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Entre Richard Wagner et Louis II de Bavière…

Publié le par Jean-Yves

Entre Richard Wagner et Louis II de Bavière peut se lire une sexualité considérée comme une arme.


C'est que l'irruption inespérée d'un monarque exalté dans la vie du compositeur Richard Wagner fut une solution magique aux énormes problèmes personnels et financiers du musicien.



Amour naïf que celui du jeune roi de Bavière pour le compositeur qu'il considère comme l'Unique :


« Mon seul ami, mon ardemment aimé ! Cet après-midi, à trois heures et demie, je suis revenu d'une magnifique excursion en Suisse. Comme ce pays m'a charmé ! J'ai trouvé là votre chère lettre : mes plus vifs remerciements pour elle. Elle m'a rempli d'un enthousiasme nouveau : je vois que l'aimé marche avec courage et confiance vers l'accomplissement de nos grands et éternels desseins.


Je veux abattre victorieusement tous les obstacles comme un héros. Je veux disperser tous les orages : l'amour a de la force pour tout. Vous êtes l'étoile qui brille dans ma vie, et vous voir me redonne toujours une ardeur nouvelle. Je brûle d'être auprès de vous, ô mon saint ! Mon adoré ! Je me réjouirais infiniment de voir mon ami ici, dans huit jours : nous avons tant de choses à nous dire ! Puissé-je renvoyer dans les ténébreuses profondeurs d'où elle a surgi la malédiction dont vous me parlez. Comme je vous chéris, mon Unique, mon bien suprême ! Soleil de ma vie ! » (1)


Mais si, chez Louis II, la fraîcheur du sentiment est irréprochable, il y a dans l'enthousiasme de Wagner pour le jeune roi des feintes de vieil acteur :


« Ce qu'il y a de prodigieux dans mon destin devient chaque jour plus beau. C'est le ciel qui m'a envoyé ce prince. Par lui, j'existe encore, je puis encore créer. Je l'aime. [...] Et à qui dis-je ces choses ? – A vous, ma chère et noble amie. Vous avez, avec moi, trouvé celui qui continue auprès de moi votre oeuvre d'amour, Celui auquel vous aspiriez avec moi et pour moi. Je sais que mon roi vous a prise, autant que moi-même, en affection. C'est pourquoi, je vous en prie, venez nous rejoindre ici et remerciez-le pour le bonheur qu'il vous a préparé... » (2)


Suscitée par Louis II, l'autobiographie de Wagner, Ma vie, mêle les aveux les plus francs et les dissimulations les plus stratégiques : il ne fallait scandaliser le roi, ni par trop de fidélité aux positions politiques des années de Dresde, ni par trop de détails sur la rencontre avec Cosima.


Dès lors, la sexualité apparaît comme une arme dont il faut savoir user parfois pour obtenir satisfaction. Wagner l'a bien compris qui n'hésite pas à utiliser à son profit les sentiments amoureux d'un roi trop fragile et romantique.



(1) in Un roi wagnérien. Louis II de Bavière, Jacques Bainville, Nouvelle Librairie Nationale, 1911, pp.252-253

(2) Op. cit., pp.35-36


LIRE aussi : André Fraigneau, Le Livre de Raison d'un Roi Fou - Louis II de Bavière & Catulle Mendès, Le Roi Vierge


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