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Les équilibristes, un film de Nico Papatakis (1991)

Publié le par Jean-Yves

Michel Piccoli y incarne un écrivain homosexuel, Marcel Spadice, en mal d'inspiration qui s'éprend d'un jeune homme, Franz-Ali Aoussine, dont il veut faire le plus grand équilibriste du monde.


Si Jean Genet a écrit le poème Le funambule, Nico Papatakis a réalisé Les équilibristes, en s'inspirant d'un épisode marquant dans la vie du poète : sa relation tumultueuse avec Abdallah, qui s'achèvera par le suicide du jeune homme, en 1964.


Marcel Spadice est-il un double exact de Jean Genet ? Ce dernier avait-il cette noirceur que Papatakis prête à son personnage ? Franz-Ali, interprété par Lilah Dadi, figure-t-il le reflet fidèle d'Abdallah, victime sacrificielle d'un cérémonial esthétique ? Le film n'est pas une biographie de Genet. C'est plutôt une transposition du personnage dans une situation dramatique précise : Spadice est un écrivain qui n'écrit plus et qui, pour compenser son manque de créativité, s'occupe de jeunes gens dont il cherche à faire des créations poétiques.


Le film explore le lien périlleux entre un idéal de poète – celui, par exemple, dans le texte du Funambule, d'en faire un danseur-étoile – et les désillusions dramatiques de la vie réelle.


Marcel Spadice cherche à se sublimer à travers Franz-Ali ; il veut être le maître du plus grand équilibriste du monde : une sorte de délire passionnel. Mais Franz-Ali déçoit l'ambition de Spadice : la trahison se situe à ce niveau. Spadice l'abandonne à cause de ça, sans aucune préméditation. En n'allant pas jusqu'au bout du délire, Franz-Ali n'est ainsi plus digne de son amour. Spadice a oublié qu'on ne peut pas faire, de quelqu'un, ce que l'on veut, contre sa volonté.


Intervient aussi Hélène qui, avec Spadice, forme un couple. Couple sans sexualité. Leur harmonie repose sur l'acceptation des rôles. Hélène sert seulement d'appât à Spadice et se soumet à ses exigences en la matière. Elle est sa rabatteuse. D'où cette phrase étonnante qu'il lui adresse : «Vous seriez étonnée de voir le peu d'hommes qui refusent de coucher avec un pédé. »


Il n'y a aucune scène d'amour entre Spadice et Franz-Ali. Et pourtant avec la scène où les deux hommes se rencontrent pour la première fois en tête à tête, au restaurant et puis avec cette autre, au pied du lit où ils n'ont pas touché au petit déjeuner, le spectateur a suffisamment d'indications tant dans leur violence que dans leur tendresse.



Film aux attouchements inutiles, à la gestuelle parcimonieuse, mais significative afin de mieux rendre compte de la passion. Et, si les rapports sexuels ne sont pas montrés, on peut même – à la limite – imaginer qu'ils n'existent pas...


A la fin, Franz-Ali veut mourir en héros, c'est pourquoi il met en scène sa propre mort dans une scène théâtrale : jouer les funambules sur le toit de sa maison. Il ne se suicide que par amour pour Marcel Spadice, après avoir refusé l'amour que lui offrait Hélène. Aimer, pour Franz-Ali, c'est se dépasser, atteindre à l'absolu.


A la parole de Spadice, « Quand tu as su que ta machine [ton corps] pouvait te dépasser, tu l'as brisée [en tombant] », Franz-Ali répond par son propre sacrifice. La passion, c'est le tragique, la torture, la souffrance.



Lire aussi la chronique du Dr Orlof


Du même réalisateur : La photo (1986)


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