Lundi 7 novembre 2005

Personne ne peut y échapper, ni l’auteur du livre, ni l’éditeur, ni le préfacier, la vraie victime, bien qu'il n'y ait nul besoin de préface. C'est un gai livre. Il aurait pu s'appeler : Comment des doutes naquirent sur l'existence de l'homosexualité; ou bien. Personne ne peut dire « Je suis homosexuel».

Signé Hocquenghem.


Comment en est-il venu là ? Évolution personnelle, marquée dans la succession et le ton divers des textes de ce livre ? Révolution collective liée à un travail de groupe, à un devenir du FHAR (*) ? Évidemment ce n'est pas en changeant, en devenant hétérosexuel par exemple, qu'Hocquenghem a des doutes sur la validité des notions et des déclarations. C'est en demeurant homosexuel for ever, en le restant en l'étant de plus en plus ou de mieux en mieux, qu'on peut dire « mais après tout personne ne l'est ». Ce qui vaut mille fois mieux que la plate et fade sentence d'après laquelle tout le monde l'est, tout le monde le serait, pédé inconscient latent. Hocquenghem ne parle ni d'évolution ni de révolution, mais de volutions. Imaginons une spirale très mobile : Hocquenghem y est en même temps à plusieurs niveaux, à la fois sur plusieurs courbes, tantôt avec une moto, tantôt en défonce, tantôt sodomisé ou sodomisant, tantôt travesti. A un niveau il peut dire oui, oui je suis homosexuel, à un autre niveau non ce n'est pas cela, à un autre niveau c'est encore autre chose. Ce livre ne répète pas le livre précédent, le Désir homosexuel, il le distribue, le mobilise tout autrement, le transforme.



Première volution. Contre la psychanalyse, contre les interprétations et réductions psychanalytiques - l'homosexualité vue comme rapport avec le père, avec la mère, avec Œdipe. Hocquenghem n'est contre rien, il a même écrit une lettre à la mère. Mais ça ne marche pas. La psychanalyse n'a jamais supporté le désir. Il faut toujours qu'elle le réduise et lui fasse dire autre chose. Parmi les pages les plus ridicules de Freud, il y a celles sur la «fellatio» : un désir si bizarre et si «choquant» ne peut valoir pour lui-même, il faut qu'il renvoie au pis de la vache, et par là au sein de la mère. On aurait plus de plaisir à suçoter un pis de vache. Interpréter, régresser, faire régresser. Ça fait rire Hocquenghem. Et peut-être y a-t-il une homosexualité œdipienne, une homosexualité-maman, culpabilité, paranoïa, tout ce que vous voulez. Mais justement elle tombe comme le plomb, lestée par ce qu'elle cache, et que veut lui faire cacher le conseil de famille et de psychanalyse réunies : elle ne tient pas à la spirale, elle ne supporte pas l'épreuve de légèreté et de mobilité. Hocquenghem se contente de poser la spécificité et l'irréductibilité d'un désir homosexuel, flux sans but ni origine, affaire d'expérimentation et non d'interprétation.

On n'est jamais homosexuel en fonction de son passé, mais de son présent, une fois dit que l'enfance était déjà présence qui ne renvoyait pas à un passé. Car le désir ne représente jamais rien, et ne renvoie pas à autre chose en retrait, sur une scène de théâtre familial ou privé. Le désir agence, il machine, il établit des connexions. Le beau texte d'Hocquenghem sur la moto : la moto est un sexe. L'homosexuel ne serait pas celui qui en reste au même sexe, mais celui qui découvre d'innombrables sexes dont nous n'avons pas l'idée ? Mais d'abord Hocquenghem s'efforce de définir ce désir homosexuel spécifique, irréductible - et non pas par une intériorité régressive, mais par les caractères présents d'un Dehors, d'un rapport avec le Dehors : le mouvement particulier de la drague, le mode de rencontre, la structure « anulaire », l'échangeabilité et la mobilité des rôles, une certaine traîtrise (complot contre sa propre classe, comme dit Kiossowski? : « on nous a dit que nous étions des hommes, nous sommes traités comme des femmes ; oui, pour nos adversaires, nous sommes traîtres, sournois, de mauvaise foi : oui, dans toute situation sociale, à tout moment, nous pouvons lâcher les hommes, nous sommes des lâcheurs et nous en sommes fiers »).


L’après-mai des faunes de Guy Hocquenghem, préface de Gilles Deleuze, Grasset, collection Enjeux, 1974, ISBN : 2246000807


* FHAR : Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire : mouvement radical revendiquant le droit à l'homosexualité pour les deux sexes fondé par Françoise d'Eaubonne et Guy Hocquenghem en 1971


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par Jean-Yves publié dans : PHILOSOPHIE
 

Texte Libre



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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

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