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Le mal de Naples : Histoire de la syphilis, Claude Quétel

Publié le par Jean-Yves Alt

Un mal qui a répandu la terreur pendant cinq siècles...

C'est au roi Charles VIII, et à ses troupes qui la ramenèrent de l'expédition de Naples en 1495, que nous devons l'apparition en France de la grosse vérole. C'est-à-dire la syphilis.

Appelé, dès l'origine, mal français par les Italiens, mal de Naples par les Français, le fléau se répand comme une traînée de poudre aux quatre coins du monde, sans que personne veuille en reconnaître la paternité :

« Moins de dix ans après l'apparition du mal de Naples à la bataille de Fornoue, l'Europe tout entière est donc atteinte par l'épidémie. Déjà, en 1496, Sébastien Brant écrivait dans son poème que ce mal qui avait envahi l'Italie, puis s'était insinué au-delà des Alpes, avait déjà gagné la Germanie, l'Istrie, la Thrace et le pays des Sarmates. Sans essayer de démêler si à cette date la vérole était déjà sur le Don, on peu l'apercevoir en Angleterre dès 1497, probablement exportée de Bordeaux à Bristol (où on l'appelle un temps mal de Bordeaux). Toujours en 1497, la vérole apparaît en Ecosse sous le nom de grangor, ce qui indique assez bien son origine française. L'Europe du Nord et l'Europe centrale sont atteintes un peu plus tard entre 1499 et 1502. »

« Chaque pays nouvellement atteint ne manque pas de donner au nouveau mal le nom du voisin suspecté, le plus souvent avec raison, d'avoir été le contaminateur. C'est mesurer d'emblée la variété des appellations : les Moscovites parlent du mal polonais, les Polonais du mal des Allemands, les Allemands du mal français - ce dernier nom recueillant en outre les suffrages des Anglais (french pox) et des Italiens (ce qui fait problème). Flamands et Hollandais disent « mal espagnol », comme les Maghrébins. Les Portugais disent « mal castillan », tandis que Japonais et populations des Indes orientales diront « mal portugais ». Seuls les Espagnols ne disent rien. Bizarre... »

Etrange silence qui vaut en fait signature. Vingt ans après son apparition, les chroniqueurs révéleront en effet que ce sont probablement les hommes de Christophe Colomb qui ont ramené l'agent de la syphilis, le tréponème mâle, d'Amérique...

Un prêté pour un rendu ! De nombreux Indiens sont morts à cause des microbes et des virus européens exportés en Amérique.

Dès le début, c'est l'horreur sur le Vieux Continent. Le mal frappe partout, principalement les prostituées et les hommes de troupe, mais aussi les seigneurs et les bourgeois des villes. La médecine complètement impuissante à l'époque, la maladie peut évoluer à son aise :

« En quelques jours, toute la surface du corps est couverte de petites nodosités saillantes d'où s'écoule une sanie fétide. Parfois s'y ajoutent des croûtes épaisses et d'une teinte vert noirâtre qui font dire à des contemporains que l'aspect des malades était plus répugnant que celui des lépreux. L'éruption, aux dires de plusieurs auteurs, peut toutefois revêtir des formes plus mitigées. »

« Après un court répit pendant lequel la dépression physique et morale du malade ainsi que des manifestations atrocement douloureuses démontrent à quel point déjà l'organisme est profondément atteint, des tumeurs arrondies et volumineuses surgissent au hasard dans un muscle ou dans un os où elles creusent des cavités. D'abord dures, elles se ramollissent et évoluent en une substance blanchâtre et visqueuse qui ulcère profondément le corps, dénudant les os et rongeant le nez, les lèvres, le palais, le larynx, les organes génitaux. »

Au bout de ce cycle, c'est à coup sûr la mort.

En lisant ce passionnant ouvrage de Claude Quétel, véritable roman noir où le tragique côtoie sans cesse le comique (réactions des pouvoirs publics, de l'Eglise, du corps médical...), on découvre combien la syphilis a été la terreur de nos ancêtres pendant cinq siècles !

■ Le mal de Naples : Histoire de la syphilis, Claude Quétel, Editions Seghers/Médecine et Histoire, 1986, ISBN : 2221044916

Commenter cet article

Pascal Odessa 27/01/2016 09:50

Le livre de Quetel est remarquable, très agréable à lire. Mais la thèse qu'il défend (syphillis venant des amériques) est fortement contestée aujourd'hui.
Cf par exemple http://www.larecherche.fr/actualite/aussi/origine-syphilis-01-09-1999-88672

Jean-Yves Alt 27/01/2016 17:27

Merci pour votre commentaire et pour le lien qui apporte de précieuses informations.