Je ne suis pas sûr que l'appel
permanent à la mémoire soutienne les objectifs de ceux qui font appel à elle.
Je reste bien évidemment convaincu des mérites de la mémoire ne serait-ce parce qu'elle permet de mettre en valeur, parfois, les « vaincus » de l'histoire. Le problème, c'est qu'elle est extrêmement sélective, simplificatrice voire manichéiste ; surtout, quand elle prend une dimension officielle.
Pourquoi une communauté a-t-elle besoin parfois d'oublier ? Quel sens prend alors l'invocation du devoir de mémoire ? L'oubli a ses raisons, bonnes ou mauvaises : les objurgations sont alors inefficaces.
Il y a 60 ans, au sortir de la guerre, les français n'avaient aucune difficulté à penser que la France entière avait été résistante. Besoin de cohésion nationale. 30 ans après, d'une manière tout aussi simpliste, toutes les institutions et tous les Français, à de rares exceptions, avaient collaboré. Et aujourd'hui ?
Le devoir de mémoire est utile à la condition qu'il sorte de l'ombre les faits oubliés ou pire, occultés. Il doit accepter les doutes, les incertitudes, ce qui revient à consentir qu'il puisse être parfois impopulaire. Il doit remplacer le blanc et noir, générateurs de haine et d'intolérance, par le grisé et les demi-teintes. Il doit apprendre à chacun à fuir ses illusions.


























