Le héros du livre, Georges Querelle a déjà tué plusieurs fois sans être inquiété. Matelot ("mataf" comme il le dit lui-même), il provoque par sa beauté virile le désir des hommes qu'il rencontre.




Le lieutenant Seblon, dont il est l'ordonnance, l'aime en secret. Le "Vengeur", son bateau, est à quai à Brest, "ville dure, solide". Il y rencontre Robert, son frère, qui est l'amant de Madame Lysiane, la patronne de "La Féria", bordel brestois célèbre à travers le monde. Il se donne à Norbert, le tenancier, à Mario, inspecteur de police, et se prend d'une amitié amoureuse pour Gil, un jeune meurtrier aux abois.

« Toute sa jeunesse il avait fréquenté les dockers et les marins de la marine marchande. Il était à son aise dans leur jeu. »


Pouvoir de sa sensualité qu'il sait mettre au profit de ses intérêts. Georges Querelle, violence et tendresse intimement liées, attire vers lui ces hommes que l'homosexualité horrifie. Au-delà des étiquettes que la société impose à la sexualité, il investit la pureté dans ses rapports avec ces hommes rudes mais fragiles, et jusque dans le meurtre, rituel artistique et cynique.


« Ce regard sévère parfois presque soupçonneux, de justicier même, que le pédéraste attarde sur un beau jeune homme qu'il rencontre, c'est une brève mais intense méditation sur sa propre solitude ».


Jeu qu'il assume avec nonchalance mais non sans gravité, le rapport sexuel (d'où tout sentiment est banni) est pour Georges Querelle le moyen de s'élever à une noblesse intime. Personnage solitaire comparable à l'ange de l'Apocalypse dont les pieds reposent sur la mer, il atteint à une beauté secrète, qui fait fi du jugement commun.


Avec lyrisme, Jean Genet développe, dans Querelle de Brest (publié pour la première fois en 1947), un thème majeur de son œuvre : la dialectique, sinon la poétique, du péché et de la grâce. Il le fait ici, dans cet univers viril des marins qui lui est familier - l'idée de meurtre évoque souvent l'idée de mer, de marins -, avec une force et un talent transfigurés par la beauté de son écriture.


■ Gallimard, L'imaginaire, 1981, ISBN : 2070263290




Lire aussi sur ce blog : Querelle, un film de Rainer Werner Fassbinder (1978)


Du même auteur : Elle - Un chant d'amour, film de Jean Genet (1950)


Publié dans : LIVRES
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Homosexualité(s) et Littérature

sous la direction de Benoît Pivert


Le chasseur abstrait éditeur, cahier de la RAL,M n°10, mars 2009, ISBN : 9782355540448, 25 €



Vient de paraître

Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle

La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne
Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) : autour de Marc-André Raffalovich


Editions Orizons, 2008, collection “homosexualités”, ISBN : 978-2296038196



 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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