gisèle Sapiro, Henri Michaux, Sandro Penna, Umberto Saba, François Mauriac, Lacandans le but de parfaire son travail littéraire,

 

« Il s'agit de comprendre pourquoi, à tel moment, des écrivains ont choisi tel camp plutôt que tel autre, à partir d'un certain nombre de variables. Pour aller vite, on peut dire que plus les gens sont reconnus par leurs pairs, donc riches en capital spécifique, et plus ils sont portés à résister ; à l'inverse, plus ils sont hétéronomes dans leurs pratiques proprement littéraires, c'est-à-dire attirés par le commercial, plus ils sont enclins à collaborer. » (Gisèle Sapiro, pages 148-149)

 

mais aussi pour montrer que tout se joue dans le choix de ses mots pour exprimer le fait d'être homme.

 

« Seule, la fiction ne ment pas, elle entrouvre sur la vie d'un homme une porte dérobée par où se glisse, en dehors de tout contrôle, son âme inconnue. » (François Mauriac, page 162)

 

Le narrateur va aussi régulièrement dans les lycées ou les prisons pour animer un atelier d'écriture où il rencontre parfois une âme sensible. Que cherche-t-il dans ces lieux clos ? Un refuge ?

 

Gilles Leroy sait bien que le seul qu’il ait trouvé, depuis plusieurs années, se nomme "littérature". Avec ce dernier livre, il a réinventé, pour mon plus grand plaisir, le journal d'écrivain.

 

■ Mercure de France, 22 août 2005, ISBN : 2715225091

 


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Du même auteur : Maman est morte - Les derniers seront les premiers - Madame X

 

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