Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'ambition des femmes par Elisabeth Badinter

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1980, dans L'Amour en plus (1), Elisabeth Badinter démontrait que l'amour maternel est un fait de culture. Un livre important dans le sens où livre-amorce, il permettait de s'interroger sur la sexualité des femmes par rapport aux enfants.

Dans Emilie, Emilie, l'ambition féminine au XVIIIe siècle (2), Elisabeth Badinter aborde – non pas comme l'indique le titre – l'ambition féminine (qui fait référence, me semble-t-il, à un trait de nature) mais l'ambition que pouvaient avoir des femmes privilégiées socialement et culturellement au XVIIIe siècle.

Elisabeth Badinter choisit deux femmes exceptionnelles : Madame du Châtelet qui traduisit Newton et fut une physicienne remarquable, et Madame d'Epinay qui imagina une nouvelle pédagogie et remit en cause l'éducation que Rousseau préconisait pour les femmes.

Afin d'expliquer leur ambition, Elisabeth Badinter dévoile leur itinéraire, éducation, mariages, rencontres, déceptions... Elle insiste sur les hommes remarquables qu'elles connurent, l'une eut pour amant Voltaire, l'autre Grimm.

L'ambition : rares sont celles qui ont pu en avoir, et quelle ambition ? Celle de détenir quelques pouvoirs d'un amant ou d'un mari ? L'ambition de Madame du Châtelet et de Madame d'Epinay est tout autre, c'est celle de l'esprit et la volonté d'être tout à soi.

En effet, Madame du Châtelet en devenant une des premières femmes scientifiques est sans doute une des premières, pour qui l'ambition se manifeste d'abord par la possibilité de vivre égoïstement, car cela, en même temps que l'éducation, est interdit aux femmes de cette époque. Or toute recherche demande du temps pour soi. En dehors de son travail intellectuel intensif, il lui faut répondre aux aptitudes sociales demandées à la femme. Elisabeth Badinter insiste sur les soins qu'elle prend pour sa toilette, afin de garder sa «féminitude», s'occupant de sciences «viriles» : il ne faut en aucun cas qu'elle ait l'air viril. Cela se comprend si l'on saisit tout ce qu'a d'injurieux alors le terme de «femme savante».

Madame d'Epinay choisit une voie qui, aujourd'hui, semble plus naturelle : celle de l'éducation. C'est celle que reprendront après elle de nombreuses femmes, car finalement, seule cette ambition leur sera accordée...

Madame du Châtelet demeure un cas jusqu'à l'arrivée de Marie Curie. La science reste un domaine réservé aux hommes... Toutes deux ont compris les limites faites à leur ambition et les ont dénoncées dans leurs correspondances, mais de là, à aboutir à une réflexion plus collective... Elisabeth Badinter refuse pour parler d'elles d'employer le terme de «génie» : peut-être leur génie vient-il du temps passé à combattre les préjugés, à apprendre...

Un approfondissement de la notion d'ambition, en établissant des parallèles avec des femmes du XIXe siècle, comme Camille Claudel enfermée par les hommes à l'asile, aurait permis de mieux saisir les obstacles qui ont limité et limitent encore l'ambition des femmes...

Dommage aussi que l'auteure n'ait rien dit sur l'ambition que pouvaient avoir les femmes qui aiment les femmes et qui choisissaient d'être elles-mêmes, pour être plus libres encore…


(1) L'Amour en plus : Histoire de l'amour maternel, XVIIe-XXe siècle, Elisabeth Badinter, Editions Flammarion-Champs, 1999 (nouvelle édition), ISBN : 2080811002

(2) Emilie, Emilie, l'ambition féminine au XVIIIe siècle, Elisabeth Badinter, Editions Le Livre de Poche, 1997, ISBN : 2253034843

Commenter cet article