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Les amis de jeunesse, Jacques Brenner

Publié le par Jean-Yves Alt

 AltAu début des Amis de jeunesse, Jacques Brenner, auteur et narrateur, s'apprête à entrer en classe de première au lycée Corneille de Rouen. C'est l'été 1939 et il découvre Roger Martin du Gard.

Son père est chef du contentieux à la Banque de Normandie et il en trace un portrait assez sévère, le jugeant ennuyeux et satisfait de lui-même.

Mais, très vite, ce sont les amis de l'auteur que le lecteur est invité à rencontrer. La plupart appartiennent à la bourgeoisie locale : Patrice Verchon, dont le père avocat est mort, adopte une attitude vaguement nihiliste face à la vie. Richard Vadier est fils de petit fonctionnaire alors que Gilbert Mareuil vit dans un certain luxe, avec sa mère et son beau-père. C'est un bourreau des cœurs qui brûle sa vie par tous les bouts et qui abandonnera ses études pour se livrer à divers trafics.

Blaise Héran, dont le père est propriétaire de plusieurs bordels et bars louches, traverse les événements avec un équilibre qui ne se démentira pas. Jean Bertrimont, le plus remuant de tous, deviendra résistant et sera arrêté par la Gestapo.

Ces jeunes gens, et quelques autres, forment un petit groupe solide, qui s'efforce, tant bien que mal, de vivre en ces temps troublés. Comme beaucoup.

Jacques Brenner s'inscrit à l'Ecole de Droit pour attendre la fin de la guerre mais sa principale activité réside dans l'animation d'une troupe de théâtre amateur, Les Etudiants Associés. Ils montent d'abord Polyeucte, puis régulièrement d'autres spectacles jusqu'à ce que diverses autorités tentent de leur interdire de jouer Œdipe d'André Gide.

A travers le théâtre, et, plus encore, l'amitié, tous essaient plus ou moins de s'adapter à l'époque. Pour Jacques Brenner, grand dévoreur de papier imprimé et de pellicule impressionnée, le théâtre est une manière de fuir le monde réel et de fonder une communauté. Il découvre ainsi qu'une véritable amitié n'est possible qu'entre gens embarqués dans une même aventure. Elle se nourrit d'épreuves et de réussites partagées. Elle ne dure, hélas !, que le temps de l'espoir.

Les amis de jeunesse est un très beau livre sur l'amitié. C'est également un témoignage d'une grande justesse de ton sur une génération, celle des garçons et des filles qui eurent vingt ans pendant l'Occupation.

Avec l'auteur, le lecteur vit, d'une manière presque quotidienne, l'horreur des bombardements meurtriers sur Rouen, l'exode vers Nantes puis, à l'Armistice, le retour à Rouen, bientôt détruite par les bombes alliées. Ensuite, il y a la noire période de l'épuration, les trois mois de classes, le service militaire à l'état-major, le retour des amis de captivité... A la fin de la guerre (qui est aussi celle du livre), Jacques Brenner s'engage dans le journalisme et monte à la capitale.

La pudeur et l'humilité de Jacques Brenner font le prix et le charme des Amis de jeunesse.

Mais je n'ai pu m'empêcher de ressentir une certaine frustration devant le retrait de l'auteur, son effacement au profit des personnages qui l'entourent. J'aurais aimé rentrer un peu plus dans son intimité, le mieux connaître. Mais comme il l'écrit lui-même : « D'une manière très générale, j'étais spectateur né, intéressé par la comédie, sans aucun besoin d'y participer, sinon de manière intellectuelle. »

■ Editions Grasset, 1984, ISBN : 2246340314


Du même auteur : La rentrée des classes - Les Lumières de Paris

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