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Quelques pas de danse en famille, David Leavitt (Nouvelles)

Publié le par Jean-Yves

Dans Quelques pas de danse en famille c'est au plus délicat des maux que s'attaque David Leavitt, le mal des familles.


Les familles que met en scène l'auteur sont toutes des familles particulières, caractéristiques d'une certaine génération américaine des années 60 qui a choisi la liberté, milité pour de grandes causes et affirmé haut et clair ses envies et ses déterminations.


Les nouvelles racontent ce qui se passe après les révolutions sexuelles et familiales… au moment douloureux de la désillusion où on se demande ce que vont être les relations entre parents et enfants, sachant que le modèle de la vie familiale a été brisé.


Les personnages appartiennent à un milieu social particulier, qui a une manière de vivre spécifique. Ce ne sont pas les gens les plus riches, mais ils font partie d'un milieu plus aisé que les classes moyennes. L'auteur ne porte pas un regard de moraliste sur ce milieu social désabusé ; il ne s'érige pas en juge et ne condamne pas leurs illusions avortées. Ces nouvelles se bornent à un témoignage sec et lucide ; elles sont comme des polaroïds impitoyables qui figent l'instant au bord de la crise.



David Leavitt n'est nullement cruel : ses histoires reflètent une réalité qui, elle, est devenue cruelle, mais son approche est pleine de compassion.


Envers les homosexuels, qui sont au cœur de la plupart de ses nouvelles, David Leavitt ne se montre pas davantage complaisant ou sentimental. Il les observe avec la froideur de l'entomologiste qui dissèque ses insectes.


Dans la première nouvelle, par exemple, intitulée Territoire, il montre la difficulté, pour un jeune homosexuel qui vient de faire son coming-out, de vivre sa sexualité au sein de sa famille, même auprès d'une mère qui s'est pourtant montrée très compréhensive (elle vient l'encourager lors de la Gay Pride).



Dans la dernière, Dédicace, il raconte l'histoire d'une fille à pédés confrontée à un couple de garçons – ses meilleurs amis – qui ne pensent qu'à eux et se servent d'elle lorsqu'il s'agit de colmater les brèches. David Leavitt aime prendre le point de vue du personnage extérieur. Dans cette nouvelle, c'est le personnage hétérosexuel qui est extérieur, parce que c'est une fille hétérosexuelle qui vit dans un monde uniquement homosexuel. Son regard à elle devient ainsi plus juste.


Mais ce qui est passionnant, justement, dans le travail de David Leavitt, c'est que le personnage homosexuel, même s'il est la clé de la plupart de ses nouvelles, n'en est pas toujours le centre ; il est intégré à cette micro-société qu'est la famille et l'auteur s'intéresse tout autant aux réactions des autres qu'à celles du personnage homosexuel lui-même. Ainsi, dans Danny en Transit, c'est l'homosexualité d'un père (déclarée à quarante ans) qui agit sur le comportement du fils, Danny, et sur celui de la mère.


■ Editions J'ai lu, 2001, ISBN : 2290311766



Du même auteur : A vos risques et périls [nouvelles] - Le langage perdu des grues - Tendresses partagées


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