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La fonction, Jean-Marie Besset [Théâtre]

Publié le par Jean-Yves

La fonction est une pièce de théâtre représentant deux homosexuels qui ne sont ni des personnages ridicules ni les sujets centraux. Elle raconte les jeux de pouvoir et de séduction entre deux hommes, Eden et Adamson : quand les désirs se conjuguent pour former un nouvel ordre amoureux.



Dans l'univers glacé d'un appartement ultra-chic, Adamson sort de la chambre d'un certain Eden – le mal nommé – avec qui, il vient de partager une nuit d'amour. Mais le jeune et beau Adamson confond liens et liaisons : il aura tôt fait de se heurter à l'absence de sentiments, et sera exclu sans raison apparente de ce jardin d'Eden à peine entrevu.


Au schéma du naïf éprouvé par un cynique se superpose le scandale d'un jeune homosexuel humilié dans son homosexualité même, par un homosexuel riche, puissant et plus âgé.


Douloureux sevrage aussi pour la concurrente directe d'Adamson, Jouve, dont le ventre est loué par le maître des lieux, Eden, pour s'assurer une descendance sans engagement sexuel.


Jouve et Adamson sont deux données inattendues qui viennent se ficher dans le tissu impeccable d'une existence calculée au désir près : tous deux réclament amour et reconnaissance tandis qu'Eden rêve d'un monde sans femmes et sans trop d'émotion.


Deux demandes de couple se font jour dans cette pièce, de la part de Jouve et de la part d'Adamson, même si Jouve a un avantage qui est d'être déjà dans la place.


La fonction rappelle qu'il y a des êtres qui sont pris puis aussitôt jetés. On pense souvent que les rapports amoureux sont régis par un certain nombre de règles comme par exemple : si deux personnes vivent ensemble et si l'une a une aventure, la tierce personne est censée apparaître puis disparaître. On admet généralement que cet autre – ce tiers – n'a rien à dire… Et pourtant qu'est-ce qui l'empêche de tomber amoureux ? Qu'est-ce qui empêche celui qui est pris, pour un soir ou deux, de tomber amoureux de celui qui le traite ainsi ? Peut-être y a-t-il même un exercice de pouvoir de la part de celui qui chasse l'autre, le petit matin arrivé…


Cette pièce rappelle que coucher n'est pas connaître. L'intimité physique trouble, elle donne une connaissance de l'autre instinctive qui procure un sentiment de sécurité. Mais le lendemain arrivé, on s'aperçoit qu'on ne sait rien d'une manière rationnelle.


Si personne ne meurt dans la pièce, il y a pourtant une suite de petites morts accumulées. Il y a dans la maison d'Eden, quelque chose d'inhabitable et il y a de quoi trembler pour l'enfant, porté par Jouve, qui va naître là.


■ Editions Actes Sud, collection Papiers/Théâtre, 1992, ISBN : 2869431260


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