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Le droit chemin, Michel Manière

Publié le par Jean-Yves

Le héros Pierre Dautun, jeune écrivain homo, qui a dépassé la trentaine et a obtenu, pour son dernier roman, le prix Médicis, est à un tournant de sa vie.

 

Au début de l'histoire, il vient d'enterrer sa mère, n'arrive plus à poursuivre le livre qu'il a entrepris et, de surcroît, se retrouve seul, car son petit ami, plus jeune que lui d'une dizaine d'années, après lui avoir déclaré « qu'il connaissait son trou du cul comme sa poche et avait besoin de mystère », s'est envolé pour les Etats-Unis, en quête d'aventure(s).

 

Face à son désert familio-sentimentalo-professionnel, il ne lui reste plus qu'Odile, une amie de longue date. Et pourtant, même avec elle, si proche et si présente, il comprendra que leur amitié, vieille de quinze ans, est terminée.

 

Cependant, Pierre Dautun tente de continuer à vivre et décide de quitter l'appartement qu'il partageait depuis plusieurs années avec son petit-ami-fugueur.

 

Un jour, il rencontre par hasard Jean, son ancien amant, un architecte de son âge. Lui aussi sort d'une histoire malheureuse. Les deux hommes vont alors s'offrir, inespérement, une parenthèse amoureuse pleine de respect mutuel et de tendresse. Pierre va t-il prendre le duplex ensoleillé de Montmartre et proposer à Jean, qui ne demanderait pas mieux, de le partager avec lui ?

 

Sur le point de s'engager dans cette voie, il fait marche arrière. Il ne croit plus à rien. En esthète parfait, en dandy accompli, il ne peut s'empêcher de trouver cette forme de bonheur un rien vulgaire. Il décide alors d'acheter un appartement, ou plutôt un vaste volume années 30, porte Molitor dans le XVIe, et l'aménage à la manière d'un élégant et froid tombeau. Dès lors, son destin est tout tracé…

 

Livre grave et léger, pathétique et drôle (il y a de nombreux passages irrésistibles) Le droit chemin est un très beau roman, dont l'écriture confirme un auteur attachant.

 

« Rassurez-vous. Je ne vais pas vous violer. Je n'ai aucune envie de vous toucher. D'ailleurs, ce qui entre autres me plait en vous, c'est précisément que vous n'aimiez pas les femmes. Regardez-moi dans quelle tenue vous êtes venu ici ! Je suis sûre que vous ne l'avez pas fait exprès. Une sorte de lapsus, d'« acte manqué »... Vous qui êtes plutôt dandy, à ce qu'on dit, vous êtes venu dans un jean élimé et moulant. On voit tout ! Vous êtes venu en pédé. Et vous avez bien fait. J'admire les gens qui aiment leur cul. S'aimer soi-même ou pas, la belle affaire ! Ce qui compte, c'est d'aimer son cul. Je suis grossière. C'est ma manière. Comme vous avez raison de ne pas toucher aux femmes ! Je ne connais rien de plus sordide et de plus dégradant que les rapports entre sexes opposés. Quel piège écœurant que celui de la nature ! La vue d'un gosse me fait vomir. Et la nature... si j'en ai sous mes fenêtres et devant ma maison, c'est pour mieux la tenir, pour mieux la dominer ! Vous voyez, tout en étant passablement fêlée, je suis lucide ! Plus lucide en tout cas que bien des gens « équilibrés ». J'ignore si vous vous y connaissez en jardinage... je vous le dis tout de même : la date de tailler les rosiers est passée. Je ne taillais pas les rosiers, tout à l'heure, je coupais leurs sales petits bourgeons. Bien sûr, j'en épargne quelques-uns : les plus beaux... les élus ! Hélas, je suis de plus en plus difficile. Le nombre diminue tous les jours. Cette année, je ne sais même pas s'il en restera un au bout du compte ! » (p. 124)

 

■ Editions P.O.L., 1986, ISBN : 2867440696

 


Du même auteur :

La fatalité célibataire : Trois histoires exemplaires plus une

A ceux qui l'ont aimé

Le sexe d'un ange

Les nuits parfumées du petit Paul

Du côté du petit frère

Parfois, dans les familles

 

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