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Le temps qui reste, un film de François Ozon (2005)

Publié le par Jean-Yves

Suite à un malaise, Romain (Melvil Poupaud), un jeune photographe homo, apprend qu'il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Un médecin lui a annoncé la nouvelle : cancer généralisé. « 5% de survie et encore, en suivant un traitement. » Traitement refusé par Romain. "Le temps qui reste" se consacre aux dernières semaines d'un homme condamné par la maladie et s'attache à ces moments où la vie s'échappe de manière inexorable.


Romain n'est pas toujours aimable. Avant de connaître sa maladie, il est même méprisant envers les autres. Après, il se débat avec ses contradictions. Durant tout le film, il reste, tour à tour, irritant et attachant. Il n'a que peu de temps : la mort l'a pris en otage.


Comment réagit-on quand on vous annonce votre mort prochaine ?


Peut-on faire le deuil de sa propre vie ? Et si oui, comment ?


François Ozon a su éviter deux écueils :

- le premier aurait été de raconter l'histoire d'un mec qui en profiterait au maximum à l'image des "Nuits fauves" (1992) de Cyril Collard.

- le second étant la réconciliation avec toute la famille et tous les amis qui seraient là le jour de sa mort, comme le larmoyant "Philadelphia" (1993) de Jonathan Demme.


Malgré le caractère détestable de Romain, je me suis attaché à ce jeune homme torturé et malheureux qui va vers quelque chose de plus simple : la scène où il photographie son neveu, à l'insu de sa sœur, est une pure merveille d'émotions retenues.



A un moment de son parcours, Romain se rend chez sa grand-mère paternelle incarnée par Jeanne Moreau. Des petits trucs, comme le fait de prendre des vitamines ou de dormir nue, nourrissent son personnage de façon lumineuse alors même qu'elle n'a pas le rôle principal (elle apparaît dans une seule courte séquence). Quand elle demande à son petit-fils pourquoi elle est la seule personne à connaître sa maladie, Romain lui répond :


« Parce que tu es comme moi, tu vas bientôt mourir. »

Elle, de sourire, et d’ajouter :


« Tu sais Romain, cette nuit, j'aimerais partir avec toi. »


Avant de mourir, Romain va transmettre la vie à travers une serveuse de restaurant (fabuleuse Valeria Bruni-Tedeschi) dont le mari est stérile. J'aurais personnellement supprimé la scène chez le notaire où Romain désigne l'enfant à naître comme son héritier. Je ne comprends pas ce qu'elle apporte et aurait pu rester dans le "hors champ".


Ce n'est pas la première fois que François Ozon "invite" la mort dans ses films. "Sous le sable" en 2001 et "Le temps qui reste", sont des films complémentaires qui représentent les deux faces de la même médaille : celle de la disparition de l'autre.


Avec François Ozon, on comprend que le cinéma peut être autre chose que du divertissement. "Le temps qui reste" n'a pourtant rien de désespérant.


A la fin du film, réconcilié avec lui-même, il ne reste plus à Romain qu'à s'allonger sur une plage. Poignant et superbe plan final où tout se retire progressivement : les vacanciers, la mer, la vie. Au loin, le soleil plonge dans l'océan. Un homme a vécu. Au moment où Romain part, je me suis dit que je venais de voir un très beau film.


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