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Maïté Coiffure, Marie-Aude Murail

Publié le par Jean-Yves Alt

Louis Feyrières est un collégien de quatorze ans. Il est en classe de troisième et s'ennuie à l'école. Pour cette dernière année de collège, il doit effectuer un stage d'une semaine dans une entreprise.

Son copain Ludovic (à vrai dire, cette relation est plutôt asymétrique car si Ludovic apprécie Louis, il n'en va de même dans l'autre sens ; il faut dire que les deux adolescents sont bien différents : Ludovic est excellent élève et assez conformiste, Pierre pas du tout.) l'effectuera, grâce aux appuis de son père, dans une station de radio branchée. Louis s'en moque et quand sa grand-mère lui propose d'en parler à sa coiffeuse, il accepte sans enthousiasme. Pour lui, autant faire simple.

Le père, un chirurgien réputé (et qui tient à sa réputation) n'y voit pas de la même manière : coiffeur est un métier sans aucun avenir. Ludovic trouve cela ridicule et dit tout en tournant le poignet que les coiffeurs sont tous des « Michoubidou » (page 14)

Pourtant Louis va se plaire au salon "Maïté Coiffure" car pour la première fois, il va rencontrer des personnes qui croient en lui. Si bien que le stage terminé, il invente un mensonge incroyable (tous les enseignants du collège sont en grève) pour pouvoir continuer à aller au salon, la semaine suivante.

Là, il découvre les prémices de l'amour avec Clara ou peut-être tout simplement un sentiment d'empathie très fort vis-à-vis de cette jeune femme maltraitée par la vie et par son compagnon. Il subit aussi les assauts de Garance, l'apprentie, qui le trouve plus que mignon et qu'elle aimerait bien avoir comme amant. La timidité, la retenue de Louis fera croire à la jeune délurée qu'il est pédé.

Il y a aussi Fifi (Philippe Loisel), un jeune coiffeur homosexuel, qui excelle avec sa paire de ciseaux et qui est toujours de bonne humeur (on découvrira, petit à petit, sa vie, beaucoup moins rose qu'il ne l'affiche au salon : le garçon dont il a toujours été amoureux, Manfred, vient de mourir du sida - page 131) sans oublier la patronne Maïté, ne quittant jamais son comptoir (pour cause, elle est paraplégique depuis un accident de voiture où elle a perdu son fils - de l’âge de Louis - et son mari).

Louis, jusque-là introverti, va montrer des capacités à développer des sens créatifs les plus étonnants, à travers la décoration du magasin, une campagne publicitaire pour le salon "à sa façon", la coupe des cheveux (de sa petite sœur, de sa grand-mère, des poupées…) sans oublier une obstination à faire accepter à son entourage un projet - son tout premier - qui lui tient totalement à cœur.

Louis n'a aucun préjugé concernant Fifi et son homosexualité. Il voit en lui, un garçon prêt à l'aider et à le soutenir avec une totale empathie dans sa démarche.

A aucun moment, l'auteur ne s’appesantit sur les différences de chacun. Les personnages sont finement approchés par Marie-Aude Murail : chacun (de Louis à son père en passant par Maïté et Clara) étant - à la fois bouleversé et "réveillé" - par des sentiments qui montrent leur extrême fragilité. Il n'y a aucune lourdeur dans ce roman. Tous les personnages, très attachants, se découvrent au contact les uns des autres (comme dans la vie réelle), même quand cela passe par des paroles et/ou des actes douloureux et regrettés.

La réussite sociale de Louis dans les toutes dernières pages est à mon avis de trop : je comprends qu'elle réponde aux inquiétudes initiales du père mais elle gâche ce qui fait la profondeur de ce roman et par là-même, une part du plaisir qui en découlait.

Il reste que "Maïté Coiffure" est un très beau roman sur l'amour, le savoir-vivre et l'affirmation de soi.

■ Maïté coiffure, Marie-Aude Murail, Editions Ecole des Loisirs Médium, 2004, ISBN : 2211071791


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

Commenter cet article

Marwane 19/11/2015 20:15

Comment la propriétaire du salon de coiffure a t elle pu l acheter

Jean-Yves Alt 19/11/2015 20:22

Je suis désolé, mais je ne suis pas chargé de répondre à des questionnaires scolaires. Cela dépasse le rôle de ce blog.