L'enfance, pauvre, de Paul Régnard se déroule dans les Vosges et est placée sous le signe d'un premier amour, d'une pureté et d'une passion telles que l'on ne peut en concevoir qu'à dix ans, pour un de ses camarades de classe, Philippe Huyghens, fils de grands bourgeois.



Je savais qu'il [Philippe] quittait Saint-Romont l'après-midi même. Je le voyais « pour la dernière fois ».

— Philippe, je voulais te dire aujourd'hui...

J'avais dû prendre un ton solennel et il me regarda comme si j'allais lui faire une nouvelle scène sans motif, ce qui ne m'était plus arrivé depuis longtemps.

— Non, dis-je, c'est idiot... je voulais dire que jamais...

— Allons, si c'est idiot, garde ça pour toi.

Je voulais lui dire que je l'aimais comme je n'avais jamais aimé personne. Je voulais le lui dire aujourd'hui que j'étais content de moi, et c'était un peu pour lui faire partager mon prix d'excellence. L'idée me vint alors de lui offrir les livres que j'avais sous le bras, deux gros livres bien encombrants.

— Ces livres, ça te ferait plaisir ? demandai-je.

Il n'eut pas l'air d'avoir entendu la question.

— Voilà ton père qui te cherche, me dit-il.

[…] Était-ce d'amour qu'il s'agissait ? Un jour que je revenais à vélo de chez les Huyghens, j'avais rencontré un camarade de classe – Greslou – qui m'avait crié : « Toujours chez Huyghens ? Alors, c'est le grand amour ? » Je m'étais senti environné de gloire. La gloire, c'était l'amitié de Philippe, autrement importante qu'un prix d'excellence. En fait, grâce à Philippe, j'avais découvert cette année-là un monde nouveau. Si j'avais compris ce qui se passait en moi, ma mère aurait pu devenir pour moi une confidente idéale, puisqu'elle-même avait été transformée par la rencontre d'Albert Kreutzer (mais elle eût peut-être estimé que ce n'était pas la même chose). Sans doute verra-t-on une raison de mon amitié dans le prestige social qui revêtait indirectement Philippe. Mais il y a des raisons à tout : Philippe, de son côté, voyait en moi le premier de la classe. Je croyais aimer Philippe pour lui-même et ne me trompais pas.


Jacques Brenner


■ in La rentrée des classes, Editions Grasset, 1977, ISBN : 2246004624, pp.127-128


Publié dans : CITATIONS
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Homosexualité(s) et Littérature

sous la direction de Benoît Pivert


Le chasseur abstrait éditeur, cahier de la RAL,M n°10, mars 2009, ISBN : 9782355540448, 25 €



Vient de paraître

Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle

La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne
Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) : autour de Marc-André Raffalovich


Editions Orizons, 2008, collection “homosexualités”, ISBN : 978-2296038196



 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
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Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

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