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L'homme au mégot, François Joly

Publié le par Jean-Yves

Algérie, 1962. L'armée française est prise en sandwich entre le FLN et l'OAS. Par la faute d'un lieutenant sadique, le bidasse Ledutal (surnommé Bix) perd son ami André :


« Bix hurla, pleura, se tapa la tête contre les murs, en pleine hystérie, et les copains découvrirent avec stupéfaction qu'entre Bix et le caporal André il y avait eu plus qu'une simple amitié. » (p. 96)


Bix, dès lors, ne sera plus le même. Trente ans plus tard, quand la police poursuit un Zorro flingueur qui supprime tous azimuts « la vermine que la société n'a pas le courage d'éliminer » (p. 174), Pierre Curveillé comprend, à un indice que lui seul peut relever, qu'il s'agit de Bix : Bix qui un jour lui a « sauvé l'honneur » (chapitre IX), et un autre la vie (chapitre XII).


« Parmi les rares détails fournis aux journalistes par les gendarmes, il était mentionné que l'arme du crime était une vieille MAT 49 et que, dans une douille de 9 mm que le tueur avait sciemment laissée sur le terrain, on avait trouvé un mégot écrasé. » (p. 40)


Sans hésiter, Curveillé vole au secours de la raison du vieux Bix...


« Je ne veux rien, dit Curveillé. Quand j'ai senti que c'était toi, je voulais te sauver, te sortir d'un engrenage, de ta folie. Je t'imaginais complètement dingue, en proie à l'hystérie. J'ai fait toutes les suppositions allant jusqu'à te voir moitié clochard, moitié gaucho, bourré de tics, vivant dans une zone, faisant les poubelles, rentrant dans ton squat, le soir, pour préparer tes expéditions punitives. […] je voudrais comprendre.

— Il n'y a rien à comprendre. […]

— Bon. Je ne vais pas entrer dans des considérations philosophiques, ni dans le principe que tu n'as pas le droit de t'ériger en justicier. […] On n'a pas supporté la mort du caporal André.

— Ne parle pas de ça !

— Si, il faut qu'on en parle. Les photos sur la table basse, avec ton ami, c'est le même regard, la même intensité.

— Arrête, tu dis des conneries.

— Non, j'ai besoin de savoir, il ne faut pas que je sois venu pour rien.

— Tu ne peux pas comprendre. C'était platonique. Oui, on s'aimait. A notre façon. C'est à sa mort que j'ai compris. Pendant un temps, j'ai refusé l'évidence. Je me suis enfermé dans la négation de cet amour impossible. J'en suis sorti, un jour, grâce à d'autres hommes, à un autre homme enfin. » (pp. 174/175)


Un régal, ce polar ! Intelligent, efficace, aussi haletant dans le réquisitoire que dans la tendresse. Rare cette histoire d'un hétéro qui vient sauver la mise à son pote pédé et son petit ami.


■ Editions Gallimard/Série Noire, 1990, ISBN : 2070492478



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