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Le testament d'Oscar Wilde, Peter Ackroyd

Publié le par Jean-Yves

S'il est un écrivain dont la personnalité et le destin ne cessent de susciter la fascination, c'est bien d'Oscar Wilde qu'il s'agit, ce dandy révolutionnaire...

 

Oscar Wilde est mort à Paris le 30 novembre 1900, des suites d'une méningite. Après le retentissant procès qui devait le conduire dans les geôles de la perfide Albion, l'esthète insolent avait laissé la place à un homme brisé qui n'eut de cesse de fuir l'Angleterre et son hypocrisie. Il vécut les derniers mois de sa vie quasiment seul dans une chambre de l'hôtel d'Alsace, rue des Beaux-Arts à Paris, dans un dénuement matériel auquel il avait été bien mal préparé.

 

C'est cette période sombre et tragique que retrace Peter Ackroyd dans un roman qui se présente comme le journal posthume des dernières semaines de la vie d'Oscar Wilde.

 

L'auteur du Portrait de Dorian Gray n'est plus qu'un criminel pour les Anglais et un martyr pour ses rares amis. Son œuvre est tombée dans l'oubli, il est traîné dans la boue et ceux qui l'encensaient hier lui tournent aujourd'hui le dos.

 



Pour tenter de se prémunir contre la haine qui le poursuit, Oscar Wilde prend le pseudonyme de Sébastian Melmoth, nom du Juif errant dans le roman de l'écrivain irlandais Charles Robert Maturin, son grand-oncle. Au-delà du symbolisme évident, c'est toute une dimension de désarroi et de douleur qui se fait jour à travers les souvenirs, qu'ils soient brillants ou cruels, qu'évoque l'écrivain au soir de son existence. Il se rappelle son enfance a Dublin, la découverte de la poésie et de la littérature mais surtout ravive le souvenir de sa mère qui fut sans conteste le grand amour de sa vie. Puis ce sont les années d'études à Oxford, l'arrivée à Londres et les premiers succès, le mariage avec Constance et la naissance de ses deux fils.




Les aspects plus sulfureux du personnage – incursions dans les bas-fonds londoniens à la recherche de jeunes garçons aux charmes faciles – ne sont pas oubliés. Peter Ackroyd (je serais tenté d'écrire Oscar Wilde tant l'auteur a su se faire l'interprète fidèle de son illustre personnage) traduit bien la personnalité à la fois excentrique et traditionnaliste d'un homme compliqué embourbé dans la simplicité d'une vie morne.

 

Peter Ackroyd offre a posteriori la meilleure défense que Wilde ne sut trouver de son vivant, ne tenant secret ni son narcissisme, ni son goût du paradoxe et du cynisme pour mieux mettre en valeur l'extrême sensibilité d'un homme trop en avance sur son temps pour ne pas avoir été irrémédiablement blessé.

 

Quand Oscar Wilde écrit : « Ma véritable erreur ne fut pas de succomber à d'étranges péchés et de fréquenter des gens sans intérêt, mais d'être affamé de gloire et de triomphe lors même que j'en savais la fausse valeur », on voit tomber les masques et c'est un homme nu qui apparaît.

 

Le Testament d'Oscar Wilde est une réussite littéraire dans la mesure où son auteur, non content de possèder sur le bout des doigts la biographie de son modèle, a su recréer le style et l'écriture de la personnalité la plus troublante et la plus déconcertante de la fin du XIXe siècle.

 

■ Editions 10/18, 1991, ISBN : 2264014970

 

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