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Béni ou le paradis privé, Azouz Begag

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, l'écrivain Azouz Begag entraîne ses lecteurs sur les chemins quelque peu sinueux de l'adolescence, à la suite de son jeune héros, Ben Abdallah Bellaouina, alias Béni.

Béni, c'est un joli surnom, parfois pourtant un peu difficile à porter quand on est un jeune Algérien et que l'on vit dans une cité périphérique de Lyon, un ensemble de grands bâtiments inhumains, le genre de quartier dont on ne peut pas dire que les enfants en soient les princes.

Certes, Béni est un adolescent comme les autres, il partage son temps entre la famille, l'école et les premiers émois inquiets de l'éducation sentimentale. Comme les autres, mais pourtant victime d'une hostilité d'autant plus pernicieuse qu'elle est diffuse. Pas de bavures, pas de grandes tragédies, mais un racisme qui n'en est ressenti que plus violemment dans ces anodines manifestations quotidiennes : l'obstination des professeurs de Béni à écorcher son nom, la suspicion de ses voisins, qui le font se sentir coupable d'emprunter l'ascenseur, la difficulté d'établir des rapports amicaux avec des camarades lyonnais de souche, etc.

A cette agressivité latente s'ajoute pour Béni le poids de traditions familiales voulues inamovibles, les vaines tentatives du chef de famille Abboué, pour préserver une identité en butte à l'évolution du monde qui l'entoure.

Ces problèmes d'identité qui sont au centre du roman, Béni les supporte avec une lucidité à toute épreuve et un humour corrosif.

Avec beaucoup de tendresse, Azouz Begag fait partager les nombreuses péripéties de cette évocation nostalgique du temps de l'innocence, une innocence sans cesse menacée par des codes sournois et inflexibles.

Mêlant avec bonheur, langage parlé, exclamations, expressions familiales et réflexions plus ou moins philosophiques, l'auteur montre le délicat apprentissage par son jeune narrateur de l'amour, de l'amitié, mais aussi de la révolte et de l'indifférence. Même si Béni se voit refuser l'entrée du Paradis, une boîte de nuit privée, il est sauvé de cette injustice omniprésente par une grande passion partagée pour une jeune fille blonde qui, subtile ironie, répond au doux nom de France.

■ Béni ou le paradis privé, Azouz Begag, Editions du Seuil/Points, 2005 (réédition), ISBN : 2020800330

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