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Des eunuques pour le royaume des cieux : l'Eglise catholique et la sexualité, Uta Ranke-Heinemann

Publié le par Jean-Yves

La religion catholique a eu notamment pour objet de condamner le plaisir sexuel, au supplice de devoir concéder la part inévitable du coït nécessaire à la procréation.



A l'origine, il y a le christianisme qui en butte au paganisme ambiant a développé son intégrisme. Il faut pourtant admettre que si le christianisme et plus tard le catholicisme ont si durement condamné l'hédonisme et l'amour des garçons, c'est parce qu'une partie de la société aspirait à cette contrainte masochiste.


Cet essai est une somme prodigieuse. L'auteure fut la première femme à occuper une chaire de théologie catholique, mais en 1987 on lui retira son enseignement parce qu'elle avait donné une interprétation théologique – et non biologique – de la virginité de Marie. Le nœud du problème est là. Les apôtres pour la plupart étaient mariés. Mais très vite le christianisme développe cette idée que le plaisir est le plus grand des péchés. Il fallait que Marie fut vierge coûte que coûte avant et après l'enfantement de Jésus. On réinventa l'histoire de Marie, et la femme à cause de la tentation qu'elle représente pour l'homme, devint suspecte d'une manière encore plus catégorique que chez les Anciens qui lui refusaient un rôle social.


Dans le droit fil de ce péché originel, tout ce qui se rattachait au plaisir fut puni, en même temps qu'on excluait les femmes (qui ne pouvaient être qu'impures) des lieux du culte jusqu'à préférer des castrats dans les chorales.


La répression fut considérable.


L'idéal, c'était un état impossible de célibat ou de mariage sans désir. Le coït interrompu par exemple était passible d'une peine aussi grande que le meurtre d'enfant ! Toute pollution nocturne ou éjaculation (même dans le vagin) qui n'était pas à fin procréatrice devenait un acte criminel.


Uta Ranke-Heinemann répertorie l'accumulation insensée de textes auxquels se livrèrent pendant des siècles moines et doctes (dont saint Augustin divorcé et père d'un garçon adoré qui mourut à dix-huit ans), ergotant pour savoir exactement quand l'acte conjugal pouvait être pratiqué sans pécher.


Il faut comprendre que la masturbation et la sodomie auraient permis la jouissance et la régulation des naissances : elles furent donc impitoyablement réprimées (et par conséquence les relations homosexuelles), passibles de peines très lourdes. Au point que femmes et hommes encore aujourd'hui, les regardent comme perversions dégradantes. Poids énorme des lois religieuses qui dictent toujours aux hommes d'aujourd'hui la manière de jouir.


Pourquoi l'homme se punit-il de jouir sexuellement, alors qu'il s'autorise si allègrement l'injustice, le crime et la guerre ?


■ Editions Hachette/Pluriel, 1992, ISBN : 2010190068


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