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Réédition : L'île atlantique, Tony Duvert

Publié le par Jean-Yves Alt

Non, Tony Duvert n'est pas mort. Quelle ne fut pas ma surprise de redécouvrir, hier, sur une table de mon libraire, "L'île Atlantique" (première édition en 1979), de cet auteur très connu dans les années 70 et totalement "blacklisté" depuis.

Il est vrai que Gérard Mordillat a tourné pour Arte une adaptation de ce roman qui devrait être diffusée cette fin d'année.

Jeux de massacre

Dans une précédente réédition de ce roman (collection Points, Seuil, 1988, 1) François Nourissier avait fait valoir, dans sa préface, que la matière dont était fait ce livre-là... n'était pas à mettre en toutes les mains. En particulier celles, potelées et fraîches, des enfants qui, du reste, ne risquaient pas de le lire. Mais gare aux mères qui tomberaient par mégarde sur ce peu recommandable ouvrage dont s'exhale un fumet méphitique : celui de la littérature commodément qualifiée de "maudite".

Ce roman foisonnant se déroule l'espace d'une saison, quelque part dans l'île de Ré ou Oléron. Il a pour "héros" moins un enfant en particulier (même si le lecteur sent que Julien est l'objet de l'indulgence attendrie de l'auteur) qu'une société enfantine constituée en marge de celle, atroce et bouffonne, des adultes.

Mais cette confrérie, plutôt informelle, d'enfants venus d'horizons socioculturels différents, n'a rien à envier, en matière de cruauté et de mesquinerie, à celle dont elle prétend se démarquer : avec sa gamme de comportements stéréotypés et de préjugés brutaux dont les plus fragiles, tel Julien, font les frais.

Tout ce petit monde délinquant et tripatouilleur ira jusqu'à commettre les pires délits : cela va de la "fauche" la plus sauvage dans des magasins de la région jusqu'au meurtre perpétré en toute innocence bien sûr.

Sur la "forme" du livre, François Nourissier ne tarissait pas d'éloges, car elle témoigne d'une vertigineuse verve satirique, dont les mères de famille font particulièrement les frais, ainsi que d'une prodigieuse invention verbale digne, au moins, de Rabelais...

Quelle remarquable façon de ménager chèvre et chou.

Aujourd'hui, nul doute, que la place de Tony Duvert serait en prison… sous l'influence des ligues de la vertu...

■ L'île atlantique, Tony Duvert, Editions de Minuit, novembre 2005 (réédition), ISBN : 2707319333


(1) Lire sur ce blog une autre chronique de ce roman

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