Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Louis XVIII et ses favoris…

Publié le par Jean-Yves

Comme son frère Louis XVI, le jeune Comte de Provence (1755-1824) souffrait d'une infirmité congénitale qui lui rendait douloureux tout acte sexuel. Après quelques années de chasteté forcée, Louis XVI s'était fait opérer et avait pu honorer la reine Marie-Antoinette. Le Comte de Provence, quant à lui, refusera l'opération et restera toute sa vie incapable de montrer sa virilité. Il se mariera pour la forme, car il ne pouvait avoir d'enfants.

 

Le jour où le roi Louis XVI se fait arrêter à Varennes, le Comte de Provence réussit à s'enfuir en Belgique. Lorsque le jeune Louis XVII meurt, son oncle se proclame héritier du trône de France sous le nom de Louis XVIII, et devient le chef des émigrés. Il poursuit sa vie d'exilé à Vérone, chez le Tsar de Russie, à Varsovie, enfin en Angleterre. Après le coup d'État de Brumaire, il écrit à Bonaparte pour lui demander de restaurer la monarchie. Celui-ci refuse poliment : Louis XVIII devra attendre la chute de l'empereur pour rentrer à Paris, le 3 mai 1814, dans les bagages des armées Alliées victorieuses de Napoléon.

 

Dans la charte constitutionnelle qu'il donne aux Français, Louis XVIII veut effacer la Révolution, mais il ne réussit qu'à mécontenter l'opinion publique. Napoléon ayant quitté 1'île d'Elbe réussit à reprendre le pouvoir sans user de la force. Cela montre à quel point la première Restauration était impopulaire. Louis XVIII se réfugie à Gand. Moins de Cent Jours après, c'est Waterloo et Napoléon part pour Sainte-Hélène.

 

Le 8 juillet 1815, Louis XVIII rentre à Paris accueilli un calembour du bon peuple : « Vive notre père de Gand ! » Le roi a soixante ans, il est obèse, impotent et bientôt il ne quittera plus son fauteuil roulant. Mais il a conservé l'esprit alerte, de la finesse et du bon sens. Il veut une politique libérale, face aux ultras réactionnaires de son frère le Comte d'Artois (futur Charles X). Il parvient à modérer les exigences des armées Alliées qui occupent la France, et tente de limiter la « Terreur Blanche », cette réaction de vengeance des aristocrates contre les partisans de Napoléon.

 

Impuissant, il se console de ne pouvoir faire l'amour, en racontant des histoires égrillardes et il adore qu'on lui en raconte. Sa femme est morte et les conventions de l'époque font qu'il doit afficher des maîtresses. Madame de Balbi, Mademoiselle Bourgoin, Madame de Mirbel et Madame Princeteau (sœur de Decazes), tiennent successivement ce rôle. Selon le propre témoignage de ces dames, le roi ne dépassera jamais le stade des petits jeux, badinages, attouchements et câlineries qui demeurent chastes.

 

Bientôt il se lasse des dames, et sans crainte du « qu'en dira-t-on » s'attache ouvertement à de jeunes hommes. Tout d'abord le comte d'Averay, qu'il comble de bienfaits, puis le duc de Blacas qu'il nomme pair de France et premier ministre. Malheureusement Blacas fait partie de ces émigrés qui n'ont rien oublié et rien appris. Il veut gouverner comme si la Révolution n'avait pas eu lieu, et bientôt les conseillers du roi demandent sa destitution. Cet acharnement contre son protégé suscite de la part de Louis XVIII cette réflexion amère : « On pardonne ses maîtresses à un souverain, on ne lui pardonne pas ses favoris. » La mort dans l'âme, le roi cède, et envoie Blacas comme ambassadeur à Naples. Mais pendant les semaines suivantes il ne cesse de pleurer en s'écriant : « Il est parti mon petit ! Comme je l'aimais mon petit enfant. Ah ! les gredins ils m'ont retiré ma vie... »

 

Un mois plus tard Louis XVIII avait trouvé un nouveau favori : Elie Decazes. Ce très bel homme de trente cinq ans avait été fonctionnaire de l'Empereur, puis, sous la Restauration avait succédé à Fouché comme ministre de la Police.

 

Chateaubriand dans Mémoires d'Outre-Tombe [Deuxième partie, Livre I, Chapitre 4] s'étonne de la passion de Louis XVIII pour Decazes :

« Se fait-il dans le cœur des monarques isolés, un vide qu'ils remplissent avec le premier objet qu'ils trouvent ? Est-ce sympathie, affinité d'une nature analogue à la leur ? Est-ce une amitié qui leur tombe du ciel pour consoler leur grandeur ? Est-ce un penchant pour un esclave qui se donne corps et âme, devant lequel on ne se cache de rien, esclave qui devient un vêtement, un jouet, une idée fixe, liée à tous sentiments, à tous les goûts, à tous les caprices de celui qu'elle a soumis et qu'elle tient sous l'empire d'une fascination invincible ? Plus le favori est bas et intime, moins on le peut renvoyer, parce qu'il est en possession de secrets qui feraient rougir s'ils étaient divulgués. »

Il faut lire entre les lignes. Par pudibonderie ou par hypocrisie, Chateaubriand se garde de nommer les amours royales. Mais que peuvent être ces « secrets qui feraient rougir » ?

 

Dans le désir de chasser Decazes, on trouve, chez les ultras, le souci de le remplacer par le duc de Richelieu, un premier ministre favorable aux idées réactionnaires du futur Charles X. Mais en écartant Decazes, ce n'est pas seulement le ministre libéral que les ultras chassent, c'est surtout le favori qui dispose de l'affection exclusive de Louis XVIII, et dont la liaison avec le roi fait jaser. Mais Decazes était toujours en place et le roi continuait à l'appeler son « cher petit », à l'embrasser – sur le front – en public et à lui envoyer journellement une correspondance très affectueuse. Un assassinat allait servir de prétexte.

 

Le soir du 13 février 1820, le duc de Berry, deuxième fils du Comte d'Artois, c'est-à-dire neveu de Louis XVIII, est assassiné par Louvel. Dès le lendemain, Madame du Cayla fait courir le bruit que c'est Decazes qui a poussé Louvel, par haine des ultras. Le roi devra céder à l'opinion publique et renvoyer son favori. Dans une autre lettre déchirante, Louis XVIII annonce à Decazes qu'il est nommé ambassadeur à Londres et il termine ainsi : « Viens voir le prince ingrat qui n'a pas su te défendre. Viens mêler tes larmes aux miennes. » Le jour de son départ, Decazes reçoit un dernier billet du roi : « Adieu ! C'est le cœur brisé que je te bénis. Je t'embrasse mille fois ! »

 

D'après Michel Larivière, Homosexuels et bisexuels célèbres, Editions Deletraz, 1997, ISBN : 2911110196, pp.225-226

 


Lire aussi : Dictionnaire des chefs d'Etat homosexuels ou bisexuels, Didier Godard, Editions H&O, 2004, ISBN : 2845470908, pp.171-175

 

Commenter cet article