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A l'école, quand un élève perd le droit d'être un homme par Robert Musil

Publié le par Jean-Yves Alt

Robert Musil (1) montre le sombre rituel de la mise sous tutelle du malheureux Basini par ses camarades de l'école de W. où Törless est interne. Simple voleur en mal d'argent au départ, mais de caractère faible, Basini va être la victime d'un mécanisme aux relents de nazisme avant la lettre :

« Il ne mérite aucune pitié, que nous le dénoncions, que nous l'assommions, ou même que nous le torturions à mort par pur plaisir. Je ne puis concevoir qu'un type de ce genre ait le moindre rôle à jouer dans le merveilleux mécanisme de l'univers. »

En étant le pédéraste qui abandonne son corps progressivement à tous, Basini a perdu le droit d'être un homme. On déshabille Basini, on le fouette jusqu'au sang, et Törless sent monter en lui aussi un désir bestial.

Du Je suis un voleur, Basini doit accepter de passer au pacte définitif :

« Je suis une bête sournoise, votre bête sournoise et vile. »

La suite est logique, Törless suit désormais toutes les leçons de ses professeurs en se disant :

« Si tout cela doit vraiment nous préparer à la vie, comme ils disent, il doit bien s'y trouver aussi quelque reflet de ce que je poursuis. »

Basini devient donc, victime et complice, l'esclave sexuel, l'objet qu'on tourmente. Mais il y a dans ce garçon une sombre inclination à son sort. Cela, Törless, pris au piège de sa propre sensualité, ne le comprend pas d'abord, ne le comprend enfin que quand Basini se glisse dans son lit :

« La sensualité qui s'était lentement insinuée en lui à chaque accès de désespoir avait pris maintenant toute sa force. Elle était couchée nue à côté de lui et lui couvrait la tête de son souple manteau noir. Elle lui soufflait à l'oreille de tendres conseils de résignation, elle écartait de ses doigts brûlants, comme inutiles, toutes questions et tous devoirs. Elle murmurait : dans la solitude, tout est permis. »

Avec Basini, Törless assouvit la secrète et mélancolique sensualité sans objet de l'adolescent.

Plus tard, il sera « au nombre de ces natures d'intellectuels ou d'esthètes qui trouvent un certain apaisement à observer les lois et même, partiellement, la morale officielle, un certain degré d'immoralité au lycée passant même pour une preuve de virilité et de courage... »


(1) Les désarrois de l'élève Törless de Robert Musil

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