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Prince et Léonardours, Mathieu Lindon

Publié le par Jean-Yves

Prince et Léonardours : la guerre sépare ces deux héros qui s'aiment d'amour tendre. Expérience terrible pour l'amour, mais enrichissante pour l'individu, elle emmène d'aventures en péripéties vers de superbes retrouvailles.




Il était une fois, dans la maison de Requin-jardin, deux jeunes gens très beaux qui s'aimaient follement ; ils se le prouvaient aussi souvent que possible. Or, un matin qu'ils s'embrassaient partout et se faisaient mille chatteries, un soldat (car c'était la guerre) frappa à la porte. Prince, l'un des deux amours, alla ouvrir. Le soldat, lui aussi, était beau ; mais déterminé : il lui fallait Léonardours, pour le faire prisonnier. La guerre se fout... chanson connue.


Ainsi commence le roman de Mathieu Lindon : dans la plus pure tradition des histoires au coin du feu. Utopie des paysages, des villes, mystère douillet de cette guerre, des traîtres et des résistants, des soldats méchants et braves, phrases simples et cristallines comme dans les contes de fées d'antan. On s'y tromperait, n'était que les deux petits personnages couchent ensemble et que les différentes rencontres qu'ils vont faire seront autant de découvertes érotiques à ajouter à leur actif.


Il y a plus. Ce conflit mystérieux dans lequel le pays tout entier s'agite, où militaires et civils se poursuivent, s'emprisonnent, se torturent et se tuent, offre des scènes qui procèdent d'une tranquille cruauté :


« Ses bourreaux réveillent Léonardours pour le refaire crier devant la trappe électronique. Il ne révèle rien et on l'emmène dans une autre pièce où une quinzaine de personnes sont présentes, dont de simples soldats. On le fait déshabiller et il n'est d'abord pas mécontent de quitter ses vêtements trempés. Nu, les autres l'observent, il garde les mains croisées derrière la nuque. Les ennemis sont assis et, l'un après l'autre, lui soupèsent les couilles, lui lissent la bite, lui écartent les fesses en l'obligeant à se plier en avant, le fouillant des doigts - puis le présentant à leur voisin. Léonardours passe ainsi d'homme en homme. » (p.82)


Les contes pour enfants, objectera-t-on, connaissent ce même type de perversité ; des fessées cul nu de la comtesse de Ségur aux sorcières qui se vengent sur de jeunes beautés, la liste est longue !


Il faut lire ce roman avec un regard d'enfant, à la fois frais et canaille, aimer comme autant de complices ces personnages aux prénoms enchantés, Italie, Village, Biscotte ou bien Serge-lapin, et se laisser porter par la beauté du texte :


« L'amour est ensorcelant car on ne pense qu'à Prince, il a beau y penser en permanence il n'y pense jamais vraiment car il ne sent plus la douceur de son dos sous ses doigts, ni l'odeur et l'humidité du corps s'ensuant tandis qu'ils commencent à baiser dans la chaleur. L'amour est magique mais il est souffrance, et la souffrance est le plus grand danger. » (p.19)



■ Editions POL, 1987, ISBN : 2867440750



Du même auteur : Nos plaisirs [Pierre-Sébastien Heudaux] - Le livre de Jim~Courage


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