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Jésus et Billy s'en vont à Barcelone, Deirdre Purcell

Publié le par Jean-Yves

Les patronymes O'Connor en Irlande et celui de Martinez en Espagne sont aussi fréquents que ceux de Martin et Dupont en France. Quant à cela s'ajoute des prénoms identiques et l'oubli du dossier permettant de répartir les jeunes espagnols qui débarquent à Dublin, les conditions sont remplies pour un bel imbroglio.

 

Dans cette nouvelle, il y a deux « Billy O'Connor » qui doivent, chacun, accueillir en séjour linguistique, un « Jésus Martinez ». La distribution des correspondants dans les familles devait se faire suivant le critère de classe sociale : les riches chez les riches, les milieux populaires entre eux.

 

Chaque Jésus se retrouve ainsi chez le « mauvais » Billy. Celui qui se retrouve dans la famille bourgeoise est rapidement renvoyé chez lui en Espagne ; l'autre sait remarquablement s'adapter à la situation, d'autant mieux que ce séjour lui permet d'échapper, chez lui, à la maîtresse de son père.

 

L'ensemble de la famille O'Connor – la mère, le père, la grand-mère, la soeur, et même Billy qui n'était pas chaud pour cet échange – s'enflamme sous l'attrait de ce bel Espagnol qui ressemble à River Phoenix (p.34).

 

Le beau catalan un peu ébahi par les pratiques alimentaires de son correspondant se montre charmant avec tous les membres de la famille, et ce, malgré son incompréhension du langage familier qu'il découvre : «Faire une touche ? Billy, ça veut dire quoi, faire une touche ?» (p.72). Billy de son côté prend assez mal la coutume espagnole, qu'il ne connaît pas, de marcher bras dessus, bras dessous dans la rue : «Heu…, les hommes ne se touchent pas en Irlande.» (p.60)

 

Après ce séjour linguiste, la famille de Billy sera bouleversée. Si le lecteur comprend rapidement que Jésus n'est pas à l'aise avec les filles [Il n’était ni froid, ni ennuyeux, ni rien de ce genre. «C'est juste comme s'il n'était pas vraiment là», dit Betty, la copine de Doreen. (p.70)], il faudra que le père de Billy découvre les deux garçons qui s'embrassent pour comprendre [«Qu'est-ce qui se passe ici, nom de Dieu ?» (p.75)].

 

Jésus est alors prestement renvoyé dans sa famille…

 

Un texte léger et humoristique qui pourra séduire les lecteurs qui aiment les récits qui ne traînent pas. Je regrette toutefois que les portraits de chacun des protagonistes ne soient pas plus fouillés. Ainsi que les appréhensions ressenties par chacun. Quelques pages de plus n'auraient pas été inutiles.

 

La progressive et éventuelle découverte de l'homosexualité de Billy (le mot n'est jamais employé) est très adroitement abordée, sans manichéisme réducteur.

 

Le dernier chapitre intitulé « Ce que Jésus a laissé derrière lui » est particulièrement bien senti :

«Billy devint morose, plus morose encore qu'il ne l'avait été avant que Jésus n'entre dans leurs existences. Il ne pouvait plus parler de femmes (1) sans se souvenir de la bizarre et étrange douceur du baiser de Jésus. […] il pensait que les discours d'Anthony sur Playboy et sur Pamela Anderson et sur tout le reste étaient simplement puérils. Maintenant qu'il avait exploré des territoires sauvages, Billy ne voulait plus rien savoir de ce jeune con. […] Tout était absolument confus.» (pp.81-82)

■ Editions J'ai lu/Librio, 2001, ISBN : 229031305X

 


(1) Au début de la nouvelle, le lecteur découvre que Billy regarde avec son copain Anthony, Playboy (p.15).


Lire le point de vue de Lionel Labosse.

 

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