Jeudi 17 novembre 2005

L'homosexualité est loin d'être absente du cinéma d'Alfred Hitchcock, bien que ce dernier ait toujours joué les étonnés quand on le lui faisait remarquer. La Corde, en est le meilleur exemple.


Dans ce film, Brandon (John Dall) et Philip (Farley Granger) partagent un bel appartement où ils donnent une fête, et qui sert de décor au film tout entier : dans le coffre sur lequel sont rassemblées les victuailles, gît le cadavre de leur ami David, dont le père est cyniquement convié à cette soirée funèbre. C'est en Brandon surtout qu'est incrusté le mal, c'est lui qui manigance tout, c'est lui qui mène la danse.


Son beau Philip est terrorisé par son assurance et en même temps fasciné : «Tu m'as toujours fait peur, dit-il à Brandon, ... cela fait partie de ton charme ».


Il faut donc considérer que le véritable criminel est Brandon ; il veut que ce crime soit un chef-d'œuvre pour maintenir sur Philip, en l'épatant au maximum, son pouvoir de séduction ; quant à Philip, il a suivi son ami jusque dans cet acte abominable pour mériter son attachement.


Pour pousser le vice et le goût du risque jusqu'au raffinement, Brandon a invité un de leurs anciens professeurs, Rupert (James Stewart) qui se plaisait à enseigner l'apologie du crime comme un art réservé à une élite supérieure. Cette présence affole Philip, qui sait bien que Rupert est capable de découvrir le pot aux roses. Autres invités : le père de la victime donc, la fiancée de la victime, le rival de la victime auprès de la jeune fille, la fofolle Madame Atwater (tante de la victime) et la gouvernante Madame Wilson.


Tout le film est construit sur le contraste croissant entre l'attitude toujours flegmatique de Brandon et celle, de plus en plus paniquée au fur et à mesure que le regard de Rupert pressent la vérité, de Philip.


Même si Brandon a eu une liaison avec la fiancée de la victime (étant donné l'époque et le milieu, on peut supposer qu'il ne s'agit que d'un flirt), son intimité avec Philip est évidente : souvenirs de week-ends à la campagne (où Rupert eut d'ailleurs l'occasion de se rendre), projet de vacances ensemble après cette soirée, référence dans le dialogue à la chambre, dans cet appartement qu'ils partagent au vu et au su de tout le monde, la gouvernante parlant du lit en déclarant qu'aujourd'hui les deux jeunes gens se sont levés du mauvais côté (c'est-à-dire paraissent un peu nerveux).


Il y a aussi la musique choisie par Hitchcock et que le beau Farley Granger (Philip) interprète au piano, tandis qu'il est prêt à craquer, le visage craintif et les sens en alarme. Rien n'étant laissé au hasard dans un film d'Alfred Hitchcock, cette musique, le Premier Mouvement perpétuel de Francis Poulenc, prend une signification symbolique. Outre que Poulenc n'a jamais fait mystère de son goût pour les garçons, cette mélodie prend l'allure d'une sorte de code entre les deux amants, d'une sorte de mot de passe qui d'ailleurs intrigue Rupert, curieux du moindre détail.


La Corde est un authentique petit bijou de mise en scène, de dialogues et de perversité. L'air de bête traquée de Farley Granger donne un charme étrange qui participe aussi de la beauté du film.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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