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Deux trous rouges au côté droit, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves

Un roman qui n'a de policier que le prétexte, encore que composé avec une vertigineuse rigueur et un sens aigu du suspense.

 

Brillant député sur la Côte d'Azur, Jérôme Deckert, la quarantaine et plein de charme, voit son existence placée sous le signe d'une triple réussite. Issu d'un milieu modeste, il se retrouve à la tête d'un riche empire immobilier, marié à une femme exquise dont il a eu deux beaux garçons. Par-dessus le marché, ses talents politiques et la popularité dont il jouit dans la région le désignent comme un futur ministre.

 

Bref, étincelante carrière que paraissent compromettre, l'espace d'une saison – le temps d'un roman –, les manœuvres peu catholiques dont il va être la bienheureuse victime.

 

A la faveur d'un cocktail inaugurant ses quarante-cinq ans, Jérôme Deckert voit débouler dans son existence un jeune Américain, Steven, d'une rare beauté soi-disant venu en France pour suivre un stage politique. Pris dans le tourbillon des mondanités, Jérôme Deckert ne prend pas le temps de réagir avec toute la vigueur souhaitée contre l'intrusion bizarre de cet inconnu qui, aux charmes de son physique irrésistible, joint la pétillante arrogance de qui a toujours vu ses caprices exaucés.

 

Très rapidement, le lecteur apprend le véritable motif de la présence de Steven, gigolo de première classe qui a reçu pour mission de séduire le député et de compromettre salement sa carrière politique.

 

La machination est née dans la tête d'un personnage dont la vie a été marquée par un drame qu'il a lui-même provoqué. Au fil des années, sa culpabilité est devenue un besoin quasi obsessionnel de vengeance. Il croit pouvoir détruire ce député, beau, intelligent, peut-être futur ministre, à qui tout réussit. Et comment mieux le compromettre qu'en le menaçant de révéler ce qu'il croit être une homosexualité passée et refoulée. C'est sa vérité à lui.

 

Le curieux, c'est que le député, à mesure qu'il apprend la vérité sur son gigolo d'hôte, ne réagit pas par une saine violence comme on eût été en droit de s'y attendre. Est-ce parce qu'il veut à toute force savoir qui se trouve à l'origine d'une machination aussi machiavélique – lui qui ne se connaît pas d'ennemis – ou pour une raison plus mystérieuse que lui-même ne parvient pas à s'avouer tout à fait ?

 

Par-delà les rebondissements d'une intrigue délicieusement insolite, tout le charme de ce roman tient dans cette ambiguïté du député à l'égard de cette relation homosexuelle que, sans la rejeter tout à fait, il tient à une distance respectueuse, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive que le jeune garçon américain, rompu à toutes les ruses de la séduction, lui avoue une véritable passion.

 

Sombre machination suivie, en contrepoint fort ingénieux, par l'amour et les jeux désespérés de deux adolescents, dont le lecteur découvre la correspondance, jusqu'à la mort. Là est le nœud de l'énigme.

 

Jetés dans un piège, le député Deckert et celui qui l'a séduit pourront vérifier, selon Diderot, que les passions contre quoi l'on « déclame » sont aussi la source de tous les plaisirs pour l'homme.

 

Au terme de l'enquête policière, dont l'enjeu se révèle être passionnel, pourrait alors commencer un autre roman...

 

■ Editions Régine Deforges, 1988, ISBN : 2905538285

 


Du même auteur : Les collines nuesLes tambours du Vendredi Saint - Le ciel s'est habillé de deuil - Soleil d'enfer - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Les noces de haine - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

 

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