Lundi 28 novembre 2005

On n'écrit que sur la solitude et l'écriture est acte de survie qui, inlassablement, bâtit une pyramide où enfermer la mémoire.



René de Ceccatty appartient à cette famille d'écrivains en marge du branle-bas littéraire, où la création reste le talisman anti-mort, l'unique ressource vitale.


Pourquoi cette délicieuse souffrance en lisant Esther ? D'abord, sans doute, parce que je peux magnifier mes désarrois à travers le récit d'Esther. Mais, au-delà, mon goût des livres, cette monomanie qui me limite au manège des mots, me donne une autre explication. Dans ce roman René atteint la transparence : il sait, définitivement, que le texte est un voyage clandestin qui nous ramène aux sources de nos secrets en détruisant la mystification.


Esther dans son corps de femme est un homosexuel, mais en écrivant seulement cela, je truque grossièrement les cartes. Esther est une voix qui décrypte la signification profonde de l'amour entre hommes.


René de Ceccatty est un des rares écrivains qui ait compris la portée mythologique de l'homosexualité. Cela dépasse le goût d'un corps similaire. Esther, homme ? femme ? L'important, ce sont les lisières du non-dit, la tendresse en filigrane quand les êtres se figent soudain, l'espace d'une clarté révélatrice, extirpés de la trajectoire des codes et de l'oubli.

« Elle pense à ses rencontres, à la persistance du passé mort... Esther appartient à plusieurs temps. »

Les personnages de ce roman ont en commun l'amour de la fuite : voyageurs éternels, ils glissent d'hôtels en appartements vides, se recueillent au bord des mers, se cherchent dans les villes, entraînent les compagnons sans voix au cœur des forêts. Ils ne connaissent que les déserts et les chambres de passage où se dévore la passion. Ils ont le goût des cérémonies secrètes.

« Les premiers gestes de l'amour sont d'abord une réconciliation avec son enfance. »

Esther, Samantha, Giugna, Olivier, Michel vivent en marge des projets, des clans, des familles. Ils se tiennent, fragiles et têtus, sur la pointe extrême de l'adolescence. Orphelins, leur vie est un pèlerinage contre le temps. Nando, Noureddine jaillissent parfois pour une religion des corps qui occulte, l'espace d'un moment, la solitude.


Une solitude qu'ils portent ensemble, vigilants, chacun, à la souffrance de l'autre.


■ Editions La Différence, 1992 (réédition), ISBN : 2729100962



Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Adresse de trackback pour cet article :

http://ann.over-blog.com/trackback.php?ref=51799&ref_article=1287898
ajouter un commentaire créer un trackback  

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



RECHERCHE THEMATIQUE par TITRE

 

Littérature & Homosexualité

 

 

Littérature jeunesse & Homosexualité

 

 

Histoire & Homosexualité

 

 

Cinéma & Homosexualité

 

 

Philosophie

 

 

Arts

 

 

Citations & Homosexualité

 

 


 

Rechercher

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Texte Libre 2

 

 

 

 

 

 

 

 

"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

 affiche-affiche-pierre-et-gilles-contre-homophobie.jpg

 

 

 

« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

ISIDOR.jpg

 

 

« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

undefined

 

 follement-gay-lyon.gif

 

« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

REFERENCE-INFO.jpg

 

undefined

 

C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

Esprits Libres: votre Magazine

 


 

ASSOCIATION
POUSSE-POUSSE

 

undefined

 

Aidons les enfants du Vietnam

 


 

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
 
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus